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2010 : Quelques groupes locaux aujourd'hui

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Les pages précédentes présentent les « grands principes » du Mouvement actuel, définis par ses instances représentatives, Comité directeur et Assemblée Générale. On peut considérer que, comme toujours, ces principes donnent un cadre général d’action pour le « terrain », groupes et régions. Comment les militants de notre Mouvement vivent-ils cette réalité et quelle en est la traduction pratique ?

 

(Extrait de l'ouvrage "Cent ans de laïcité dans le scoutisme et l'éducation populaire)

 

Au plan national ou régional, un certain nombre de manifestations permettent à tous de « se retrouver », collectivement, autour d’une activité de rencontre. Tous, enfants, jeunes et responsables, peuvent constater dans ces occasions que le Mouvement existe, qu’il est une réalité concrète… Nous en avons donné quelques exemples récents, avec la commémoration du centenaire du scoutisme en 2007 ou le rassemblement Dimbali en 2008.

 

Mais nous avons constaté, tout au long de cet ouvrage, que les orientations et les évolutions du Mouvement n’ont pas toujours atteint le terrain en question, que les préoccupations, comportements et difficultés locales ont quelquefois pris le pas sur les principes, avec, de temps en temps, pour aboutissement, des crises larvées ou éclatées. Il en va certainement de même pour toutes les communautés humaines et il aurait été étonnant que la nôtre y échappe… Il est donc intéressant de s’intéresser à ce qu’il se passe, aujourd’hui, dans les groupes et les régions qui vivent – et font vivre – notre scoutisme laïque. Il est évident que, dans un monde en constante et rapide évolution, dominé par des données économiques créatrices d’opportunités mais également de contraintes, celui-ci ne peut pas être le même que quelques décennies plus tôt. L’aide apportée par les pouvoirs publics s’est considérablement réduite et a trouvé de nouvelles formes, les exigences sécuritaires se sont faites de plus en plus présentes (sinon de plus en plus justifiées), les propositions aux enfants et aux jeunes sont de plus en plus nombreuses (sinon de plus en plus éducatives)…

 

Les exemples donnés ci-après ne sont pas obligatoirement significatifs de ce qui existe un peu partout, mais ils présentent cette réalité. Nous avons choisi :

-   le groupe de Sud-Cévennes, jeune de quelques années et de son dynamisme « toutes branches »,

-   le groupe de Tournefeuille, engagé dans une action internationale,

-   et le groupe de Troyes, qui nous a accompagné tout au long de cet ouvrage… depuis 1911 !

 

Dans tous ces cas, nous retrouvons nos caractéristiques… historiques :

-   une forte adhésion affirmée à nos principes de scoutisme et de laïcité,

-   une bonne implantation locale et dans la vie de la cité,

-   et, peut-être surtout, l’importance d’une équipe de militants, souvent constituée de parents et d’anciens.

 

La flamme n’est donc pas éteinte, et les cent ans de jeunesse d’un Mouvement exigeant – dans ses principes et dans sa réalité – permettent de penser que le pari de 1911 a été gagné.


 

 

La région de Ganges, au  nord du département de l’Hérault, est historiquement connue pour son activité bonnetière, liée à l’élevage du ver à soie des Cévennes. Ces deux activités ayant maintenant à peu près disparu, la ville est aujourd’hui une petite métropole rurale, dotée d’un collège et de quelques structures d’animation. La création – relativement récente - et les activités du groupe « Sud Cévennes » témoignent de la vitalité du scoutisme laïque dans ce type d’environnement.

 

L’histoire du groupe

 

« Le groupe a été créé en septembre 1995, par la volonté de deux mamans et de la région Languedoc-Roussillon. Une  première activité de jeu de l’oie, un groupe d’enfants suffisant pour démarrer et quelques parents suffisent pour lancer cette aventure qui dure maintenant depuis plus de 15 années.

Très vite le groupe s’est choisi ses couleurs (sur un week-end, par des lutins et des louveteaux). Ce sera fuchsia avec un liseré turquoise, une envie d’identité forte et d’autonomie. Son nom : Sud Cévennes (Sud 7 pour les linguistes), de par sa géographie, mais surtout ici on ne parle pas de communes mais de bassin, de pays…).  Une année riche en sorties et mini camps : même les inondations ne font pas reculer cette jeune équipe qui très vite se structure et s’organise. Le premier camp d’été sera régional avec une participation à Mosaïque. Du camp, nous récupérons aussi un responsable Lutin qui en profitera pour ramener deux de ses amis ; deux parents, anciens EEDF, prennent en main la destinée du groupe : le voilà bien lancé !

 

Ensuite viendra un autre camp de regroupement régional, mais cette fois Sud 7 devient organisateur et directeur, un tournant qui permettra de faire notre premier camp en autonomie en 1998 : destination la Corse et le golfe de Porto. Déjà un parfum de voyage et d’aventure qui jamais ne nous quittera…

 

Au gré du temps se créent des branches Éclés puis Aînés, répondant au fait que les plus jeunes vieillissent. Prudemment, lentement le groupe mûrit et grandit, les gens se forment, prennent des responsabilités régionales ou nationales. De deux nous passons à trois branches en 1998, puis à la création du premier clan en hiver 2002.

 

Les éclés construisent un four...                                              et les louveteaux s'amusent bien !

 

2002, c’est aussi la première expérience internationale puisque les grands Éclés participeront à un projet sur deux ans qui les mènera en Thaïlande pour le 20ème Jamboree. Une expérience inoubliable qui laissera en chacun d’eux des marques profondes, terreau de leurs vies personnelles et professionnelles futures. Depuis, le groupe alterne projets sur l’hexagone avec camps internationaux en privilégiant la participation aux grands rendez-vous que sont les Jam, bien que nous ayons tout de même fait trois camps « classiques » en Angleterre Ecosse, en Espagne et un camp international à Bécours.

 

En Thailande

 

Le prochain défi sera une participation massive au projet Suède 2011, l’aventure internationale du centenaire pour nous EEDF et qui mènera les plus grands au 22ème Jamboree (déjà) en attendant celui du Japon en 2015…

 

Le fonctionnement actuel

 

Le rythme des sorties est d’un week-end complet par mois. Ce choix vient du constat que chaque enfant n’est désormais que peu disponible. Les principaux facteurs sont la multiplicité des activités (sport, musique, danse, scoutisme,…) et surtout l’alternance de garde de parents séparés ou souvent, hélas, l’enfant devient un enjeu… et ce que propose le premier est refusé par le second… D’où un absentéisme plus fréquent et une anticipation du calendrier. Le dernier frein est depuis quelques années les moyens, les prix flambent, les revenus ne suivent pas, remettant en cause notre fonctionnement mais aussi nos possibilités.

 

En raison de l’éloignement de tous, nous réunissons l’équipe de groupe une fois par mois, le vendredi précédant la sortie, et le samedi matin nous permet de fignoler les activités et la préparation du matériel. Nous travaillons de plus en plus par Internet pour tout ce qui concerne la préparation des activités et bilans. Lors des rencontres du vendredi nous avons toujours un espace de formation de base pour les plus jeunes. Méthodes, outils, réflexion, production… Cela permet de garder du sens à nos actions et surtout de rester au plus près de l’idée du scoutisme. En 2009, nous avons travaillé autour de la charte des droits de l’enfant et nous aimions aussi sensibiliser les enfants… aux devoirs.

 

Nous fonctionnons par branche et c’est une de nos satisfactions. Nos soucis sont certainement la durée de présence d’un responsable : nous sommes en zone rurale, pas de lycée, encore moins d’université, l’éloignement et le manque de travail sur place favorisent le départ des plus motivés. Ce qui entraine le fait que nous ne formons plus de directeur depuis quatre ans et qu’il est dur d’avoir des responsables d’unité. Nos effectifs sont toujours aux alentours de 80 ce qui permet un vrai travail en branche et aussi une bonne dynamique de groupe.

 

Une anecdote…

 

Il y a quelques mois, l’une de nos éclaireuses était « expulsable », par suite d’une situation familiale compliquée. L’ensemble du groupe s’est mobilisé autour de ce que nous considérions tous comme une injustice.

Le danger a été écarté, mais il en reste un message que nous avons tous reçu avec émotion : « Je voulais juste vous dire que vous comptez vraiment pour moi, vous êtes vraiment ma famille et vous le resterez. Je m’en rends compte de plus en plus, je pense tout le temps aux Éclés, j’ai besoin de vous, vous me manquez et je vous aime. (…) C’est long, un mois à attendre pour vous voir (je sais, c’est bête). Je pense que vous êtes vraiment les personnes les plus chères à mes yeux après ma « vraie famille » - je n’en ai pas vraiment eu pendant longtemps enfin c’est compliqué. Je vous aime vraiment très fort de mon petit cœur (il est adapté à ma taille) ».

Sans commentaires… »

(Contribution d’Alain Bordessoulles, membre de l’équipe de groupe)



 

... et son action Ă  Madagascar

 

Excellent exemple de l’implication d’un groupe dans une action « à l’international », le projet SESAME (Solidarité Enfance… Soutenir, Aider Madagascar avec les Éclaireurs) avait pour objectif la rencontre et le partage entre des jeunes d’un groupe EEDF et des jeunes d’un groupe de « Kiady » (équivalent des EEDF) de Madagascar. Pour cela, l’aménagement du centre d’accueil Communautaire des « Kiady » à Mantasoa, par l’installation d’un système de traitement de l’eau et d’électrification par énergie scolaire, a été pris en charge par le clan des « Boulègues » de Tournefeuille. Ce projet a concrétisé une coopération vieille de dix années.

 

Les E.E.D.F. du groupe Paul-Émile Victor et les Kiady du groupe Rova entretiennent des relations depuis 1997. Les actions mises en place se sont développées en fonction des besoins et de la capacité des jeunes à mener des projets :

-   en 1997, la correspondance : dans le cadre d’un projet national des EEDF d’ouverture à la citoyenneté et à la différence (Mosaïque), les deux groupes mettent en place un réseau de correspondants entre les enfants, âgés de 9 à 11 ans, des deux associations de scoutisme laïque.

-   entre 1999 et 2002, l’entraide : ces mêmes enfants, âgés alors de 11 à 14 ans, et rejoints par quelques autres, mettent en place des actions de solidarité par l’envoi de fournitures scolaires de 1999 à 2001.

-   à partir de 2004, la rencontre : ces jeunes, qui ont maintenant entre 15 et 20 ans, s’engagent dans un projet de coopération pour 2007, le projet SESAME. Deux missions de reconnaissance permettent au responsable de groupe de juger de la validité et de la faisabilité ainsi que de l’implication des partenaires. La préparation du projet fait naître une nouvelle dynamique : l’engagement et la prise de responsabilité permettent à chaque jeune d’évaluer sa progression personnelle et de s’engager, au fil du temps, sur des valeurs et des actions.

C’est ainsi que le clan participe en 2004 au camp mondial de Bécours ; en 2005 à un camp national centré sur le développement durable et à un chantier d’aménagement à Griebal en Espagne; en 2006, à un camp de surveillance des feux de forêt dans le cadre du projet d’éco-citoyenneté « Scouts du Monde ».

Pour la préparation du projet, sont mises en place des « commissions » permettant à chacun de s’impliquer dans un domaine précis : développement durable, communication, logistique, échanges, finances…

 

Le dossier

Le camp et le chantier

 

En 2007, le séjour à Madagascar commence par la participation du clan au rassemblement des 100 ans du scoutisme avec toutes les associations malgaches de scoutisme, et renouvellement de la promesse au lever du soleil… Ensuite, c’est le chantier, avec ses difficultés à résoudre: le solaire est presque inconnu à Madagascar, mais une entreprise malgache le développe, c’est elle qui réalisera la partie technique… Mantasoa est un petit bourg rural, il faut résoudre la logistique : les achats de matériel se font à Tananarive, ce qui prend la journée ! Mais tout se passe bien. La vie quotidienne est organisée autour d’équipes de services « mixtes » (Kiady et EEDF) pour le ravitaillement sur le marché local, pour les repas, pour la filtration de l’eau et pour l’hygiène. Le chantier lui-même consiste en :

-   le creusement de 200 mètres de tranchées (eau et électricité … tout en souterrain !),

-   la mise en place d’une arrivée d’eau et de câbles électriques,

-   la construction d’un local technique portant la « cuve-château d’eau » et les panneaux solaires,

-   l’arrivé de l’eau vers la cuve et sa distribution d’eau filtrée,

-   le rebouchage des tranchées et les aménagements paysagers.

Le temps du chantier est un moment formidable d’échanges et de partage des cultures. Autour d’une tâche commune on se parle, on plaisante, on s’interroge, on découvre… Et les questions essentielles – l’amour, le mariage, l’éducation, la santé, les loisirs,…- émaillent en permanence les discussions.

 

Le résultat ? Le projet a pu être mené dans sa totalité. Le Centre d’accueil des Kiady à Mantasoa est maintenant opérationnel. L’installation du solaire, à l’origine, a créé une véritable surprise mais est aujourd’hui suivie avec intérêt.

 

Du côté des jeunes Français, le bilan est clair : un groupe d’une vingtaine de jeunes, sans compétences particulières, a mené à bien un projet « technique » important. Cette rencontre a été pour eux, à la fois, la découverte d’autres modes de  vie mais aussi une prise de conscience : ils ont pu percevoir ce que la coopération veut dire, par comparaison à l’assistance…

 

(D’après le dossier « bilan » établi par le responsable de groupe, Jean-Jacques Joussellin)


 

 



…Que nous retrouvons pour la dernière fois, excellent symbole de la continuité de l’action de notre scoutisme, de la continuité d’un engagement militant, de la continuité de nos valeurs et de leurs traductions dans l’action concrète. Et nous laissons la conclusion à Robin, lutin du XXIème siècle… Une conclusion pour un nouveau Centenaire !

 

« Aujourd’hui : :

-  une unité Lutins, la Ronde des Lucioles,

-  une unité Louveteaux, le Cercle du Croissant d'Or,

-  une unité Eclaireuses et Eclaireurs, la Troupe Kléber,

-  une unité Aînés, le Clan Ratdecavus,

-  un comité de parents qui nous aide dans nos opérations de financement et travaux divers à notre centre et dans nos locaux, le Comité Kléber Québec

 

Activités d'année soit week-ends, soit journées (samedi ou dimanche), soit mercredi après-midi pour les branches cadettes - Mini camps aux petites vacances scolaires - Pour tous, camps de trois semaines l'été : une année en France, une année à l'étranger, avec également, des échanges avec nos amis québécois, hollandais.

 

Jamborees : nous nous efforçons d'y être présents. Notre première participation remonte au 5 ème Jam aux Pays-Bas en 1937 et notre dernière en 2007 en Angleterre pour le Jam du Centenaire. Nous n'avons pas voulu participer aux jams qui n'acceptaient pas les filles. Aujourd'hui nous nous préparons activement pour le Jam Suède 2011.

 

Solidarité : oui - pour les journées Action Handicap, Croix-Rouge, J.P.A., Collecte de denrées pour la Banque Alimentaire, accueil d’enfants du Secours Populaire, sur nos séjours accueil d’enfants de l’opération « Cent premiers départs » pilotée par la J.P.A., la Ligue de l’Enseignement, parrainée par la C.A.F., la D.D.J.S., etc. Activités avec les enfants du quartier HLM d'après-guerre, où se situe notre local : avec eux opération « Gardons notre quartier propre », « Décorons-le pour les fêtes », « un jardin dans la cité », etc.

 

Eco citoyen : oui - toilettes sèches, douches solaires, four à pain, machine à laver avec pédalier de bicyclette, recyclage, etc…

 

Point d'orgue en ce moment : Centenaire de l'association et de notre groupe. Nous sommes très honorés que les A.G. 2011 aient lieu à Troyes (EEDF et AAEE).

 

Est-ce que j'oublie quelque chose ? Nous sommes un groupe à la fois d'aujourd'hui avec l'évolution de la jeunesse telle qu'on la connaît mais ayant gardé des traditions fortes : le port du foulard par exemple, les cérémonies de passages, d'accueil, la promesse, les engagements. « Éclaireur et fier de l'être ».

 

Dans nos effectifs d'aujourd'hui, nous avons cinq petits de la quatrième génération de Pierre et Marie Wilmes. À la cérémonie de la Flamme à l'Arc de Triomphe :

- la petite fille qui lève son pouce est Vitalie, lutine à l'époque (elle a expliqué pourquoi elle levait son pouce),

- la petite fille qui est près des présidents est Mélisande. Au moment de la photo elle n'a que 5 ans. Elle était discrètement près de sa maman lorsqu’on est venu la chercher. Ce n'était pas prévu.

 

 

La semaine passée, Robin tout juste 6 ans donc Lutin, me demandait :

« Quand je serai grand, je pourrai passer mon BAFA et être responsable ? »

Lui ayant répondu oui, il réfléchit un instant, fait une mine sérieuse voire triste et ajoute « Mais est-ce que ça existera encore les éclaireurs ? »

La question est posée. A nous d'œuvrer, de motiver, d'encourager, d'aider, de porter, pour que la réponse soit oui ! »

 

(Contribution de « Colibri » Lefebre-Wilmes)