gototopgototop

AHSL

Association pour l'Histoire du Scoutisme Laïque

Rechercher

Derniers articles parus

1950 - 1953 : turbulences à l'international

 

Les réflexions menées dans le cadre du Mouvement, et les décisions d'orientation qui les ont prolongées, ont provoqué quelques "turbulences", aussi bien en interne, auprès de certains membres du Mouvement qui s'en sont trouvés surpris - et sont allés jusqu'à la création d'une association dissidente - que dans ses relations avec les organismes internationaux peu préparés à de telles évolutions.

 

Paradoxalement, c'est la "promesse alternative", pourtant acceptée par le Fondateur dans les premières années, qui a posé périodiquement quelques problèmes avec ceux-ci. Mais la "coéducation" des filles et des garçons n'a pas été, non plus, accueillie très favorablement et a donné lieu à quelques échanges intéressants, de même que l'information apportée aux responsables Route sur des sujets les concernant comme l'objection de conscience.

1950 : les relations difficiles avec le Scoutisme international

 

Les E.D.F. , peu de temps après la guerre, ont réfléchi à leur évolution et à leur adaptation permanente à une société elle-même en pleine mutation. Ce qui n’a pas toujours été du goût des organisations internationales de scoutisme, aussi bien en ce qui concerne la « promesse alternative » et la laïcité qu’en ce qui concerne la coéducation des filles et des garçons. Ci-après quelques extraits du livre de Pierre Kergomard et Pierre François : les Éclaireurs de France de 1911 à 1951.

L’Association des Éclaireurs de France, définie comme non-confessionnelle dès sa création en 1911, avait adopté le principe de la «promesse alternative», faisant on non allusion à Dieu ; ce principe avait été accepté par Baden-Powell lui-même, comme traduisant une adaptation nécessaire à la culture de notre pays (voir "Comment les Éclaireurs de France ont introduit la laïcité dans le scoutisme" dans la article "Spiritualité et laïcité des E.D.F." de "Notre histoire").

D’autre part, peu de temps après la Libération, a été commencée une réflexion sur la possibilité et l’intérêt d’une coéducation des filles et des garçons dans les activités de Scoutisme. Après l’échec d’une première tentative d’accord avec la Fédération Française des Éclaireuses, section neutre, elle a affirmé son intention de continuer dans cette voie.

Lors de la conférence internationale du Scoutisme en août 1949 en Norvège, à la demande de la délégation des U.S.A., le choix alternatif fut remis en cause et fit l’objet d’un vote – dont le résultat était de 72 voix pour et … 72 contre. La seule voix prépondérante du Président, Dan Spry, permit aux E.D.F. (et aux autres associations non-confessionnelles) de conserver leur particularité. Le problème devait se poser à nouveau quelques années après.

À noter que la solidarité des autres associations du Scoutisme Français ne s’est jamais démentie sur ce point. En ce qui concerne la coéducation, la réaction du Comité International a été également plutôt négative tout en traduisant une certaine crainte. Nous reproduisons ci-après quelques extraits de documents qui nous ont parus significatifs.

  • Lettre du Comité Directeur des E.D.F. au Comité International le 12 juin 1950 :

« Le Comite Directeur des Éclaireurs de France, ayant entendu un compte-rendu de la visite en France du Directeur du Bureau International, affirmant son désir de rester fidèle aux principes et méthodes du Scoutisme pratiqué depuis près de quarante ans, affirmant son attachement à l’idéal international du Scoutisme (…),

1°- précise que le principe de la liberté de conscience, qui doit pratiquement se traduire par le choix laissé au garçon d’une promesse devant Dieu ou sans référence à Dieu, a une importance fondamentale pour les Éclaireurs de France (…)
2°- attire l’attention du Comité International sur l’importance actuelle du problème des relations entre filles et garçons, constate que la pratique du Scoutisme dans les mouvements séparés pour chaque sexe entrave les efforts des éducateurs, et demande que l’expérience entreprise avec mesure par l’Association ne soit point gênée par l’application formelle de règlements dont la modification peut paraître nécessaire »

  • Lettre du Comité International le 20 septembre 1950 :

« Le Comité International du Scoutisme (…) espère que la résolution prise sous le point n°1 par le Comité Directeur des Éclaireurs de France ne postule aucun changement dans l’attitude que cette association a observée jusqu’à présent en matière de neutralité religieuse. Je suis chargé de vous demander l’assurance que toutes les mesures sont prises par vous pour assurer qu’en aucun cas un chef des Éclaireurs de France, quel qu’il soit, ne peut imposer à ses garçons un enseignement anti-religieux ni se livrer à quelque propagande que ce soit, dirigée contre une croyance en Dieu.

En ce qui concerne le point n°2, le Comité International a mûrement considéré l’importance du problème de la coéducation en Scoutisme. Il regrette de ne pouvoir répondre favorablement à la demande du Comité Directeur des Éclaireurs de France. (…) Il ne faut pas oublier que la pratique de la coéducation, fût-elle conduite dans les conditions les meilleures, fait naître un risque d’incidents dont le public serait certainement informé et qui nuirait à la réputation du Scoutisme. Enfin, et quant au fond du problème, il faut poser que le Scoutisme s’adresse aux garçons et le Guidisme aux filles. C’est un non-sens de prétendre vouloir appliquer aux filles les méthodes de formation virile voulues par notre Fondateur pour les garçons. Les conditions psychologiques, voire physiologiques, sont trop différentes pour placer garçons et filles dans les mêmes unités.

Le Comité International du Scoutisme est donc fortement opposé à ce que l’expérience tentée par les Éclaireurs de France soit poursuivie et demande qu’il y soit mis fin dans le plus court délai possible »

  • Lettre du Comité Directeur des E.D.F. le 8 octobre 1950 :

« (…) Le Comite Directeur est vivement choqué qu’il lui soit demandé l’assurance qu’en aucun cas un chef des Éclaireurs de France, quel qu’il soit, ne peut imposer à ses garçons un enseignement anti-religieux, ni se livrer à quelque propagande que ce soit, dirigée contre une croyance en Dieu. Aucun fait n’est parvenu à notre connaissance qui soit de nature à étayer un tel soupçon, et, si le Comité International détenait des preuves de tels agissements, son devoir eût été de nous les transmettre avec sa question. Tous les croyants, enfants, adolescents ou adultes, qui appartiennent aux Éclaireurs de France, seront certainement indignés de ce qu’on ait pu adresser une telle demande à leur association.

En ce qui concerne le point n°2 (…), il est surtout convaincu que l’absence de coéducation ou que la coéducation fortuite, inorganisée, secrète, entraînent, dans la situation actuelle de la jeunesse française que le Comité International semble ignorer, des incidents nettement plus graves (que ceux évoqués). Le Comité Directeur a eu moins le souci de la réputation de son Mouvement dans le public que de l’intérêt réel des enfants et des adolescents. Baden-Powell a-t-il été arrêté par le scandale provoqué à l’origine par l’éclosion du Scoutisme masculin et, encore plus, du Guidisme, dans certains pays, dont la France ? (…) Ce que les éducateurs du monde entier vénéreront toujours en Baden-Powell, c’est le novateur, et non le rédacteur de règlements »

Le Comité Directeur, lors de sa séance du 20 mai 1951, fut informé par le Commissaire Général que le Comité International acceptait de laisser se poursuivre les expériences de coéducation des Éclaireurs de France, le problème ne devant être soulevé qu’à la Conférence internationale de 1953. Les E.D.F. acceptaient de placer ces expériences sous un contrôle international dont la responsabilité a été assurée par Tor Littmark, pasteur et dirigeant du Scoutisme suédois. Après enquête approfondie, ce dernier rédigea un rapport des plus favorables en concluant non seulement que les expériences des E.D.F. étaient acceptables, mais que cet exemple devrait être largement suivi !

D’autre part, le Comité International publiait, dans le numéro de juillet 1951 de la revue « Jamboree », organe du Scoutisme international, le texte suivant relatif à la promesse alternative : « À la suite des assurances données par les Éclaireurs de France, le Comité International reconnaît que les principes qui conduisent les Éclaireurs de France, notamment par l’application de la formule alternative de promesse, ne sont pas contraires à l’esprit du Scoutisme de Baden-Powell. Ce qui importe au Scoutisme international, c’est que, dans chaque pays, le plus grand nombre possible de garçons profitent des bienfaits du Scoutisme»

Ce double dossier était donc clos, pour quelques années en ce qui concerne la promesse alternative. En ce qui concerne la coéducation, l’exemple des Éclaireurs de France devait très rapidement s’étendre à de nombreuses associations de Scoutisme.