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1966 : le centre éducatif et culturel d'Yerres - Un témoignage : l'avénement d'une démocratie

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Index de l'article
1966 : le centre éducatif et culturel d'Yerres
Perspectives pédagogiques et sociales
L'architecture
Un témoignage : l'avénement d'une démocratie
Un témoignage : le passage à l'acte
Une expérience empirique...
Un bouillonnement de recherche
Une de ces utopies dont est fait l'avenir
Un complexe éducatif novateur
Toutes les pages

 

 

Agrégé d’anglais, professeur à l’École Alsacienne puis créateur, au Ministère des Affaires Culturelles, du service « Études et recherches », secrétaire général de la « Fondation pour le développement Culturel » animée par P. Chaslin.

Son père, une sœur et un frère ont été successivement arrêtés puis déportés, une autre sœur tuée par les S.S. en 1944. Un des « mousquetaires » du C.E.C. d’Yerres, il préside aujourd’hui le Comité d’Histoire du Ministère de la Culture ; il a tenu à situer cette expérience dans l’engagement « humaniste » de Jean Estève dans la plaquette à sa mémoire.

 

Si Jean Estève a accepté la responsabilité du centre d’intégration expérimental d’Yerres, et s’il a réussi à en faire un modèle qui a inspiré nombre d’autres innovations sociales intégrant à la fonction éducative les aspects sociaux, sportifs et artistiques d’une future « politique de la Ville », c’est en raison d’un engagement personnel qu’il a pris à vingt ans et qu’il a tenu de façon de plus en plus souriante toute sa vie durant.

 

Cet engagement éthique est né d’une réaction instinctive à l’envahissement de son pays par la dictature totalitaire nazie dans les années 40. Il a ressenti ce totalitarisme comme une atteinte insupportable à la dignité de l’homme et à l’avènement progressif d’une démocratie concrète. Cet engagement l’a conduit vers la Résistance et la déportation. C’est là, résistant à nouveau avec un groupe de camarades anti-totalitaires venus de tous les pays d’Europe, qu’il prit en lui-même l’engagement de consacrer sa vie à l’élimination des totalitarismes barbares, en agissant directement pour une éducation des jeunes à la démocratie.

 

Quand il est arrivé à Yerres, Jean Estève savait déjà que pour qu’une éducation soit plus qu’un simple système de transmission des connaissances élémentaires, mais un apprentissage continu de la citoyenneté, de la responsabilité et des grandes valeurs de toute civilisation, il fallait que soit intégré à l’enseignement le développement de la sensibilité, de l’imagination, de la faculté de création, bref la dimension artistique. Chargé de représenter à Yerres André Malraux, alors Ministre de la Culture, j’ai ainsi vu naître et croître, physiquement unie au collège par un petit centre social, une « maison de la culture » en miniature mais où s’affairaient en vraie grandeur des écrivains contemporains, des compositeurs de musique, des peintres et des comédiens, tous associés à la vie quotidienne du collège.

 

Jean Estève et Suzanne, qui se ressourçaient le soir dans leur bibliothèque personnelle remplies des œuvres nées des sagesses de toutes les périodes de l’histoire et de toutes les civilisations, contribuèrent activement à la construction d’une bibliothèque publique d’un design moderne, spécialement accueillante aux enfants, fenêtres ouvertes sur la rivière silencieuse de l’Yerres, où élèves et professeurs pouvaient se rendre le matin avant les classes ou au sortir de la salle à manger l’après-midi.

 

Grâce à cet agencement architectural ingénieux, encore jamais organisé en France, et grâce à des équipes spécialisées de fonctionnaires volontaires et passionnés, les innovations se suc-cédèrent de semaine en semaine. Le grand gymnase à gradins fut conçu pour accueillir de grands spectacles de création contemporaine. Au cours des réunions de direction hebdomadaires, Jean Estève maintenait le cap fermement et imperturbablement, dépassant les petites querelles administratives de voisinage, car sa vision originelle de l’apprentissage à long terme d’une vie humaine en société était ancrée dans sa mémoire de la barbarie de la guerre et des camps. Il savait que cette barbarie était toujours prête à renaître. L’histoire de la fin du XXème siècle devait, hélas !, lui donner raison, lorsque reprirent, vingt ans après, les guerres racistes dans l’Europe des Balkans, en Afrique et en Asie.