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Association pour l'Histoire du Scoutisme Laïque

1919 : La saga de la Maison pour Tous

Index de l'article
1919 : La saga de la Maison pour Tous
1948 : L’élargissement de l’action culturelle :
Le rapport moral de 1937
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La "Maison pour Tous", 76, rue Mouffetard, à Paris dans le 5ème arrondissement, est un haut-lieu du scoutisme E.D.F. et F.F.E., mais également de l'éducation populaire en France. Son histoire mérite d'être rappelée ici...

 

... , à travers un résumé des événements qui l'on caractérisée, mais également en faisant directement appel aux souvenirs de l'une des "grandes dames" qui l'ont accompagnée - et vécue - sur plusieurs décennies, Marthe Levasseur - Mère Louve dans nos associations - qui a donné une interview très vivante, en 1983, à la radio Suisse Romande. Nous y avons ajouté de larges extraits du "rapport moral" présenté en 1937 par André Lefèvre, qui donne une très complète description des activités de la Maison dans le domaine de l'éducation populaire.

 

 

L'histoire du quartier, de la Maison et de ses activités

 

Le 76 de la rue Mouffetard a une histoire…

 

Cette histoire prolonge celle du quartier, riche en péripéties diverses ; ce résumé est emprunté à l’ouvrage de Georges Bilbille, «une histoire de théâtre du côté de Mouffetard», édité en 2003 par les Éditions Alzieu de Grenoble.

la rue au début du XX° siècle

 

Le quartier, d’abord…

 

La rue Mouffetard doit l’origine de son nom – Mofette - aux émanations plutôt fétides qu’exhalaient diverses activités – lavage de peaux et tripes, équarissages, teintureries – qui se situaient en bordure de la rivière Bièvre, près du vieux pont Saint-Médard. Elle était, en effet, une artère importante, axe principal d’un quartier qui suivait une ancienne voie romaine, depuis la Montagne Sainte-Geneviève jusqu’à la barrière d’Italie. Georges Duhamel a pu en dire : «comme une veine de nourriture coulant au plus gras de la Cité, la rue descend du Nord au Sud à travers une région hirsute, congestionnée, tumultueuse»…

La rue n’a été rattachée à Paris qu’au XVIII° siècle. Jusqu’au milieu du XX°, elle a été caractérisée par un «marché aux puces» qui trouve son origine dans une série d’événements hauts en couleur : en 1351, les moines d’un des nombreux couvents installés dans les villages autour de Paris appréciaient particulièrement les petits pâtés fabriqués par un charcutier voisin – lequel fut convaincu de se procurer leur viande en trucidant les passants attardés. Les moines, excommuniés pour ce grand péché, s’installèrent dans le quartier où ils se mêlèrent aux malandrins ; mais ils eurent la chance, l’année suivante, de porter secours à un ecclésiastique agressé rue Saint-Médard. Qui obtint un décret royal les autorisant à vendre sur les lieux des objets de provenance tout aussi ignorée que douteuse…

Au XVIII°, le diacre François de Pâris, fervent et vertueux janséniste, fut enterré dans le cimetière des pauvres où sa tombe donna lieu à des réunions d’admirateurs ; on parla de guérisons et de miracles… Les convulsionnaires de Saint-Médard y venaient nombreux s’y faire jeter des sacs de sable d’assez haut sur la tête, ce qui avait pour effet immédiat de les calmer pour un moment. Mais Louis XV, jugeant cette situation anormale, fit fermer le cimetière et inscrire sur un des frontons de l’Église : «De par le Roi, défense à Dieu de faire miracles en ces lieux»… Georges Bibille y voit un précurseur des graffistes muraux de mai 68.

 

1906 : « Chez nous »

 

En 1906, une étudiante, Catherine Descroix, abandonne ses études et décide, avec deux camarades, de rassembler une équipe et de se consacrer à ce quartier dont elle vient de découvrir la misère. Elle crée l’association «Chez Nous», quelle affilie au «Sillon», mouvement catholique démocratique fondé par Marc Sangnier (excommunié par le Pape Pie X en 1910). Elle installe un magasin rue de l’Épée de Bois et anime une action sociale, en particulier avec un «service du relogement ouvrier». En 1910, Cathe Descroix, devant les problèmes de trésorerie de l’association, accepte un poste de professeur à Alexandrie. Les jeunes de l’équipe, et, en particulier, les sœurs Levasseur, qui allaient devenir « Mère Louve » et « Tante Guitte », s’efforcent de maintenir l’action, avec l’aide d’André Lefèvre qui, plus âgé, s’occupe des jeunes, loue une baraque rue Gracieuse, crée un cercle d’études…. En 1914, tous les garçons de l’équipe sont mobilisés ; seul André Lefèvre revient.

 

1919 : le 76, rue Mouffetard et la Maison pour Tous :

 

Démobilisé en 1919, André Lefèvre retrouve le quartier et l’association, découvre un local plus vaste répondant mieux à son projet éducatif. Ce local avait été, avant la guerre, le siège d’une Maison des Syndicats et d’une Université Populaire. Les «Cahiers de la Quinzaine» de Charles Péguy font état dans ses locaux de conférences de Lucien Herr, Léon Bloy, Jean Jaurès, Trotski ou Lénine. Une vedette, Montéhus, assurait la première partie de la conférence.

Le champ d’intervention de la nouvelle association est, en premier lieu, le quartier, prenant en compte, au plus près du quotidien et pour tous les âges, les problèmes de la population. L’idée de base, celle de «Chez Nous» qui se prolonge, résulte, comme l’indique André Boyer, d’une triple motivation : le besoin de se rendre utiles, le volonté de faire quelque chose ensemble, la conviction que c’est dans l’action commune, sur place, que les liens ainsi créés seront plus forts et fraternels.

André Lefèvre y ouvre un cinéma pour enfants puis, comme les spectateurs ont envie d’imiter les acteurs, commence à s’intéresser au scoutisme. Ses activités sont ouvertes à tous. Cathe Descroix, revenue en France, souhaite, elle, que l’esprit des débuts reste présent et reconnu. C’est la rupture, qui donne naissance à l’association «La Maison pour Tous » à partir de 1922.

André Boyer nous rappelle que, tout au long des premières années, la destination première de la Maison était, avant tout, locale, «dans le quartier Mouffetard, pour le quartier Mouffetard, avec des gens du quartier Mouffetard». :

«Ouverte sur la rue, de plain pied avec le trottoir, une ancienne boutique sans doute ?. on pourrait y aménager un bar (quelle horreur !)… anti-alcoolique, bien entendu . Quelques marches, et nous sommes dans une grande salle au sol en forte pente. Un cinéma de 170 places. Lieu idéal pour des conférences, des débats. (…) Parallèlement à cette salle, mais indépendante, une pièce toute en longueur dans laquelle on pourra aménager un restaurant (pardon, une « table familiale »). Deux pièces côté rue, pour de petites réunions, un vestiaire, une bibliothèque. Dans les étages, des locaux dont on trouvera l’usage… à l’usage !»

«À peine installés, ces projets tout juste élaborés, un objectif prioritaire leur saute aux yeux et aux oreilles : les gosses. Une réalité : l’exiguïté des logements les voue à la rue qu’ils occupent bruyamment. Les attirer, les conquérir, c’est œuvrer dans le présent, assurer l’implantation dans le quartier et préparer l’avenir. Comment ? cinéma, jeux excursions, colonies de vacances… et ils découvrent le scoutisme ! Il fallait avoir la foi, de l’audace et un brin de naïveté pour oser, dans les années 20, habiller les enfants de la Mouffe avec un uniforme américain. Pari gagné et le 76 de la rue devint, dès lors, la « Maison des gosses ».»

«À cette date, les destins de la Maison pour Tous et du scoutisme laïque semblent liés puisqu’on trouve nos «jeunes» au début de cette histoire à la tête des différentes branches : André Lefèvre est devenu Vieux Castor et Marthe Levasseur mère Louve. Cependant que Marguerite Walter et Renée Sainte-Claire Deville président à la formation de la branche féminine».

Le texte d’André Boyer met clairement en évidence l’évolution qui a caractérisé la Maison pendant une trentaine d’années, jusqu’au décès d’André Lefèvre en décembre 1946. Partant d’une activité caritative localisée sur le quartier, la Maison pour Tous a été, sans perdre cette dominante tout au long des décennies, un lieu de réflexion, de recherche et d’expérimentation.

Même si le scoutisme y a gardé une grande place, Vieux Castor a très nettement perçu qu’il ne pouvait répondre à tous les besoins de loisirs éducatifs de la totalité de la jeunesse . Ce n’était pas, et ça n’a jamais été, trahir le scoutisme que de proposer aux jeunes, du quartier d’abord, et d’un peu partout ensuite, d’autres formes d’animation : une colonie de vacances dans la Manche, à Montmartin sur Mer, un centre de vacances pour pré-ados, ados et adultes aux Chalmieux en Savoie , un centre de vacances sportives pour ados et adultes à Sète dans l’Hérault…

Cette évolution a été encore plus marquée après le décès de Vieux Castor, à partir de 1948, avec l’orientation de la Mouffe vers ce qui devait devenir le concept de « maison des jeunes et de la culture ». C’est une nouvelle étape qui s’ouvre alors.

La Maison dans les années 60