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AHSL

Association pour l'Histoire du Scoutisme Laïque

1966 : le centre éducatif et culturel d'Yerres

Index de l'article
1966 : le centre éducatif et culturel d'Yerres
Perspectives pédagogiques et sociales
L'architecture
Un témoignage : l'avénement d'une démocratie
Un témoignage : le passage à l'acte
Une expérience empirique...
Un bouillonnement de recherche
Une de ces utopies dont est fait l'avenir
Un complexe éducatif novateur
Toutes les pages

 

Idée et réalisation de deux militants E.D.F., Paul Chaslin et Jean Estève


Le Centre éducatif et culturel d'Yerres est née de l'imagination de Paul Chaslin et Jean Estève, à partir de leur expérience de militants engagés, mais aussi de leurs valeurs communes, traduites par leur action pendant la seconde guerre mondiale. Nous avons choisi de présenter ici l'essentiel des pages de témoignages qui ont été consacrées à cette réalisation dans la plaquette "Jean Estève, un parcours engagé", éditée en 2000 à la mémoire de Jean Estève.

 

Pour plus d'informations : voir le site de l'Association Nationale pour les Espaces d'Intégration (www.anpei.asso.fr/histoire.html)

 

L'origine :

Paul Chaslin : Entré à 13 ans en 1936 chez les Éclaireurs de France, responsable E.D.F. à Paris en 1940 (en particulier à la Maison pour Tous de « Vieux Castor », rue Mouffetard). Membre de « Défense de la France », s’évade par l’Espagne (6 mois de détention), termine la guerre comme sergent parachutiste. Reprend ses études à l’école des Travaux Publics. Crée en 1959 la société Geep Industries spécialisée en bâtiments scolaires et universitaires.

Diverses activités : collaboration avec Paul Puaux pour le festival d’Avignon, directeur adjoint du C.C.E. de Beaubourg, conseiller du recteur de Versailles et du délégué interministériel à la Ville. Membre du Comité Directeur des E.E.D.F. de 1972 à 1978. A l’origine de l’ « expérience » d’Yerres.


Dans la ligne des principes …


Dans les années 60, l’intégration – si l’on peut dire – était, comme le bonheur, une idée neuve en France, dans notre nation toujours jacobine, compartimentée à l’extrême, jusqu’au niveau communal, par la volonté des différents adjoints. Quant aux ministères et aux administrations relevant d’eux, pas question de mener des actions en commun, encore moins de partager des locaux ou des espaces : chacun chez soi et les vaches seront bien gardées. On a appelé les conséquences de cet état de fait… « la vie en miettes ».

 

Une expérience d’intégration tentée dans la commune de Chambourcy en 1959 (maire : Georges Galienne, fils du Pasteur Galienne – un des fondateurs des E.D.F. - , adjoint : Jean-Louis Barrault, à l’époque directeur du théâtre de l’Odéon) avait échoué sur les écueils ministériels. Je revenais d’un voyage d’études aux U.S.A. où j’avais constaté la grande ouverture des communautés. Chez nous, pas de partage, chacun se voulant le patron exclusif – pour ne pas dire le propriétaire – du territoire qui lui était échu par la grâce des scrutins, des concours, des habitudes ou du « piston », sans souci de l’efficacité globale des services publics, notion inconnue alors. Depuis nous avons fait de grands progrès …

 

En 1965, nous disposons de solides atouts pour tenter une nouvelle expérience. La taille de l’entreprise que je dirige a atteint un niveau permettant de commencer à échapper à la monotonie routinière des plans-types en s’attaquant chaque année, hors programme, à un bâtiment expérimental : Sucy en Brie en 1963, Marly le Roi en 1964, exceptions enlevées de haute lutte à la programmation officielle grâce à un « charter » mobilisant toutes les catégories de responsables de l’Éducation Nationale pour aller visiter les « community colleges » anglais. Par ailleurs, à Orléans, lors du 40ème anniversaire des E.D.F., j’ai accepté, sous l’amicale pression du ministre Claudius Petit, ancien E.D.F., l’idée de prendre des responsabilités municipales. Dans notre commune d’accueil, Yerres, on me propose le poste d’adjoint aux affaires culturelles et scolaires. Enfin, trois responsables de haut rang dans les trois ministères concernés – l’Éducation Nationale, la Jeunesse et les Sports, les Affaires Culturelles – partagent nos vues sur l’intégration : Pierre Renard, ancien Éclaireur Unioniste, Jean-Baptiste Grosborne, ancien Scout de France, Augustin Girard, ancien Éclaireur de France.

 

À nous quatre, en véritable commando, nous nous attaquons à la définition des principes, de la philosophie et du fonctionnement d’un tel établissement, sans précédent dans notre pays, ainsi qu’à la stratégie à mettre en œuvre pour le faire aboutir, auprès des trois ministères mais aussi auprès du conseil municipal de Yerres et des différentes forces vives de la commune, le « collège culturel » devant être non seulement accepté mais, si possible revendiqué par la population.

 

A l’automne 1966, un autre « charter », élargi cette fois à des représentants des divers ministères et des grandes organisations ainsi qu’aux Yerrois les plus représentatifs, reprend le chemin des community colleges, et c’est dans le dernier de ceux-ci que nous présentons les plans du collège culturel d’Yerres. De ce second voyage, font partie notamment Pierre François, alors directeur de la Jeunesse à l’UNESCO, Jeanne Dejean, inspectrice générale de la vie scolaire, et Georges Bilbille, directeur de la Maison pour Tous de la rue Mouffetard. Cette démarche pédagogique s’inscrit dans la ligne des principes ayant abouti à la mise en place, depuis la Libération, des lycées-pilotes et des classes nouvelles, que nous devons, entre autres, à deux grands présidents de l’Association des Éclaireurs de France, Gustave Monod et Louis François. S’y ajoutent des préoccupations plus récentes, exprimées aussi bien dans les projets des Maisons de la Culture que dans les Mouvements tels que « Peuple et Culture ». Pour moi, c’est simplement le rapprochement et la coopération organique de deux établissements que j’ai eu la chance de fréquenter : l’école Decroly, dirigée magistralement par Mion Valloton, et notre vieille « Mouffe » de Vieux Castor et Mère Louve.

 

Le collège culturel de Yerres - bientôt rebaptisé C.E.C., centre éducatif et culturel, pour entrer dans la panoplie de l’Éducation Nationale : C.E.G., C.E.S., C.E.T. - ouvre ses portes dès la rentrée de 1967 pour le collège proprement dit et progressivement, dans l’année qui suit, pour les autres établissements. Encore faut-il, pour diriger ce navire exceptionnel, un capitaine d’exception. Par chance, il existe, et je le connais bien depuis longtemps. Pour ce poste délicat mais recherché, avec des responsabilités très larges et très diverses, pour cette expérience sur laquelle, très vite, tant de gens auront les yeux fixés, l’erreur n’est pas permise. Jean Estève, encore Commissaire général des E.D.F., est l’oiseau rare. Accepté d’emblée par toutes les parties, Jean est « mis dans le coup » dès 1967 et, dès son arrivée à Yerres pour la rentrée de 1968, il impose sa marque comme je l’ai imaginé, faisant preuve de grandes qualités de pédagogue, mais aussi d’organisateur et de diplomate, gommant toutes les difficultés entre les administrations, entre associations locales et entre des personnels de statuts très différents. Je laisse à tous les responsables et familiers du C.E.C. le plaisir d’évoquer ce « patron »…