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Association pour l'Histoire du Scoutisme Laïque

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1923-1940 : Bureau Interfédéral, E.D.F. et E.I.

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Le « Scoutisme Français » peine à se trouver…

 


Le besoin d’un « Bureau Interfédéral » des associations de scoutisme françaises est apparu à l’occasion d’un congrès international à Paris en 1922, la France étant représentée par trois fédérations (E.U., S.D.F. et E.D.F.). Créé en 1923, il se présente plutôt comme un interlocuteur des pouvoirs publics . Le Chef de juillet-août 1924 indique : « Il existe à titre d'essai un bureau interfédéral qui a pour objet principal de faciliter certaines démarches à faire auprès des administrations publiques ; ce bureau n’a aucun pouvoir sur les Associations qui ont adhéré et que distinguent non seulement des insignes, mais aussi un recrutement et un esprit tout à fait différents. »

 

Confronté, en un premier temps, aux problèmes de concurrence entre associations au plan local, le B.I.F. aura à se préoccuper assez rapidement de l’Admission des Éclaireurs Israélites de France.

 

Le site http://fr.scoutwiki.org indique : « À la différence des Éclaireuses Israélites admises dès 1927 au sein de la Fédération Française des Éclaireuses avec la création de la section I (pour Israélite), l’admission des Éclaireurs Israélites de France sera refusée par deux fois par le Bureau interfédéral : en 1928, puis en 1937.

 

En 1928, les mouvements existants s’opposent à la multiplication de mouvements scouts et considèrent que l’association neutre des Éclaireurs de France est à même d'accueillir les groupes Éclaireurs Israélites de France en son sein. La création d'un badge sioniste par les Éclaireurs Israélites de France a sans doute joué un rôle dans ce refus.

 

En 1937, l’affiliation échoue suite à de nouvelles exigences posées in extremis par le BIF : réduction de l’action sioniste des Éclaireurs Israélites de France, limitation du nombre d’étrangers dans les groupes Éclaireurs Israélites de France et affiliation des groupes Éclaireurs Israélites de France d’Afrique du Nord aux Éclaireurs de France.

Il faudra deux années supplémentaires de négociations pour aboutir à l’entrée officielle des Éclaireurs Israélites de France au BIF le 30 mars 1939, soit plus de dix ans après leur première demande.

 

Il est important de souligner que la non-reconnaissance des Éclaireurs Israélites de France par le BIF n’empêchait pas les activités avec les mouvements scouts reconnus. Quelques exemples :

-   la formation des chefs Éclaireurs Israélites de France à Cappy,

-   la participation officielle d’une délégation Éclaireurs Israélites de France au camp interfédéral organisé par les E.U. à Walbach l’été 1936,

-   la préparation de l’exposition universelle de 1936,

-   la réception à la Sorbonne de Baden-Powell pour les 25 ans des Éclaireurs de France et EU,

-   la participation des Éclaireurs Israélites de France au Jamboree de 1937 dans le cadre d’une délégation « mixte » Éclaireurs de France/Éclaireurs Israélites de France. »

 

L’ouvrage « Les Éclaireurs de France de 1911 à 1951 » de Pierre Kergomard et Pierre François apporte quelques informations complémentaires, en particulier sur les relations entre les deux fédérations et le problème « politique » que posait le sionisme, affirmé par certains E.I. :

 

« Dans son rapport de 1935, Basdevant parlait des « résultats obtenus par le bureau interfédéral… quelquefois décevants par les lenteurs de cette institution et le formalisme qui peut y régner. » C’est dans l’affaire de l’admission des Éclaireurs Israélites au B.I.F. que les lenteurs et le formalisme de cet organisme apparurent d‘une manière éclatante.

 

Jusqu’en 1934, les jeunes  Israélites qui voulaient faire du scoutisme n’avaient d’autre solution que d’adhérer aux Éclaireurs Unionistes ou aux Éclaireurs de France. Ils étaient accueillis très fraternellement dans les deux Mouvements, avec une nuance importante cependant : chez les premiers, les cadres devaient être protestants et ce n’est qu’après conversion que certains d’entre eux y assumèrent des charges importantes. Chez les Éclaireurs de France on ne demandait pas leur religion aux adhérents. Cependant, chez les uns et chez les autres, les Israélites pratiquants étaient mal à l’aise ; ils rencontraient des difficultés pour respecter les rites de leur religion, en particulier pour les repas, et cela posait des problèmes à leurs chefs. C’est pour affirmer leur appartenance à la religion juive, et en appliquer les rites,  que certaines personnalités créèrent la fédération des Éclaireurs Israélites de France. Cette fédération vécut pendant un certain temps, en fait jusqu’à la guerre,  en marge du Bureau Interfédéral.

Il y eut d’abord la période où, à la demande d’adhésion, on répondait que les E.D.F. et les E.U. leur étaient ouverts.

 

L’Assemblée Général E.D.F. de 1932 adoptait le vœu suivant :

« L’assemblée générale,

Reprenant une motion approuvée par les chefs de la région parisienne, considère que la fraternité scoute doit englober dans le même idéal tous ceux qui pratiquent le scoutisme selon Baden-Powell.

Demande au Comité Directeur de transmettre au Bureau interfédéral français le vœu que nous formulons de voir la Fédération des Éclaireurs Israélites intégrée définitivement dans le Scoutisme Français au cours de cette année. »

 

La question semble n’avoir été examinée plus à fond qu’à partir de 1937, vraisemblablement à la suite d’une intervention énergique du baron Robert de Rothschild, président de l’Alliance Israélite de France, auprès des présidents des autres associations.

 

Henri Guerreau, dans une note aux présidents, en faisait une question coloniale. Il rattachait en effet la question à l’opposition entre Juifs et Musulmans, d’autant plus violente qu’il existait alors un renouveau puritain de l’Islam. Il écrivait :

« Le danger est d’autant plus grand que le mouvement (le renouveau islamique) a pris son origine précisément auprès de la Palestine où, avec une imprudence folle, on a laissé s’affronter le monde arabe et le monde juif. C’est donc une obligation impérieuse aux pays qui, comme l’Angleterre et la France, ont de nombreux sujets musulmans et juifs, de procéder avec la plus grande prudence dans toutes les questions où l’Islam et le Judaïsme se rencontrent. »

 

Ce n’est qu’à quelques mois de la guerre que la fédération des Éclaireurs Israélites fut agréée par le Bureau interfédéral où, d’ailleurs, elle n’était représentée que par un seul membre sans voix délibérative.  Au jamboree de Vogelenzang, en 1937, la délégation française comprenait cependant une troupe officiellement mixte E.U. et E.I. L’admission des E.I. à part entière au sein du Scoutisme Français ne fut décidé que sous le régime de Vichy et à l’époque de la promulgation des lois anti-juives. (…) ».