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Association pour l'Histoire du Scoutisme Laïque

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Un premier "survol"

 

Il ne suffit pas d’être membre d’une association, encore faut-il être formé pour en animer les activités : très peu de temps après la création en France du scoutisme par les Éclaireurs Français et les Éclaireurs de France, et très peu de temps après la création du scoutisme féminin et de la Fédération Française des Éclaireuses, un besoin est apparu. Ce premier article propose un "survol" des réponses apportées.

 

Ce besoin a très vite reçu trois types de réponses :

- des « camps-écoles », d’abord nationaux puis décentralisés, pour les branches et les spécialisations,

- des publications, périodiques (les revues ou cahiers techniques) ou non (les manuels et ouvrages divers),

- une formation « de terrain », par la pratique des activités, sous la responsabilité des animateurs existants.

La traduction pratique de cette action a connu plusieurs évolutions au cours du siècle.

 

LES STAGES & « CAMPS-ÉCOLES » :

 

* Dans les toutes premières années (de 1911 à 1920), on trouve la trace d’initiatives locales qui ne semblent pas être coordonnées au plan national ou régional, en particulier à Saint-Cyr l’École.

 

* À partir de 1920, les associations de scoutisme existantes (essentiellement, E.D.F. et E.U.) aident le Centre Américain pour les Régions Dévastées (CARD) à organiser des séjours pour les enfants victimes de la guerre. Au moment de la dissolution de cette association, celle-ci fait don de sa propriété de Cappy, près de Verberie dans l’Oise, aux associations de scoutisme qui décident d’y créer un « camp-école » national. Les Scouts de France, nouvellement crées, souhaitent garder leur indépendance dans la formation de leurs cadres et ne s’associent pas au projet. Le domaine de Cappy sera donc la propriété des Éclaireurs de France et des Éclaireurs Unionistes.

 

* En juin 1922, ces associations ayant décidé de créer un camp de formation sur le modèle de celui de Gilwell en Grande-Bretagne, le premier est organisé à la Croix Saint-Ouen, mais les suivants, à partir de 1923, utilisent la propriété de Cappy. Les instructeurs appartiennent aux deux associations.

Le fonctionnement du camp-école est défini en commun et se prolonge jusqu’à la seconde guerre mondiale. Il traduit une volonté commune de former les cadres au plan « national ». Les stagiaires reçoivent un « diplôme de Cappy » et le droit de porter un foulard à tartan ainsi que des « tisons » au niveau du foulard,  après…

- la validation de leur participation à une période de camp,

- un « mémoire » écrit démontrant leur compréhension pour l’encadrement des activités.

 

* La Fédération Française des Éclaireuses dispose également d’un « haut-lieu » pour ses camps-écoles, aux Courmettes en Provence. Les Éclaireurs Français en organisent également, en métropole et en Algérie.

 

* Pendant la guerre, Cappy recevra des enfants juifs avec la création du C.P.C.V. (Centre protestant des colonies de vacances). Jean Estève, responsable E.D.F. en Provence, organisera dans les Alpes des « maquis écoles » sur le modèle des camps-écoles du scoutisme. Cappy sera, entre autres, relayé par Chamarges, évoqué par ailleurs. De 1940 à 1945, des « stages d’information », en direction des personnels de l’Éducation Nationale, seront ajoutés aux stages de formation.

 

* Dans le même temps, la formation est décentralisée, les stages « nationaux » deviennent un « deuxième degré » par rapport aux « camps écoles préparatoires » ou C.E.P., de premier degré organisés au plan départemental ou régional. Ils sont complétés par des stages spécialisés, en particulier pour les activités de la branche aînée (spéléo, montagne, plongée, archéologie, mécanique, chant, expression corporelle, création, …) ou de la branche Extension (handicapés physiques, mentaux, sensoriels). Les stages d’information sont conservés, en particulier pour le scoutisme d’extension.

 

* Après 1945, le domaine de Cappy est très peu utilisé pour des camps-écoles mais le terme de « Cappy » continue de l’être pour désigner les stages nationaux, en général organisés par branches ; un « Cappy Commissaires » est relancé à partir de 1961 pour les équipes territoriales (groupes locaux, départements, régions).

 

* Après 1968, certains stages « premier degré » (C.E.P.) évoluent vers une formule de « stage Motivation » (pourquoi faire du scoutisme plutôt que comment faire du scoutisme) toutes branches confondues. Le contenu en reste spécifique, c’est-à-dire centré sur les valeurs, les principes et les activités propres au scoutisme.

 

* À partir des années 60, le Ministère de la jeunesse et des Sports crée un « diplôme d’animateur de centres de vacances » qui deviendra le B.A.F.A. complété par le B.A.F.D. connus aujourd’hui. Le contenu, obligatoirement centré sur la connaissance des obligations légales, devient de plus en plus général, ce qui permet l’accueil de stagiaires extérieurs au Mouvement mais pose un problème en ce qui concerne la spécificité des activités de scoutisme.

 

LES PUBLICATIONS :

 

La toute première publication est, bien  évidemment, le « Livre de l’Éclaireur » qui n’est pas la traduction de l’ouvrage de B.P. « Scouting for Boys », réalisée par ailleurs. Il met en évidence les différences entre le scoutisme proposé en France et son origine britannique (par exemple en ce qui concerne le « serment », sans allusion à Dieu).

 

Peu de temps après, à partir du moment où les fédérations se sont dotées de journaux ou de revues, on trouve des comptes rendus d’expériences. Assez rapidement, ces présentations sont formalisées (et illustrées), ce qui conduit à la création de « fiches techniques ». Ces fiches sont :

- soit regroupées dans des « albums », les derniers exemples étant les albums « Tout Droit » toujours en circulation,

- soit présentées dans des « cahiers techniques », en général par branche.

 

Après quelques années, on voit apparaître des « manuels » présentant l’ensemble des techniques dites « scoutes », ou spécialisés (par exemple, le « Livre des Jeux » ou les « Chansonniers »). La référence aux manuels est abandonnée par les grandes équipes de branche après la seconde guerre mondiale car conduisant excessivement à une « mécanisation » des activités (on imite ce qui est sur le manuel, sans recherche d’idées nouvelles). À noter que cet abandon n’a pas été du goût de tous et qu’un relais a été pris par…le manuel des Castors Juniors dans ses diverses éditions !

 

ET LE TERRAIN…

 

Le premier lieu de formation est, bien évidemment, le « terrain », c’est-à-dire les réunions, les sorties et les camps, où chaque responsable acquiert une expérience au contact de ceux qui l’ont déjà. Cette formation « de base » se situe donc essentiellement dans les unités et dans les groupes locaux. Elle n’est pas contestée, mais présente deux risques :

- la limitation à sa propre unité ou à son propre groupe, sans connaissance suffisante de ce qui se fait ailleurs ou des évolutions collectives,

- dans la mesure où certaines activités  se situent au niveau du groupe local, toutes branches confondues, il y a un risque de perte de la spécificité des branches, c’est-à-dire des différences liées aux tranches d’âge : il est apparu que l’intérêt et la motivation du jeune s’atténuent progressivement s’il vit à peu près les mêmes activités comme lutin, louveteau, éclé et aîné…

 

Le constat commun à ces deux risques est que les responsables de groupe ne peuvent que très rarement être des spécialistes « toutes branches ». Un des objectifs du « Cappy Commissaires » était, justement, de préciser les limites de leur responsabilité « pédagogique ».

Ces risques sont à compenser en principe par la participation à des stages et l’emploi des publications. En ce qui concerne l’entraînement de responsables d’unités, une solution a été mise au point dans les années 60 avec les « camps d’application pratique » prenant le relais des C.E.P. ou des stages Motivation : les assistants régionaux de branche prenaient la responsabilité de camps de regroupement de 3 ou 4 unités de la branche, chaque unité ayant toute liberté d’animation de son camp après préparation en commun et examen  des journées en veillée. Cette solution avait pour but de limiter les camps de groupes pour les raisons ci-dessus. Elle semble avoir obtenu des résultats intéressants en permettant les échanges entre unités en complément du cadre local vécu dans l’année.

 

Il semble important de noter que la formation des responsables ne se limite pas à sa composante « technique » d’animation d’une unité de jeunes. Elle comporte un volet important de formation personnelle, de l’individu et du citoyen, avec des apports, des échanges et des expériences qui seront utiles dans la vie d’adulte. Tous les témoignages recueillis sur ce sujet le mettent clairement en évidence.