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1955 : les résolutions d'Angoulême en Poitou-Charentes

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1955 : les résolutions d'Angoulême en Poitou-Charentes
La constitution de troupe
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Présentation de Jean-Marie Clerté à l'occasion de la « Journée de la Mémoire » à Poitiers le 12 novembre 2014

 

Introduction


Pour évoquer l’assemblée générale d’Angoulême de 1949, il faudrait y avoir participé. Ayant adhéré aux Éclaireurs de France en 1948 à l’âge de 10 ans 1/2 ce n’est pas mon cas. J’étais assez éloigné à l’époque de ces débats et préoccupations, pourtant elles annonçaient l'abandon d'un scoutisme codifié, en se prononçant pour la libre démocratie des jeunes.


Du point de vue de la méthode, l'accent est mis sur la volonté d’« éclater » ponctuellement les structures traditionnelles (patrouilles, branches...) et de considérer les équipes et/ou unités comme des « sociétés de jeunes » pouvant prendre certaines décisions de façon démocratique. De même, la progression n'a plus pour vocation d'être mesurée de façon purement individuelle mais aussi à travers des temps de projets collectifs. Sans remettre en question la méthode scoute, le Mouvement Éclaireurs de France intègre progressivement trois éléments pédagogiques qui feront plus tard partie intégrante de l'association :

– la démocratie/citoyenneté à travers l'idée de « société de jeunes »,

– la pédagogie du projet,

– la coéducation.


Et à Poitiers, ça se passait comment ?


La société de jeunes


Rétrospectivement, je mesure que, si je n’avais pas conscience de ces évolutions (et pour cause !), par contre elles ont influencé et orienté toute ma vie d’éclaireurs certes, mais bien au-delà dans ma vie tout court de citoyen « conscient des problèmes sociaux et soucieux de les résoudre ».


Par exemple, concernant l’éducation à la démocratie, j’ai retrouvé dans mes archives la constitution de troupe rédigée en 1954 qui régissait le fonctionnement interne de notre troupe d’éclaireurs. Elle définissait nos rapports entre les responsables adultes (chefs) et les adolescents (chefs et seconds de patrouille) que nous étions alors :

– mise en place d’un conseil de troupe pour décider du programme et du rythme d’activités, choix de celles-ci, du camp,

– définition des votes, prise de paroles et d’initiatives pour ne citer que l’essentiel.


À l’époque c’était extraordinaire ! Nous étions, nous les gamins de 14/15 ans, à égalité avec nos responsables en pratiquant une coéducation verticale. Ce n’est pas dans le milieu familial et encore moins dans mon périple scolaire que j’aurais eu l’occasion de cette initiation à la démocratie ! Nous vivions là dans un cadre bien défini d’une liberté nous permettant d’entreprendre, d’innover et nous permettant dans un climat de confiance d’acquérir progressivement une autonomie responsable.


En cela nous nous retrouvions en harmonie avec l’esprit de Baden-Powell qui écrivait  « Le scoutisme n’est pas une école ayant un plan d’études défini et des programmes d’examen. »


Mais je crois que cette ouverture que j’ai vécue, sur le monde et sur la société française d’après guerre, trouvait sa pleine expression dans le clan de routiers (17-25 ans) animé par Karol Smolski, alors responsable de clan et directeur-adjoint de la Maison des Jeunes et de la Culture (MJC). Il constituait, en effet, une véritable société de jeunes, où filles et garçons pratiquaient, bien avant l’heure, la coéducation. Il tenait conseil, établissait son code de fonctionnement, élisait ses responsables, gérait et s’autofinançait (spectacle de marionnettes, travaux divers), organisait des réunions d’information (guerres coloniales, partis politiques lors d’élections, etc.). Il pratiquait les grandes activités de plein air, camping, spéléologie, kayaks, varappes.


L’apport à l’Éducation populaire poitevine


Mais pour ces filles et ces garçons, cheftaines, chefs, Routiers  dont certains avaient vécu l’occupation, voire la Résistance ou le S.T.O. (Service du Travail Obligatoire) c’était une véritable envie de construire, d’apporter aux autres qui s’est manifestée dans un apport à l’Éducation populaire poitevine.


À la libération, comme le dit la chanson, « ils étaient trois garçons », trois éclaireurs : Guy Casteuble (Castor), Amédée Souchaud (Couleuvre) et Gilbert Hillairet (Grizzly) – qui créent un groupe de chants, style « Quatre Barbus », c’était « la Chanterie ». « Ici on chante, ici on rit ». Puis, en 1946, Guy Casteuble crée un double quatuor « Les Compagnons de la Claire Fontaine » avec uniquement des éclaireurs et des éclaireuses. Au fil des ans, le groupe évolue, rejoint par des filles et garçons des Écoles normales. Ils effectuent un important et innovant travail de recherches dans le folklore Poitevin ainsi que des études sur la musique et les instruments, notamment la vielle à roue. Sa renommée nationale et au-delà des frontières en fit un vecteur d'échanges internationaux important pour la Ville de Poitiers.


En 1948, Guy Casteuble, alors Chef du Clan de la Grand'Goule, est nommé Directeur de la MJC. Il sollicite les mouvements de jeunesse existant à Poitiers, pour faire fonctionner la MJC.  Les éclaireurs répondent présents. « Et ce sont les seuls », nous confiera-t-il plus tard ! Gilbert Hillairet (EDF), Amédée Souchaud (EDF), Simone Brault (FFE) furent administrateurs de la MJC. En sus de leurs propres activités, les autres animateurs du groupe Éclaireur, Marcel Dubois, Paul Beaulieu, Guy Parent etc, apportent bénévolement leur concours à l'animation et la création d'activités. Louveteaux et éclaireurs étaient à la rubrique « activités de plein air ». Le Clan de Routiers, lui, animait le club photo, le cyclotourisme, des soirées débats, l'atelier maquettisme-marionnettes, le club guitare… Tout ce petit monde gonflait les effectifs de la MJC ce qui était très utile pour sa notoriété et les subventions.  Il y faisait froid l'hiver et chaud l'été, ils appelaient alors la MJC de façon informelle « Le Local » qui est devenu bien plus tard et par pur hasard le nom officiel.


Et comment ne pas mentionner l’action de Madeleine Uzé qui de 1952 à 1965 assura la direction de l'Institut Médico- Pédagogique et Professionnel, de la rue du Mouton.  À l’époque, l'école reçoit une centaine de garçons et filles, de 8 à 18 ans, dits « handicapés mentaux ». L'établissement comportait sept classes et cinq ateliers : maçonnerie et menuiserie pour les garçons, confection et travaux ménagers pour les filles, éducation gestuelle pour tous. L'absence d'internat la conduit à mettre en oeuvre le Placement Familial – très formateur mais peu pratiqué – et l'incite à organiser des temps de loisirs. Dans ce dessein, en 1954, elle crée, avec le soutien de son mari, Louis (Flamand) et quelques responsables EDF, le Groupe Extension « Eau Courante ». Celui-ci comportait une troupe d'Éclaireuses, une troupe d'Éclaireurs et une meute mixte de Louveteaux.


Je ne sais pas si l’importance d’un Mouvement s’évalue à ses effectifs ou au nombre de médailles obtenues ; ce dont je suis sûr, par contre, c’est que la laïcité des Éclaireuses et Éclaireurs de France lui a permis d’être un grand Mouvement par son rayonnement.


Jean-Marie Clerté