gototopgototop

1950 : le scoutisme d'extension

Note des utilisateurs: / 0
MauvaisTrès bien 

 

Sous l’impulsion d’Érable Lévy-Danon, assistée de Pierre Morand et d’une équipe nationale motivée, la «branche» Extension s’est fixé pour objectif d’adapter le scoutisme E.D.F. aux handicapés de toutes natures (sensoriels, physiques, mentaux) sans les couper du reste du Mouvement, en définissant et en pratiquant - "comme les autres" - une méthode tenant compte de la réalité des situations.


Cette méthode, ses objectifs et ses applications ont été présentés, pendant plusieurs années, aux «professionnels» du secteur de l’enfance handicapée – enseignants, éducateurs, accompagnateurs de toutes natures – à travers des stages d’information qui ont permis la création d‘un certain nombre d’unités dans divers domaines.


Mais se posait alors un problème de financement d‘activités qui, en général, s’avéraient plus coûteuses que les activités «habituelles». C’est la raison pour laquelle l’équipe nationale Extension a organisé chaque année, un peu avant Noël, une «vente Extension», dans les locaux du 66 Chaussée d’Antin qui, pour l’occasion, étaient complètement déménagés et adaptés à leur nouvelle fonction.

Par ailleurs, Érable, avec l’aide efficace de Danièle Delorme et Yves Robert qui, sur la suggestion de Pierre Morand, s’intéressaient au groupe d’amis de la troupe de l’hôpital de Garches, organisait également chaque année un «Soir Inhabituel» qui faisait appel à de nombreuses bonnes volontés… et rapportait beaucoup d’argent car l’élaboration en était totalement bénévole.

En décembre 1954, cette soirée se déroulait au cabaret des Ambassadeurs et le programme en contenait un disque enregistré pour l’occasion par Danièle Delorme. Il était illustré, en dernière page, par une photo d’éclaireur polio de la troupe de Garches animée par Yvon Bastide. Cette photo a beaucoup servi !)


(Document communiqué par Catherine et Yvon Bastide)


Un Soir Inhabituel

 


La véridique histoire d'une photo qui a fait le tour du monde scout

À partir d'un article de Routes Nouvelles (n°100), il est possible de raconter l'histoire d'une photo...

Extrait de « Routes Nouvelles » n°100, juillet 1981 :


"Responsable d’une unité d’éclaireurs en rééducation de séquelles de poliomyélite à l’hôpital de Garches, tout content de diriger le premier camp proposé à notre unité, décidé à en faire un camp "comme les autres". Nos garçons sont tout aussi mordus, malgré le handicap : un tiers en chariots plats, un tiers en fauteuils roulants, le reste "mobile" mais avec difficultés, corsets et fatigues.

Accord général : on va faire un magnifique grand jeu de journée, sans concessions. Quelques responsables le préparent soigneusement, installent une magnifique piste semée d’embûches, et couronnent le tout par la traversée à gué d’une rivière, bien entendu après s’être assurés qu’il s’agissait bien d’un gué. Je suppose que vous voyez déjà la suite, qui aurait pu être amusante (?) sans élément supplémentaire. Mais attendez…

La veille du grand jeu en question débarque, envoyé par la Responsable nationale Extension, qui veut garder le souvenir inoubliable de ce camp exceptionnel,… le photographe officiel du Mouvement. Venu pour faire, entre autres, un reportage pour une plaquette Extension à paraître, et pour le calendrier.

Eh oui : le gué n’y était plus, mais le photographe y était. (…) Il est intéressant de constater, à travers quelques séries d’instantanés, qu’un chariot plat peut sombrer très progressivement, avec beaucoup d’élégance, et qu’il n’est pas commode, en fauteuil roulant, de garder longtemps les jambes au sec. Cette initiative pédagogique a connu un énorme succès». (de dos, Y. Bastide)

 

Aujourd’hui on peut écrire la suite : nous avons ramené tout le monde au camp, fait sécher (séparément), garçons, uniformes, chariots et fauteuils… Et, le lendemain matin, photographié le magnifique sourire de l’un des garçons, dont la photo a beaucoup servi, en particulier pour illustrer le programme du "Sotr inhabituel" (voir plus haut) et la couverture de la plaquette "scouting vith the handicapped boy" publiée en 1958 par le "Boy Scouts International Bureau" avec une belle introduction de son directeur, Dan C. Spry, C.B.E., D.S.O., C.D…

La même plaquette utilisait d’ailleurs deux autres photos du même camp, avec d’autres garçons.

.. Tous secs !

 

 


Sept décennies d’action éducative pour les jeunes sourds et malentendants


Une plaquette éditée en 2000 présente les activités de ce secteur. Elle est très significative d’une évolution de la réflexion et de l’action et, à ce titre, représente, à la fois, un excellent exemple d’adaptation de notre scoutisme d’extension et de prolongement de notre scoutisme vers l’éducation populaire. Nous en présentons un résumé.


Le groupe de l’Institut national de Jeunes Sourds


Créé aux environs de 1935 par une équipe de responsables E.D.F., le groupe a com­mencé ses activités de sorties et de camps auprès des élèves de l'Institut de la rue Saint-Jacques (alors Institution Nationale des Sourds-Muets). Comme pour tous les autres secteurs, ces activités ont deux préoccupations majeures :

- d'une part, l'adaptation des méthodes et moyens du Scoutisme aux spéci­ficités du handicap concerné - en l'occurrence, aux problèmes de com­munication ;

- d'autre part, l'intégration aux autres pratiquants de ces méthodes, par des activités communes et une réflexion continue de recherche et d'échanges.


C'est ainsi que, à partir de 1935, on trouve la trace d'activités, adaptées aux trois « branches » habituelles. Mais, tout au long de trente années, les méthodes d'animation des unités du Groupe ont évolué, en réponse à une évolution permanente de la société et des besoins des jeunes. En particulier, les problèmes de communication ont tou­jours eu une place prioritaire dans les préoccupations des encadrements : la réalisation de sorties et de camps avec des entendants, par exemple, a conduit à une réflexion permanente sur la communication des jeunes sourds avec le reste de la société - et sur la communication des entendants avec les sourds. La langue des signes a toujours été pratiquée dans ce but, sans être considérée comme un moyen exclusif et sans écarter les autres formes d'ex­pression.


L’association « Loisirs Éducatifs de Jeunes Sourds » et le centre de vacances du Fieux :


Mais le monde change, et le développement des activités de loisirs (qui ris­quent de n'être pas toujours "éducatives" dans la mesure où elles deviennent un élément d'une société de consommation) a conduit les équipes de respon­sables à mener une réflexion en vue d'une évolution, qui s'est avérée double :

- élargissement des activités proposées à des jeunes de toutes origines géo­graphiques, en dépassant le cadre strict de l'Institut de Paris - ce qui nécessi­tait un mode de fonctionnement et d'organisation différents,

- participation aux multiples activités associatives du secteur, en relations avec toutes les autres parties concernées : enseignants et éducateurs, adultes sourds, parents d'élèves.


Cette prise de conscience aboutit, en 1964, en coopération avec la « Société Centrale d’éducation et d’assistance aux sourds-muets en France », à la création d’une association complémentaire, « Loisirs Éducatifs de Jeunes Sourds » et d’un centre de vacances, installé dans une ferme de la Creuse, aux Fieux près Saint-Goussaud. Subventionné par les services de la Jeunesse et des Sports et par les Allocations Familiales, géré par les E.D.F., le centre peut conserver des prix de séjours acceptables par les familles, même si l'effectif d'encadrement reste important pour répondre aux besoins de communication des jeunes. La part destinée à couvrir les amortissements, c'est-à-dire à financer les amé­nagements, res­te faible et est consacrée à renouveler les équi­pements au fur et à mesure des besoins. Le nombre de journées réalisées annuellement, par des séjours en co-éducation de jeunes sourds avec des entendants, a atteint 4000.

 

Les bâtiments du centre de vacances du Fieux... en photo

... et vus par un jeune responsable

Une activité "paysanne" vue par un photographe pour le calendrier.


La formation des cadres :


Dans la tradition du groupe E.D.F. d'origine, il apparaît également important de consti­tuer des équipes d'encadrement spécifiques, adaptées à l'animation des sourds - et constituées, pour une bonne part, de sourds issus des activités de l'association ou intéressés par elles. Or aucune association spécialisée dans la formation des cadres ne recevait de défi­cients auditifs à cause des problèmes évidents d'adaptation de la com­munication ...  Il est donc décidé de réaliser, dans le cadre de l’association, des stages de formation destinés aux cadres de nos séjours, avec délivrance d’un diplôme officiel - alors dénommé "diplôme d'animateur de centre de vacances" – pour lequel un agrément spécial a été accordé au plan national : nous avons donc été les premiers à délivrer à des déficients auditifs un diplôme officiel leur permettant d'encadrer des centres de vacances, et, par la suite, de les diriger.


La vie associative du secteur :


La création de l'UNISDA (Union Nationale pour l'Insertion Sociale du Déficient Auditif) a été une remarquable opportunité de rencontrer d'autres associations agissant également dans le domaine de l'insertion des déficients auditifs, d'échanger réflexions et expériences et de mettre en commun des projets d'action auprès des Pouvoirs Publics.


Action sociale et lutte contre l’exclusion :


Ces activités ont, depuis leur origine, une dimension sociale qu'il est important de souligner : elles reçoivent des enfants et adolescents de toutes origines géographiques et sociales, ce qui suppose souvent d'aider les familles à financer les séjours pour ne pas priver les enfants de ces vacances. Cette action du domaine social est importante car elle met en évidence la contribution de l'Association à la lutte contre l'exclusion qui est une priorité nationale. Elle rend encore plus nécessaire le maintien d'une infrastructure de qualité pour l'accueil, l'animation, le suivi et la gestion de nos activités. Même si l’action a évolué depuis la création du groupe Éclaireurs de France voici plus de soixante ans, l'objectif reste le même et la ligne directrice a été tenue : contribuer, par des activités de loisirs éducatifs, dans l’esprit du Scoutisme d’Extension des Éclaireurs de France, à l'insertion sociale du jeune déficient auditif.


La disparition des subventions et la nécessité de répondre à des contraintes de sécurité de plus en plus exigeantes a conduit, depuis quelques années, à l’arrêt des activités du centre du Fieux et à la recherche d’une autre solution d’accueil des jeunes. Par contre, la formation des cadres avec utilisation de la langue des signes – conduisant à la délivrance des diplômes officiels B.A.F.A. et B.A.F.D. – connaît toujours le même succès auprès de jeunes déficients auditifs et de personnes s’intéressant professionnellement à ce secteur (animateurs, éducateurs, enseignants, interprètes, etc…).