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AHSL

Association pour l'Histoire du Scoutisme Laïque

1948 et la suite : un témoignage sur l’évolution des E.D.F.…

 

… vers un Mouvement de coéducation des filles et des garçons

 

 

Nouveau document proposé par Andrée Mazeran-Barniaudy, dont la participation à cette période a été très active. Il nous a semblé intéressant, et complémentaire de ce qui a déjà été publié sur le sujet, de plusieurs points de vue, et, en particulier :

– le lien que souhaite la président Monod, par ailleurs très impliqué dans l'éducation Nationale, entre le Mouvement et l'ensemble du secteur éducatif en évolution,

– la volonté affirmée d'aller dans le sens de la coéducation des filles et des garçons, supposant une adaptation sur de nombreux points,

– et, simultanément, la nécessité d'une extrême prudence dans une évolution qui risquait de s'avérer trop novatrice par rapport à la société…

Andrée a retrouvé des textes qui, sur tous ces points, paraissent tout à fait significatifs.

 

Quelques étapes dans l’élaboration d’un Mouvement de coéducation des filles et des garçons

 

 

Fin 1948, un projet d’accord fut élaboré entre les E.D.F. et la section neutre de la F.F.E..

Ce texte exposait les motifs du projet, établissait un plan d’organisation (dans les structures et dans les programmes d’activités)  et donnait des instructions d’application.

En ce qui concerne l’application de la coordination aux branches cadettes (Louveteaux et Petites Ailes), le texte précisait :

« Il est institué une commission nationale de liaison pour les branches cadettes de chacun des Mouvements. Elle est composée d’un nombre égal de responsables nationaux. Cette commission a pour attributions :

a)     études comparées et progrès des méthodes respectives,

b)    mise en place d’assistants communs des deux branches cadettes lorsque cela est nécessaire

c)     autorisation d’unités mixtes (à titre provisoire)

d)    éventuellement, journal commun

e)     organisation éventuelle de camps-écoles communs »

Le texte donnait également des « instructions » pour la branche aînée, mais rien pour la branche verte.

Ce projet d’accord n’a pas été accepté par l’Assemblée générale de la F.F.E.

 

Le 5 mars 1950, le Comité National et l’Assemblée Générale des E.D.F., réunis au centre international d’études pédagogiques de Sèvres, concentrent leurs travaux sur le Mouvement commun de coéducation, affirmant leur désir profond de lancer un tel Mouvement. L’A.G. vote la motion suivante :

« Réunie en Assemblée Générale le 5 mars 1950, l’association des Éclaireurs de France décide de procéder au lancement d’un Mouvement commun destiné à offrir largement la pratique du scoutisme laïque aux garçons et aux filles de France ».

Les règles essentielles sur lesquelles repose l’existence de ce Mouvement sont indiquées sommairement dans la Déclaration fondamentale et dans les éléments de méthode. L’A.G. donne mandat au Comité Directeur et au Commissariat National :

– de prendre dès maintenant toutes mesures qui apparaîtront nécessaires pour assurer le développement de ce Mouvement,

– en particulier, d’apporter à la composition du Comité Directeur les modifications indispensables pour que la représentation féminine y soit assurée de façon suffisante,

– de préparer la transformation des statuts et du règlement intérieur de façon qu’elle puisse être approuvée par une Assemblée Générale extraordinaire convoquée au plus tard en mars 1951. »

 

La fermeté de la position désormais adoptée par les E.D.F. n’exclut pas la prudence. En conclusion de cette A.G., Eugène Arnaud déclare : « Certes, nous devons mener ces expériences avec prudence et avec délicatesse vis-à-vis des jeunes et vis-à-vis de l’opinion publique. » Le président Gustave Monod conclut : « Il faudra toujours demander l’avis des familles intéressées, ne jamais commencer l’expérience avec des adolescents au moment de leur crise pubertaire, n’envisager des activités communes qu’à certaines occasions pour les jeunes de cet âge. Il s’agit de ne pas compromettre, par des tentatives maladroites, un Mouvement qui a maintenant derrière lui près de quarante ans d’expérience. Mais cette crainte ne doit pas empêcher d’évoluer et de s’inscrire dans la ligne de tout courant pédagogique moderne, dans le monde entier. Ne revient-il pas au Scoutisme de toujours tenir compte des tendances profondes de la jeunesse de son temps en sachant canaliser ces tendances ? »

 

Pendant que les hautes instances du Mouvement réfléchissaient au lancement officiel du Mouvement commun aux filles et aux garçons, à la base, des expériences de coéducation se mettaient en place.

 

Dès 1946, la Route avait quelques clans mixtes, avec une nette volonté de coopération avec la F.F.E. N. : « Il faut se rendre compte qu’à l’époque, toute tentative de coéducation ne peut se concevoir, pour les E.D.F. , qu’en accord et en collaboration avec la section Neutre de la Fédération Française des Éclaireuses. Il apparaissait impensable et interdit qu’une fille désireuse de pratiquer le scoutisme puisse le faire sans s’inscrire dans un groupe d’éclaireuses » écrivait Pierre François.

 

Chez les Louveteaux, des expériences de coéducation ont été tentées. Jean Cabot, commissaire national, en fait un premier bilan dans « le Chef » de février 1949. Il constate que « les différences d’évolution et la disparité des fictions ont empêché que se développe une collaboration avec les « Petites Ailes », (branche cadette de la F.F.E., qui n’avait pas adopté la référence au Livre de la jungle) ». Il rappelle que l’équipe nationale Louveteaux, à la Toussaint 1948, avait déclaré souhaitable la poursuite d’expériences de mixité dans les meutes. Il ne cache pas « les adaptations qu’il convient d’apporter à la fiction, aux activités ».

 

La branche Éclaireurs, engagée dans des activités d’un style particulièrement viril, a plus tardé à se préoccuper de coéducation. À l’automne 1949, l’équipe nationale Éclaireurs adopte le voeu suivant : « Il paraît souhaitable que les activités communes suffisamment fréquentes et motivées entre compagnies F.F.E. et troupes E.D.F.  soient menées là où les conditions locales s’y prêtent. Ces expériences, à ne pas généraliser hâtivement,  doivent être suivies de près par les équipes provinciales qui seront toujours informées à l’avance. »

 

Quelques années plus tard, au moment de la création du « nouveau Mouvement » des Éclaireuses & Éclaireurs de France, l’équipe nationale Louveteaux, dont j’étais responsable, a travaillé avec Violette Ginger, commissaire nationale des Petites Ailes. Elle venait régulièrement à nos réunions, accompagnée par d’autres responsables de la F.F.E. Ensemble, nous avons élaboré des programmes de travail en commun pour les chefs d’unités, mis au point la pratique de la coéducation. Cela s’est fait sans aucune difficulté à l’échelon national, et je n’ai pas le souvenir qu’il y ait eu des problèmes dans les régions.