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Association pour l'Histoire du Scoutisme Laïque

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1952 : l'"affaire Bertier"

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1952 : l'"affaire Bertier"
Petit essai d'analyse sociologique
Le dossier
Pour mieux connaître Georges Bertier
Un complément
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Une période de mise en cause par un "grand chef historique"... essai d'analyse sociologique à partir du dossier

 

À partir d'un extrait d’un entretien avec René Duphil, alors Commissaire Général, paru dans la plaquette « René Duphil, acteur et témoin de son temps » : « Et, dans le même temps, il fallait faire face à d'autres problèmes ... Toutes ces ouvertures, dans de nombreux domaines, ont provoqué des réactions : certains ont commencé à dire que les EDF avaient une couleur politique un peu trop marquée, plutôt communisante (alors que nous étions également en butte aux critiques des Communistes !), et qu'ils sortaient un peu trop du Scoutisme traditionnel « de BP ».Il faut dire que notre évolution pédagogique était réelle, prônant une plus grande liberté d'action, supprimant le livre des brevets ou le manuel qui codifiaient trop, ouvrant, grâce à William Lemit, les chants au-delà des chants scouts classiques.

 

Les critiques sont venues, d'abord, de quelques chefs de groupe, elles se sont cristallisées autour de Georges Bertier, qui n'était plus chez nous ; elles ont conduit à des prises de position très agressives et à des drames, externes au Mouvement mais aussi internes.

Externes, d'abord : Bertier, par lui-même, ne voulait rien, certains s'en servaient comme d'une référence historique ; mais cela a abouti à une campagne de presse très virulente, en particulier dans « le Figaro », qui a publié une lettre de Bertier mettant en cause Monsieur Monod accusé d'orienter le Mouvement dans un sens communisant - sans le nommer, mais il était fait allusion à un Directeur de l'Education Nationale dont le fils était communiste ...

La réponse est venue d'Henry Gourin, d'André Poussière... et de Gustave Monod lui-même, qui a fait une mise au point en nommant Bertier. (voir document ci-après)

Internes, ensuite : au Comité Directeur, il n'y a jamais eu de problème. Mais quelques chefs de groupe et anciens, dont certains prestigieux - Paul-Émile Victor, par exemple - ont décidé une scission et ont créé les Eclaireurs Neutres.

Ils n'ont jamais été reconnus par le Scoutisme Français, ni par le Bureau International, malgré leurs efforts pour être admis car Bertier y était connu. Il y a même eu une passe difficile au plan international, suite à une réunion à Genève où les Français - en particulier les S.D.F. - ont trouvé sur les tables du Scoutisme International des brochures présentant les Éclaireurs Neutres. Ce qui a provoqué de la part ... du scoutisme catholique une révolution, ils ont gueulé plus fort que nous, et créé une crise au sein du Scoutisme Français où les S.D.F. ont refusé de payer leur cotisation internationale. Or les cotisations passaient par moi, et je me faisais attraper par le Scoutisme International parce que le scoutisme catholique ne payait pas ses cotisations parce qu'ils ne voulaient pas entendre parler des Éclaireurs neutres !

Et, pendant ce même temps, les Communistes nous attaquaient aussi, en particulier dans une plaquette sur le Scoutisme critiquant violemment le Scoutisme laïque et la position des E.D.F. considérés comme des bourgeois conservateurs qui en étaient restés au scoutisme de B.P. - lequel avait évidemment quelques aspects pas très agréables mais que nous avions adaptés et qui ne pouvaient nous être reprochés que par ceux qui n'avaient pas connu notre évolution. Mais quand on veut critiquer, on trouve toujours des arguments... »


Petit essai d'analyse sociologique

 

Rappel historique : Georges Bertier est un des fondateurs des Éclaireurs de France, l’un de ceux qui, dès le début, ont eu l’intention de ce que le scoutisme nouvellement apparu pouvait apporter en termes d’éducation. Il a été un des responsables du camp-école de Cappy, l'un des premiers présidents de la Fédération, a accompagné la réflexion – difficile – sur le pluralisme, la neutralité et la laïcité à introduire dans le scoutisme où ces notions n’existaient pas (voir "Notre histoire : Comment les E.D.F. ont introduit la laïcité dans le scoutisme").

Il a été partie prenante de l’évolution de l’association dans les années qui ont suivi la guerre, aussi bien en ce qui concerne le nouvel article 1 des statuts que les conclusions des Résolutions d’Angoulême, ou les prises de contact avec la F.F.E. N pour la réflexion sur la coéducation.

Son apport aux Éclaireurs de France est donc incontestable, et n’a jamais été contesté. Même à l’issue de cette crise qui a conduit Georges Bertier à participer à la création d'une association dissidente, le Comité Directeur a tenu à rendre hommage à son action pendant quatre décennies.

Pourquoi donc un grand "chef historique" en est-il venu à mettre en cause, en des termes extrêmement violents et, d’ailleurs, souvent discutables, les orientations fondamentales de ce Mouvement dont il a toujours été membre des organes de décision, y compris dans la période qu’il a mise en cause ?

On peut voir dans cet épisode une sorte de "répétition générale" du conflit latent qui opposera longtemps, sinon toujours, les tenants d’un "conservatisme scout" et ceux qui considèrent que le Mouvement doit, en permanence, tenir compte de l’évolution de la société dans laquelle il vit. La réponse des E.D.F. est d’ailleurs claire : le garçon de 1952 n’est pas le même que celui de 1911, les méthodes qui lui sont proposées ont évolué – même la tenue qui se fait "moins voyant" !

Il n’est pas anormal que Georges Bertier, chevalier blanc de ce conservatisme, s’en soit pris essentiellement à deux des éléments principaux de cette évolution : le rôle de la Route et la coéducation.

En ce qui concerne la Route, il est clairement précisé que le Mouvement a pour but de former des citoyens conscients – et certains Routiers ont l’âge de l’engagement militaire : c’est même parce que deux clans ont choisi de s’engager collectivement pour l’Indochine que le problème est venu jusqu’au Comité Directeur ! Leur revue aborde des questions qui les concernent, ils peuvent y donner leur opinion, et le Scoutisme Français, réuni en jury d’honneur, ne s’y trompe pas. Le problème se posera à nouveau, quelques années plus tard, à propos de l’Algérie.

En ce qui concerne la coéducation, c’est également un domaine en totale évolution, voire révolution, qui est concerné : les affirmations concernant le comportement douteux de certains clans sont d’autant plus étonnantes, voire fallacieuses, que ceux qui s’engagent dans ce type d’expériences savent parfaitement qu’ils sont sous surveillance serrée… Les contacts sans suite avec la F.F.E. N ont eu lieu alors que Georges Bertier était membre du Comité Directeur, sans qu’apparaisse de sa part une quelconque mise en garde.

En réalité, le Mouvement a tiré les conclusions de la période de la guerre où les jeunes gens ont eu, comme des adultes, à prendre des décisions personnelles qui engageaient leur vie et leur avenir. Il en a conclu qu’on ne pouvait plus les cantonner à un scoutisme fait «de jeux, de nœuds et de feux» et qu’il fallait, un peu plus, les considérer comme des adultes. Ce qui n’a pas été accepté par certains «vieux chefs» (et ne l’est peut-être pas toujours aujourd’hui ?).

NB : certains se demanderont s'ils est bien utile de publier, en cette année 2005, le dossier d'une crise vieille de plus de 50 ans. Nous considérons que ces documents font partie de "notre histoire" et que les éléments en sont, bien souvent, ignorés de certains. Nous pensons qu'ils permettent, tout simplement, d'illustrer ce qui est, finalement, la vie du scoutisme en France.

Il est important de noter que le scoutisme catholique s’est heurté, un peu plus tard, aux mêmes types de problèmes : voir "1973 : les remises en cause dans le scoutisme catholique". Nous avons également choisi d'apporter quelques documents sur ce sujet.


1953 : le dossier de l'"affaire Bertier"

 

Nous présentons ci-après les documents diffusés par l'association en 1952 et 1953, aux niveau national et régional. Même s'ils ne son évidemment issus que d'une seule source, ils nous semblent donner une idée assez complète du fond du problème tel qu'analysé ci-dessus : par-delà les arguments échangés, dont certains semblent bien... légers, c'est une discussion sur ce que devait être, ou devenir, notre scoutisme dans cette période de profonde évolution.

Ces documents sont les suivants :

- une note d'information à l'ensemble du Mouvement, datée de septembre 1952 :

 

- une note complémentaire, quelques semaines après :

et, pour terminer, un message de février 1953 à tous les cadres :


Pour mieux connaître Georges Bertier

Georges Bertier fait partie des personnalités évoqués à plusieurs reprises sur ce site. Il nous a semblé intéressant de reproduire ici, pour mieux le situer en dehors de ses activités dans le scoutisme, une fiche trouvée  sur le site du Maîtron

Né le 24 février 1877 à Tonnoy-sur-Moselle, mort le 12 janvier 1962 à Verneuil-sur-Avre (Eure) ; professeur à l’école des Roches, puis directeur ; syndicaliste autonome ; président du syndicat de l’enseignement libre supérieur, secondaire et technique ; président des Éclaireurs de France. Son père était féculier.

Après avoir étudié à la communale, il entreprenait des études secondaires à Nancy (St Léopold, puis Saint-Sigisbert), puis il commença ses études supérieures à la faculté des lettres de Nancy. En 1896, il fasait ses études de philosophie à Paris où il obtint sa licence, mais échoua à l’agrégation. Georges Bertier fréquenta les conférences de la réunion des étudiants, d’obédience catholique, dont il devint président, quelques années avant François Mauriac. Il s’engage alors au Sillon et rencontre l’équipe de Le Play.

Edmond Demolins lui proposa alors de venir enseigner à l’École des Roches, école libre non confessionnelle, fondée en 1899 selon le modèle de l’école nouvelle et réservée à une élite fortunée. George Bertier y enseigna les lettres en 1901 et, après son mariage avec Jeanne Crépin, devint chef de maison et en 1903, directeur de cet établissement. Il restera à sa tête pendant quarante ans jusqu’en 1944. Il y développera des méthodes pédagogiques qui font de l’enfant le centre du dispositif pédagogique, en leur confiant nombre de responsabilités dans la gestion de l’école, selon les principes de l’éducation nouvelle.

Pour propager ses idées, il créa en 1909 une revue Éducation dont il sera directeur jusqu’en 1940. En 1922, il collabora à la revue d’Adolphe Ferrière, "Pour l’ère nouvelle". En 1919, Georges Bertier participa au mouvement des Compagnons pour une Université Nouvelle. Il était, en 1921, l’un des fondateurs de la Ligue internationale pour l’Éducation Nouvelle et l’un des acteurs du Groupe français d’édification nouvelle (GFEN).

Pendant la guerre, Georges Bertier fut pétainiste, refusa le poste d’inspecteur général de l’éducation générale et sportive, mais collabora à la Fondation française pour l’étude des problèmes humains dirigée par Alexis Carrel. Il influença la réforme Carcopino en mettant l’accent sur la pratique sportive, tout en ne renonçant pas aux lettres.

Après la guerre, il adhéra au MRP et fonda en 1953, le bureau d’orientation scolaire et familiale. Il jouera un certain rôle en 1945 lorsque seront créées les classes nouvelles par Gustave Monod, ancien de l’École des Roches et membre de son conseil d’administration.. Georges Bertier donna des cours de pédagogie à l’Institut supérieur de pédagogie de l’Institut catholique de Paris après la guerre. Il meurt à Paris, le 12 janvier 1962.

En 1902, Georges Bertier adhéra, dès sa fondation, au syndicat de l’enseignement libre supérieur, secondaire. Il s’agissait d’un syndicat autonome, mixte (des employeurs sont membres du syndicat) qui tenta d’organiser une profession très individualiste. C’est la raison pour laquelle le syndicat disposait d’une commission de placement, offrait des avantages matériels à ses membres (réduction sur l’achat de livre, gratuité dans les musées, etc.), créa et géra une caisse de retraite, s’efforçait d’améliorer des traitements très bas (seuls l’École des Roches et le collège Stanislas à Paris assuraient un niveau de rémunération identique à celui de l’enseignement public), avait créé en 1927 une association des Amis de l’Enseignement Libre dont l’objet était d’offrir une caisse de solidarité à destination des maîtres en difficulté matérielle. Membre de la Confédération des Travailleurs Intellectuels, le syndicat contribua à la constitution d’un groupe parlementaire favorable à l’enseignement privé, avec le député de Paris Duval-Arnould, ancien membre du syndicat. Le syndicat revendiquait de pouvoir participer à la rédaction des programmes d’enseignement, de pouvoir participer aux jurys d’examen et souhaitait que les enseignants puissent recevoir une rétribution de l’Etat.

Depuis 1922, Georges Bertier siégeait à la Chambre syndicale (le conseil d’administration de l’organisation). Élu vice-président du syndicat en 1926, deux ans plus tard, il succéda à la présidence à M. Mesuret, qui avait dû, pour raisons personnelles, démissionner. Il accepta cette fonction afin d’éviter la disparition pure et simple du syndicat, mais déclara d’emblée qu’il était surchargé de travail et le faisait en quelque sorte, contraint et forcé. Son action se déroula sur plusieurs plans : il essaya de contribuer au rapprochement du syndicat avec les autres organisations de l’enseignement libre, en proposant la création d’une Fédération générale de l’enseignement libre français, mais n’y parvînt pas. Il s’efforça de développer les adhérents (moins de 5% par rapport à la totalité des professeurs en fonction). Inquiet devant le projet d’école unique qu’il considérait comme une menace pour l’enseignement libre, il œuvra, sans succès, à la mise en place d’une agrégation propre à l’enseignement privé.

Il joua également un rôle interne non négligeable puisqu’il réorganisa le syndicat, en transféra le siège, fit assurer, par une personne employée à cet effet, une permanence pour répondre aux questions des adhérents, organisa des réunions d’information avec les adhérents qui le souhaitaient : le succès, en cette matière, semble avoir été, somme toute limitée. George Bertier créa un comité de rédaction pour améliorer le contenu et la lisibilité du bulletin mensuel, L’Enseignement Libre : il lui donna un tour "plus intellectuel" que par le passé. En 1930, Georges Bertier s’opposa, en vain, à la création de la Fédération des syndicats diocésains, patronnés par les directeurs diocésains de l’enseignement libre, car il estimait que des syndicats "confessionnels" n’avaient pas lieu d’exister.

Débordé par les multiples tâches auxquelles il devait faire face, Georges Bertier démissionna de ses fonctions en novembre 1930 et fut remplacé par le directeur du cours Saint-Louis à Paris, par ailleurs dirigeant de la Fédération des scouts catholiques, Gustave Daumas. Il cessa toute activité au sein de la chambre syndicale à partir de 1936.

En tant que directeur de l’école des Roches, il ne posait pas l’enseignement libre en opposition avec l’enseignement public, mais en complémentarité. Il représenta l’enseignement libre au sein du Conseil supérieur de l’instruction publique, dans les années 1930. Il sera membre de la commission Langevin Wallon, puis de la commission Boncour en 1950.

Il était officier de la Légion d’honneur commandeur des Palmes académiques.

ŒUVRE :

  • L’École des Roches, Juvisy, éditions du Cerf, 1935, 315 p. ;
  • La colonie de vacances éducatives, Paris, 1942, 254 p. ;
  • Hommes ou bacheliers ?, Paris, Centurion, 1957, 175 p.
  • Nombreuses autres œuvres et collaboration à de multiples périodiques.

SOURCES : Arch. FEP-CFDT, L’Enseignement Libre. – Guy Avanzini et alii, Dictionnaire histori-que de l’éducation chrétienne d’expression française, Paris, éditions Don Bosco, 2001, p. 59-60. — Nathalie Duval, "Un éducateur oublié : Georges Bertier", Les Etudes Sociales, n° 130, 1999, p. 83-94. — Bruno POUCET, Entre l’Église et la République, une histoire de la Fédération de la Forma-tion et de l’Enseignement Privés CFDT, Paris Éditions de l’Atelier, 1998, 252 p. ; « Les syndicats de l’enseignement privé, éléments pour une histoire », Le mouvement social, n° 195, avril-juin 2001. — Geneviève Poujol et Madeleine Romer, Dictionnaire biographique des militants XIX-XXè siècle, de l’éducation populaire à l’action culturelle, Paris, L’Harmattan, 1996, p. 43.44. Bruno Poucet

Voir aussi la biographie signée par Nathalie Duval dans le cédérom DBMOMS


Un complément apporté par l'association 1907 pour l'histoire du scoutisme

En réponse à une question posée sur le site de son association, (http://www.rezoweb.com/forum/enseignement/asso1907/445.shtml) Jean-Jacques Gauthé, président de l'association 1907 pour l'histoire du scoutisme, a apporté en mai 2007 quelques précisions.

 

Il est certain que Bertier se sentait de plus en plus mal chez les EDF. L'orientation qu'ils prennent à la Libération lui déplait très fortement. Il la qualifie « d’antinationale » alors que lui se définit comme un patriote français. La lecture des PV du conseil d'administration EDF en 1944-45 montre qu'il est, par exemple, très hostile à l'accord avec le PCF pour l'accueil de ses jeunes. Certaines sources affirment aussi que son mariage récent avec Renée Sainte Claire Deville, commissaire de la FFE, ne serait pas étranger à son choix.

Le déclencheur est manifestement la guerre d'Indochine. Le commissaire Route EDF Pierre Buisson pousse des Routiers à rompre leur engagement pour ne pas partir à la guerre. Un tract rédigé par Bertier selon Viaux résume tout ça.

Il est de bon ton dans certains mouvements scouts de se moquer des EDF qui seraient devenus "un mouvement politique" à ce moment. Il faudrait aussi se demander si la participation à la défense d'un ordre aussi injuste que le système colonial était une position légitime. "Le scout est fils de France" ... jusqu'où ? Buisson avait une légitimité militaire : engagé dans les Corps francs d'Afrique en 1942, il était officier, avait fait la campagne de Tunisie et avait été grièvement blessé en Algérie.

Bertier après son départ des EDF aura une attitude très vindicative envers ceux-ci. Il va en effet aller confier ses états d’âme à la police et détailler par le menu au commissaire de police du quartier Notre Dame des Champs à Paris toutes ses récriminations à l’égard de son ancienne association. Le procédé est pour le moins singulier dans le cadre de débats internes au scoutisme… La lecture du dossier conservé à la Préfecture de police de Paris est en tout cas accablante.

Une note des Renseignements Généraux de la Préfecture de police (RGPP) du 24 novembre 1952 transcrit longuement ses positions sur la politisation des EDF dont il dénonce la rapprochement avec la Ligue de l’Enseignement (les EDF l’ont effectivement rejointe en 1949) et les sympathies de certains cadres pour les pays de l’Est. Bertier y explique qu’il va saisir Pleven, le ministre de la Défense, des positions des EDF contre l’engagement en Indochine.

Une autre note des RGPP du 5 mars 1953 fait longuement le point sur le passage de Bertier aux ENF. Elle évoque la campagne lancée par « Le Figaro » en janvier et février 1953 sur le thème « Les EDF sont-ils devenus une école de marxisme ? » Un jury d’honneur du Scoutisme Français les absoudra de cette accusation. Et Bertier dénonce aussi les positions des EDF sur le scoutisme musulman en Algérie.

Une note RGPP du 6 juin 1953 des RGPP évoque «la position antinationale des EDF» et explique que Bertier essaye, par des interventions politiques, auprès notamment de Pleven, de faire couper les subventions aux EDF pour en faire bénéficier les ENF. Une lettre de début 1954 du ministre de l’Intérieur au Préfet de Police de Paris signale que le Préfet de la Seine a immédiatement fait suspendre, à la suite d’une«information confidentielles de M. Bertier», les subventions du Département de la Seine et du Conseil Municipal de Paris aux EDF et conclut à la nécessité d’une «particulière vigilance» à exercer sur les EDF.

Le contexte de la guerre froide, de la guerre d’Indochine et la lutte anticommuniste féroce lancée par le Préfet de Police Jean Baylot (1951-1954) explique l’intérêt de la police pour cet épisode de l’histoire des EDF.

La littérature des RG et de la police ne doit pas évidemment être prise pour argent comptant et doit être soigneusement recoupée. Mais ces éléments des RGPP sont cohérents avec d’autres sources.

L’histoire du scoutisme ne peut en tout cas se réduire à une caricature des bons ( = les vrais scouts apolitiques) contre les mauvais ( = ceux qui feraient de la politique et sont bien entendu à gauche) Que certains EDF aient eu des sympathies marxistes est une certitude. Que le Mouvement soit devenu une école marxiste est une ânerie qui rappelle d’ailleurs certains textes qui, dix ans après, seront consacrés à l’évolution des Scouts de France (« Scout ou pionniers » en 1966). C’est réduire toute l’évolution d’une association à une explication par le complot en évacuant toute réflexion sur la place de l’association dans la société.

 

À titre d'information : texte d'une note des renseignements Généraux en date du 4 juin 1953

« À la suite de la position anti-nationale prise par les membres de la "Fédération des Éclaireurs de France", qui se sont notamment livrés à des injures envers les Forces d’Indochine, les Armées d’Afrique et les Forces d’occupation en Allemagne, une apologie de l’Allemagne Orientale, la diffusion de tracts sur l’objection de conscience, la participation à des grèves contre la loi Barangé, et des manifestations contre la prolongation du service militaire, M. Georges Bertier, qui était le vice-président de cette formation, a donné sa démission pour fonder une fédération concurrente sous le nom d’ "Éclaireurs Neutres de France" dont il a assuré aussitôt la Présidence.

En outre, M. Georges Bertier, en information récemment MM. PLEVEN, de CHEVIGNÉ et le Général du VIGIER ( ?) de l’action pro-communiste des Éclaireurs de France avait, dit-on, pour but évident de faire supprimer les subventions qui étaient accordées à ce groupement.

Il serait d’ailleurs, paraît-il, parvenu à ses fins et les « Éclaireurs de France » auraient perdu une partie des subsides qui, jusqu’ici, leur étaient alloués.

Enfin, M. Bertier interviendrait actuellement pour faire transférer, au profit des "Éclaireurs Neutres de France", tout au partie des fonds ainsi disponibles. »