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AHSL

Association pour l'Histoire du Scoutisme Laïque

2012 : pour le 60ème anniversaire des Maisons des Jeunes et de la Culture

 

on reparle de la Mouffe et de ses suites....

 

 

Trouvé sur le site par Philippe Bernat, cet article rappelle le rôle joué par la Maison pour Tous de la rue Mouffetard dans l'émergence de l'idée de Maisons des jeunes et de la culture, ainsi que le rôle de Georges Bilbille dans son évolution ultérieure vers un rôle accru dans le domaine culturel :

 

La "mouffe", ancêtre des maisons des jeunes et de la culture

 

La "Mouffe", Maison pour Tous de la rue Mouffetard à Paris (Vè), est sans conteste l’ancêtre des MJC. Mais elle est aussi un espace d’expérimentation des mouvements de jeunesse et d’éducation populaire, des centres sociaux et socioculturels, et même des Maisons de la Culture initiées bien plus tard, dans les années 60, par André Malraux.

 

"La Mouffe"

 

En 1906, une étudiante, Catherine Descroix, venue se loger au 6 de la rue Mouffetard crée une association "Chez nous", rattachée au Sillon de Marc Sangnier, mouvement progressiste du catholicisme social qui prône "l’éveil démocratique" : "se conduire en parfaits chrétiens et en parfaits démocrates (...) pour le bien du Christ et le bien du peuple".

 

Dans cet esprit et grâce aux bénéfices de la vente de chaussures fournies par une coopérative de Fougères, Catherine Descroix organise des colonies de vacances, des conférences, une bibliothèque, des sorties appelées "caravanes", un groupe choral et musical. Après son départ en 1910 pour Alexandrie, André Lefevre (dit "Vieux Castor"), puis Marthe Levasseur (dite "Mère Louve") prennent le relais, renforcent l’équipe et viennent s’installer au 76 de la rue Mouffetard, ancien siège d’une Maison des Syndicats, et d’une Université populaire où Jean Jaurès, Trotski et Lénine lui-même se seraient adressés aux ouvriers parisiens. Après la première guerre mondiale, l’équipe de la "Mouffe" met en place un cinéma, se lance dans le scoutisme ("vieux castor" et "mère louve" seront respectivement commissaire national et régional et commissaire régionale des Éclaireurs de France), ouvre un restaurant, un bar "antialcoolique", organise des colonies de vacances en province, gère une "caisse de solidarité et des loyers" pour les familles défavorisées du Vè arrondissement de Paris.

 

Le 76 de la Rue Mouffetard

 

La Maison pour tous de la rue Mouffetard associe rapidement et volontairement catholiques et protestants, israélites et laïques, ce qui la conduira à rompre avec le catholicisme militant du Sillon que Catherine Descroix, de retour de l’armée d’Orient où elle était infirmière jusqu’en 1921, voulait- contre tous-réimposer. Cette première rupture annonce l’esprit de laïcité ouverte active qui fondera plus tard la démarche éducative originale des Maisons des Jeunes et de la Culture : ouverture à tous quels que soient l’origine sociale et le niveau d’instruction, refus d’être inféodé à un quelconque parti ou confession, confrontation de toutes les opinions sans crainte du conflit mais dans les respects de l’autre et des règles du débat démocratique.

 

Pendant la seconde guerre mondiale, la Mouffe resta très active malgré des passages de ligne de démarcation souvent périlleux, des convocations par la Gestapo pour activités interdites - notamment celles des Éclaireurs de France que la maison couvre - et la disparition en déportation de Mademoiselle Cahen, chargée de l’alimentation des enfants.

 

Mais c’est surtout après la Libération et avec l’arrivée de Georges Bibille ("Bill") que la Mouffe rattachée à la République des Jeunes puis à la Fédération Française des MJC, prendra une ampleur culturelle considérable, tout en gardant sa dimension de structure de jeunesse et d’éducation populaire. Nombreux comédiens, cinéastes, plasticiens, musiciens, chanteurs, poètes, y feront leurs premiers pas : Raymond Rouleau, Raymond Devos, et beaucoup d’autres, sans compter les plus grands intellectuels du moment, Jean Paul Sartre et Simone de Beauvoir entre autres, qui viendront y parler philosophie, politique, littérature et condition féminine.


Les maisons des jeunes et de la culture, enfants chéries du Gaullisme

 

La IVème République, soucieuse de la reconstruction du pays, mais empêtrée dans les questions posées par l’instabilité gouvernementale et la décolonisation, se préoccupe peu d’éducation populaire et de développement culturel. Au nombre de 118 en 1950, les MJC ne sont que 200 en 1958.

 

Cette période de lente progression marquée par un combat de tous les instants est aussi une période de recherche, d’expérimentation et de maturation dont la revue "Pas à Pas" se fait l’écho : la pédagogie des conseils de maisons, le travail des directeurs, les relations entre bénévoles et professionnels, la cogestion. C’est aussi la période des premières prises de position civiques notamment sur la guerre en Algérie où une demi-douzaine de maisons affiliées à la FFMJC sont implantées.

 

Il faudra attendre le retour du Général de Gaulle aux affaires et la nomination de Maurice Herzog [1], Haut Commissaire puis Secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports pour assister à un impressionnant développement des MJC. L’interview que Maurice Herzog donne au journal "Le Monde" du 18 septembre 1959 est le coup d’envoi de ce développement. S’adressant à des maires inquiets de la montée de la violence urbaine et du phénomène "blousons noirs", il préconise quelques remèdes dont "l’expansion rapide des Maisons des Jeunes".

 

Dans la semaine qui suit la parution de l’article, la FFMJC enregistrera 60 demandes de création au lieu de 3 ou 4 habituellement.Le plan d’équipements sportifs et socioculturels aidant, on construit au milieu des années 60 deux MJC par semaine, et la deuxième loi-programme (1966-70) prévoit de construire 750 maisons nouvelles. L’institution tisse sa toile : 262 MJC en 1960, 293 en 1961, 350 en 1962, 455 en 1963, 505 en 1964, 784 en 1966, 1030 en 1967, près de 1200 en 1968. De 1959 à 1968, le budget de la Jeunesse et des Sports a été multiplié par 14 : la FFMJC à elle seule reçoit la moitié des subventions allouées aux organismes de jeunesse et d’éducation populaire.

 

Le nombre de directeurs augmente rapidement (plus de 400 en 1967) et constitue un corps professionnel motivé et fortement syndiqué. Le délégué général Lucien Trichaud, entouré d’une équipe nationale importante, entretient des relations privilégiées avec Maurice Herzog, les ministères, les organismes nationaux et internationaux. Il assure la présidence du FONJEP dont il est l’initiateur principal. L’expérience de formation conduite par la FFMJC depuis 1959 n’est pas étrangère à la création du DECEP (Diplôme d’État de Conseiller en Éducation Populaire).

 

Au moment du XXè anniversaire de la création de la République des Jeunes à Lyon en juin 1965, la FFMJC se prend à rêver. La prospective va bon train... Un plan de développement prévoit une MJC pour 6000 habitants en milieu urbain, soit 3500 maisons et 9300 maisons rurales, soit au total près de 13 000 MJC, et tout cela "dans un délai qui ne saurait guère dépasser 10 années".

 

Mais on commence à parler de "développement impérialiste", de "monopole quasi absolu sur l’éducation populaire", de constitution "d’un État dans l’Etat" et aussi de "crise de croissance" et de "splendide isolement" de la FFMJC. Nous sommes en 1966 : François Misoffe vient de remplacer Maurice Herzog à la tête du premier Ministère de la Jeunesse et des Sports.

 

Pour en savoir plus : http://www.60ansdesmjc.fr