gototopgototop

AHSL

Association pour l'Histoire du Scoutisme Laïque

Rechercher

Derniers articles parus

1966 : le centre éducatif et culturel d'Yerres - Un complexe éducatif novateur

Note des utilisateurs: / 0
MauvaisTrès bien 
Index de l'article
1966 : le centre éducatif et culturel d'Yerres
Perspectives pédagogiques et sociales
L'architecture
Un témoignage : l'avénement d'une démocratie
Un témoignage : le passage à l'acte
Une expérience empirique...
Un bouillonnement de recherche
Une de ces utopies dont est fait l'avenir
Un complexe éducatif novateur
Toutes les pages

 

 

 

Mireille Roux, après avoir assuré pendant quelques années la responsabilité de la branche Éclaireuses / Éclaireurs dans l’équipe nationale, a participé, avec Jean Estève, dans une fonction de terrain, à « l’expérience » du Centre Educatif et Culturel de Yerres. Elle a choisi de nous en parler.

 

Le C.E.C., un complexe éducatif novateur, une aventure difficile à mettre en place, mais une aventure combien exaltante et enrichissante pour tous ceux qui y ont pris part : à partir d’un collège d’enseignement général, une école ouverte largement sur la commune, des activités sportives, culturelles, socio-éducatives …

 

L’idée ? je n’ai pas assisté à son éclosion. Une poignée d’hommes et de femmes voulant mettre en pratique et faire vivre cette école dont beaucoup rêvent encore – faite d’enseignement, d’ouverture, de découverte de soi dans des activités multiples et ouvrant sur des secteurs très divers – un plein emploi des locaux …

 

Le lieu ? Yerres, commune de la région parisienne, une municipalité intéressée, la présence sur ce territoire de GEEP Industries, entreprise spécialisée dans la construction d’établissements scolaires, maître d’œuvre de cette construction.

 

La conception pratique : sept établissements fonctionnant dans un même vaste ensemble :

- un C.E.S. et son restaurant,

- un centre social, celui de la commune d’Yerres, aux activités élargies : action sociale, garderie d’enfants, rencontres diverses,

- un centre sportif avec son grand gymnase pouvant accueillir, avec ses mille places, des manifestations sportives et culturelles, largement utilisé par le C.E.S. et les associations sportives de la ville,

- une bibliothèque municipale et centre de documentation du C.E.S.,

- un conservatoire de musique et de danse,

- des ateliers artistiques – 3A – avec leur théâtre et cinéma d’essai, faisant bénéficier les élèves du C.E.S. de la présence de comédiens, d’expositions dans leurs locaux ,

- la « maison pour tous », ouverte aux jeunes mais aussi à tous publics, utilisée par le C.E.S. comme lieu de détente, de jeux, d’activités dans la journée et entre 12 et 14 heures.

 

Chaque établissement était subventionné par son ministère de tutelle : éducation nationale, affaires sociales, affaires culturelles, jeunesse et sports, et avait à sa tête un directeur ou une directrice. Un directeur général coordonnait cet ensemble. Pour lancer ce navire, c’est Jean Estève qui fut choisi et nommé.

 

Pourquoi lui ? Il réunissait de nombreux facteurs positifs : son expérience d’enseignant - du professorat à la direction d’établissement -, ses années passées au sein des E.E.D.F. à des postes de responsabilités – du responsable de base à la direction générale du Mouvement -, et sa connaissance approfondie du fonctionnement de divers ministères intéressés par l’expérience de Yerres.

 

Le C.E.S. fit sa rentrée dans les locaux en septembre 1968. La plupart des enseignants étaient volontaires pour cette expérience éducative originale. Conservatoire, centre social, bibliothèque, centre sportif fonctionnèrent tout de suite ; les 3A mirent en place leur première programmation pour 1969 et la Maison pour Tous ouvrit ses portes en février 1969. Dire que les débuts de cette expérience furent faciles serait mentir. Il fallait, de la part de tous, un engagement de tous les instants, des heures non comptées, une souplesse dans les contacts humains, une recherche constante en matière éducative.

 

Jean Estève supervisait et coordonnait le fonctionnement et la cohabitation des sept établissements. Les faire vivre en harmonie relevait de la gageure : pas de gros problèmes entre cinq d’entre eux, centre social, conservatoire, bibliothèque, centre sportif et C.E.S… Plus de difficultés entre les 3A et la Maison pour Tous. Les premiers avaient une certaine conception de la Culture, théâtre et cinéma d’essai amenant un public sélectionné, un peu compensé par des soirées spectacles où un large public est venu applaudir les Frères Jacques, Raymond Devos, Mouloudji, Catherine Sauvage, Guy Béart et bien d’autres…. La Maison pour Tous, avec ses nombreux ateliers – dessins d’enfants, poterie, photo, marcheurs , école de boxe et autres très diversifiés – ayant une vocation d’éducation populaire largement ouverte à tous et surtout aux jeunes difficiles de Yerres et des environs. Les rencontres entre ces deux publics, qui se retrouvaient au foyer de la Maison pour Tous lors des différents spectacles des 3A, n’ont pas toujours  baigné dans l’harmonie parfaite, loin s’en faut.

 

Il fallait une personnalité comme Jean Estève : sa présence physique tout d’abord, son implication profonde dans cette expérience passionnante, son esprit clair et de synthèse, sa largeur de vue, sa conscience professionnelle et sa force de caractère, sa disponibilité de tous les instants, sa présence à l’ouverture des locaux le matin, souvent avant 9 heures, et bien souvent à la fermeture des portes avec le gardien et moi-même vers minuit et parfois, les soirs de spectacle, à deux heures du matin, il fallait tout cela pour faire démarrer et avancer cette lourde machine passionnante mais combien prenante, regroupant des personnalités bien charpentées, ayant chacune sa vision différente et structurée de l’éducation, la culture populaire et classique, la discipline …

 

Les réunions de professeurs que Jean animait avec le principal du collège n’étaient pas du genre « long fleuve tranquille ». J’ai vu quelquefois Suzanne Estève, professeur au C.E.S., sortir soucieuse, au moins dans les débuts, de ces réunions houleuses où Jean tentait de faire la synthèse des aspirations et des exigences des uns et des autres et de la vocation du C.E.C., avec une fermeté lucide, pas toujours bien ressentie. Les réunions hebdomadaires des sept établissements, présidées elles aussi par Jean Estève n’étaient pas, non plus, de tout repos. Faire se rencontrer, dans les mêmes locaux, des publics très divers – gens « cultivés », sportifs, enfants, adultes, jeunes en difficulté – n’allait pas toujours tout seul , c’est le moins qu’on puisse dire.

 

Pour ma part, directrice de la Maison pour Tous, j’ai apprécié le soutien de Jean Estève. Dès le début de l’expérience, j’ai souhaité ouvrir la Maison à tous les publics, y compris aux jeunes en marge de Yerres et des environs. La ville de Yerres, les 3A et certains établissements ne voyaient pas cette cohabitation délicate d’un bon œil. Je me souviens de nombreuses heures de discussion sur ce projet avec Jean. Lorsqu’il m’a donné le feu vert, il m’a indiqué qu’il soutiendrait cette action et, pendant les quatre années passées à Yerres son soutien ne m’a jamais manqué. Contre vents et marées, il a maintenu cette orientation. Le climat « loubard » de Yerres s’est allégé peu à peu. J’ai quitté Yerres en octobre 1972, toujours passionnée par cette expérience dont je suis sortie grandie et lasse. J’ai passé avec joie et confiance le relais à René Baetens… Ayant travaillé avec Jean Estève aux E.E.D.F. et apprécié sa largeur de vue, sa confiance qui, une fois donnée, ne faisait pas défaut, j’ai retrouvé tout cela à Yerres : un directeur ouvert dont le soutien ne s’est jamais démenti, ayant une large vision de l’éducation populaire et de la valeur d’un être humain.