gototopgototop

AHSL

Association pour l'Histoire du Scoutisme Laïque

Rechercher

Derniers articles parus

2018 : le scoutisme d’extension E.D.F. à l’Institut de Villeurbanne - Témoignage

Note des utilisateurs: / 0
MauvaisTrès bien 
Index de l'article
2018 : le scoutisme d’extension E.D.F. à l’Institut de Villeurbanne
Témoignage
Toutes les pages

 

Témoignage de Chantal Desvigne (Isard)

 

J’étais cheftaine de louveteaux au groupe Jean Bart et je suis rentrée à l’école des aveugles pour être monitrice en 1962 auprès des garçons de 10 à 14 ans. Je m’occupais d’eux pendant les temps libres et les week-ends.

Le dimanche après-midi, les enfants sortaient en rang deux par deux, pour faire le tour du quartier et finir l’après-midi…devant la télévision !

Tout naturellement, après des discussions avec Bison, notre chef de groupe, l’idée m’est venue de créer une troupe extension à l’intérieur de l’internat. J’étais monitrice, j’étais connue et présente ce qui facilita les démarches. Mme Mortel, la Directrice de l’école, me connaissait bien puisque j’avais aussi ses deux garçons aux louveteaux depuis deux ans.

J’ai créé une unité d’éclaireurs, c’était la tranche d’âge dont je m’occupais. Il n’y avait que des garçons, les filles étaient dans l’autre partie de l’école : la mixité n’existait pas encore.

La troupe extension a vu le jour en avril 1963 ; très vite j’ai eu 22 garçons présents régulièrement. Nous lui avons donné tout naturellement  le nom de Robert Bonnet, créateur du groupe Jean Bart.

La troupe extension était une unité à part entière du groupe. Tous les chefs et cheftaines étaient des adultes qui appartenaient tous à la même maîtrise.

Nous faisions des réunions indépendantes à l’intérieur du local Jean Bart, mais les sorties étaient faites en commun.

Pour la troupe j’étais secondée par Daniel Banchet, un jeune demi-voyant de l’école qui lui était chez les grands. Je n’ai pas fait de formation spécifique pour encadrer la troupe, j’ai appris à l’internat ; pour le scoutisme, j’avais fait le Cappy en 1961.

Pas de camp le premier été, nous n’étions pas prêts. L’année suivante, les activités traditionnelles continuent avec des week-ends communs avec le groupe Jean Bart pour préparer le camp d’été.

 

 

Jacques, demi voyant, allume le feu

 

 


Balan : aménagement avec des cordes


Les activités avec des éclaireurs aveugles étaient  simplement adaptées, des activités de plein air, du camping, avaient lieu pour leur grand bonheur. Il y avait des « demi-voyants » comme nous les appelions, qui faisaient les tâches délicates comme allumer les foyers.  Nous n’avions pas d’énormes difficultés, je pense qu’à cette époque les normes n’étaient pas strictes comme de nos jours.


Pour le premier camp à Valdrome en 1964, dans ma mémoire il n’y a eu que deux non-voyants complets, Christian Cordier (très débrouillard et d’une perception très fine) et Gérard Mathieu (qui lui, au contraire, était très « bloqué », mais qui a choisi de venir aux éclaireurs et qui a fait plusieurs camps, il aimait beaucoup ce contact avec les éclaireurs du groupe Jean-Bart) , ensuite nous avions des demi-voyants, je me souvient de Jean-Paul Mortel qui était chef de patrouille, Claude Lelouch, Jacques Fort par exemple.

Au camp nous avions formé une patrouille extension « les Renards » ce fut une très belle expérience pour tous et très enrichissante, des liens se sont créés.


 

 

Patrouille des Renards


Pour preuve qu’il n’y avait pas de risques nous avons eu la visite du Sénateur de la Drôme, l’attaché de préfecture qui ont été enchantés et ont même envoyé une lettre de félicitation à Bison.

L’année suivante (1965),  au camp du Fontenil, nous avions une patrouille dans un camp de montagne.

Ils ont fait toutes les activités, y compris les explos en montagne, nous étions deux ou trois responsables habitués à guider les non-voyants ; sur les sentiers ils tenaient des courroies fixées à nos sacs, ils suivaient nos pas.

Fontenil


Ils ont fait la grande explo de plusieurs jours avec une nuit à 1700 m sous tente, des cols comme le col de la Lauze à 2500 m et le lendemain le col du Granon à 2413 m. Je me souviens vraiment de cette explo où Christian et Gérard étaient encore avec nous, je guidais Gérard qui a été heureux d’avoir fait tout ça, lui qui marchait tout raide avant.

Ce camp fut riche pour eux aussi en échanges car nous avons eu des Anglais pendant 15 jours, et deux Tahitiens.


Explo au Val d’Arcine

 


Christian tient le sac de la cheftaine pour se guider


Depuis deux ans aussi  certains éclaireurs de l’extension participent à la fête de groupe, ils ont des rôles dans les personnages des pièces écrites par Bison.

À la rentrée 1965 Guépard est venu me rejoindre à l’extension. C’est lui qui prendra ensuite la troupe.

À Roche Percée, en novembre, les louveteaux passent à la troupe, ils franchissent un pont de singe pour symboliser cette progression. Dès qu’ils ont terminé, les éclaireurs aveugles de l’extension se précipitent pour passer eux aussi, juste pour le plaisir !

 

1966 - Troisième camp d’été à Miallet, entre Limoges et Périgueux

Toujours une patrouille, c’est Guépard qui est leur responsable moi je suis responsable de camp. Idem pour le camp de Lillaz en Italie je n’ai pas de souvenirs marquants, ils sont bien intégrés. À la rentrée 1967, Bernard Marlière laisse le clan pour rejoindre la maîtrise de l’extension.

 

En 1968, Éliane Trouillard (Marmotte), Chantal Colas et Jocelyne Calderer, lancent la meute des louveteaux qui comme les éclaireurs ont des activités communes avec les louveteaux de Jean Bart. Les louveteaux de l’extension font des sorties et des week-ends, mais pas de camp.

 

Les unités extension ont continué jusqu’en 1972 environ. Ensuite commence une période plus difficile pour le groupe, moins de responsables, il n’est plus possible d’encadrer autant d’unités, du côté de l’Internat, les choses changent aussi, les enfants rentrent plus régulièrement chez eux, la pédagogie et l’encadrement évoluent.

L’expérience a été très positive pour la majorité car, d’une part, ils sont restés de nombreuses années, et les Éclés leur ont donné une liberté qu’ils ne connaissaient pas, des contacts réguliers et des activités comme les autres et avec les « voyants » eux les « bigleux » comme ils se nommaient eux-même avec  humour. Le monde était ouvert sur l’extérieur. Ils prenaient de grands fous rires, ils chahutaient avec eux. Les souvenirs des camps sont encore présents pour ceux avec qui j’ai gardé contact.

Et puis, comme je l’ai dit, je n’ai pas les nouvelles de tous mais, parmi eux, Christian Cordier continue à faire de la montagne avec accompagnateur (le tour du Mont Blanc par exemple), Joël Souvy  est impliqué et même président (à une période) de l’association des chiens d’aveugle. Il marche en montagne avec sa chienne.

Pour le groupe Jean Bart, tous ceux que j’ai interrogés, et qui ont fait des activités avec l’extension, ont des souvenirs très vivants bourrés d’anecdotes. Nous avons tous été enrichis par ces moments partagés.