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1922 : en Languedoc-Roussillon

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Dans la région de Montpellier… une nouvelle organisation pour un nouveau départ


 

Après la fin de la guerre, peu de sections survivent et il faudra quelques années pour un véritable redémarrage à partir du groupe de Montpellier qui commence à fonctionner en plusieurs « branches ».

 

Lors d’une visite du Commandant Royet en janvier 1920, seule la section de Montpellier semble solide. Les autres groupes de la région ont perdu beaucoup de cadres et souvent, du fait de la cessation de leurs activités, leurs locaux. Mais la section est bien connue de la revue nationale, qui en utilise souvent les photos : en novembre 1919, en illustration d’un article intitulé « L’art d’éteindre le feu », les éclaireurs s’exercent à la conduite et au fonctionnement d’une pompe à incendie et en 1922 l’E.D.F. met en page de couverture « Dans la montagne, le café ». Même si le choix de ces images n’est pas totalement significatif d’une évolution des activités, il semble clair que le scoutisme s’éloigne progressivement de son contexte initial pour retrouver une vocation de jeu et d’activités pour enfants plus que pour adultes. Et on voit de plus en plus apparaître les activités de patrouilles, peu présentes jusqu’alors. Cette évolution mérite un petit « arrêt sur image ». Le mémoire de Nelly Pagès nous en donne quelques détails :

 

« En février 1924, l’Éclaireur de France recense trois patrouilles regroupant 24 jeunes. Plusieurs activités sont mises en place pour valoriser le travail des garçons appartenant à une même patrouille. Lors d’une exposition scoute en plein air qui a lieu à Montpellier le 1er février 1924, les patrouilles présentent les objets qu’elles ont fabriqués. (…) Des concours de patrouilles sont organisés par le groupe pour obtenir la première place au classement trimestriel. En dehors des activités, les éclaireurs se retrouvent pour des réunions de patrouille et de troupe « d’une régularité écrasante ».

Parallèlement à la vie en patrouille, la progression individuelle de chaque garçon s’inscrit dans un programme très précis. (…) Le groupe de Montpellier s’intéresse très tôt aux stages de Cappy. Deux chefs de troupe et deux meneurs de troupe y sont envoyés en 1924. Cet intérêt porté à la formation des jeunes chefs s’explique par le fort développement que connaît le groupe à cette période.

La première meute de la région est créée en février 1924 à Montpellier. Trois sizaines de louveteaux se forment rapidement. (…) Le groupe doit assurer l’encadrement des louveteaux tout en préservant la troupe d’éclaireurs dont l’effectif ne cesse d’augmenter. »

 

Ces informations sont intéressantes car elles montrent une réelle mutation vers ce que sera le scoutisme du premier « quart de siècle », celui que présente l’ouvrage des deux Pierre comme un retour vers le scoutisme « de B.P. » : systèmes des patrouilles, progression individuelle,  formation des chefs… On ne trouve plus le terme d’ « instructeur ». S’y ajoute la mise en place d’une structure régionale, souhaitée par « Le Scout » édité à Troyes pendant la guerre pour assurer une liaison entre les sections :

 

« L’administration régionale des E.D.F. a pour noyau central le groupe de Montpellier. Plusieurs chefs de troupe de ce groupe sont insérés dans le comité régional lorsqu’ils sont en âge de prendre de plus hautes responsabilités. Ils sont nommés le plus souvent « commissaire régional adjoint » et travaillent pour l’intérêt général de la région.

L’unité prend également en charge l’organisation de grandes fêtes régionales. En 1926, elle a la responsabilité d’organiser le Congrès régional, qui se tient à l’école Victor Hugo. Le choix du lieu s’est porté sur cette école car le président du groupe en est le directeur. Durant ce congrès, la situation des unités est étudiée et il est décidé de multiplier la propagande pour développer les effectifs. De plus, pour renforcer les bases de l’encadrement, toutes les unités sont encouragées à envoyer leurs futurs chefs en stage à Cappy ».

 

Notons au passage le rôle important de Lucien Daumas, « Vieux Renard », alors chef de troupe, qui est l’un des premiers stagiaires de Cappy. Toujours fidèle au Mouvement, il sera, après la seconde guerre mondiale,  commissaire de province puis membre du Comité Directeur.


Les relations avec l'école et les Unionistes :

 

« Le groupe, dans bien des domaines, sert de « vitrine » aux E.D.F. de la région. Étant le seul à représenter le scoutisme laïque « haut de gamme », il a pour mission de véhiculer une certaine image du Mouvement.

 

Pour « faire connaître le scoutisme et répandre ses bienfaits » (comme le dit le Journal des Éclaireurs en novembre 1926), le groupe est passé maître dans l’art de la propagande. Le Journal des Éclaireurs fait régulièrement référence aux interventions qu’il mène dans les écoles. Durant ces séances de propagande, les chefs distribuent des tracts et prononcent des « laïus » pour expliquer les activités E.D.F. De façon plus concrète, les éclaireurs exposent leur savoir-faire lors des grandes fêtes qu’ils organisent en plein air.  Quelques jours après être allés dans une école, le 1er février 1925, les éclaireurs font une fête ouverte au public. Pour présenter la meute et son fonctionnement, les louveteaux reconstituent le décor qui leur sert de repère. Le cercle de conseil, le rocher et le mat totem, symbolisant la vie de la meute, sont exposés près d’un musée de feux, d’un pont et d’un camp modèle que les éclaireurs ont installés. La fête suivante dure trois jours, du 9 au 11 mai, et attire « de nombreux admirateurs ».

 

Au-delà du développement des effectifs, les séances de propagande dans les écoles et les expositions, qui sont visitées par des instituteurs et des directeurs d’école, offrent aux groupes un autre avantage : les E.D.F. commencent à nouer des liens très étroits avec l’école. De 1911 à 1918, les responsables issus de l’Éducation Nationale étaient minoritaires, le rapprochement de la fédération et de l’école ne s’est pas fait. Cette situation connaît un revirement aux lendemains de la guerre puisque « les milieux enseignants de gauche (…) voient dans le scoutisme le moyen de rénover l’école en y introduisant les méthodes d’éducation active (P. Giolitto, Histoire de la jeunesse sous Vichy, Paris, Perrin 1991, p.498) ».

 

Dans le même temps, le groupe de Montpellier met en place des activités communes avec le scoutisme protestant, très important sur la ville :


« Tout en conservant  leur idéal laïque, les éclaireurs de Montpellier organisent des sorties avec les E.U. très nombreux dans la ville. Les relations entre les deux Mouvements de scoutisme, limités au départ à une simple rencontre lors de la Saint-Georges, évoluent et se concrétisent par des activités communes plus régulières. (…)

Le Journal des Éclaireurs annonce que le 8 mars 1925 une sortie commune est organisée entre le groupe laïque des « Garrigues Embaumées » et la tribu unioniste des « Chênes Verts ». Sans rien changer à leur mode de fonctionnement habituel, les garçons passent une journée entière ensemble. La greffe prend facilement puisque les deux Mouvements ont des bases communes (…). Cette journée étant une réussite, les meneurs et les chefs E.U. et E.D.F. projettent de se revoir rapidement pour une sortie d’étude. Les thèmes abordés lors de cette sortie d’étude ne sont pas précisés sur les revues E.D.F.  Cette mode, lancée par le groupe de Montpellier, ne tarde pas à être récupérée par la section de Béziers qui organise un peu plus tard ses sorties d’étude avec les E.U.

Quelques mois après, le 10 mai 1925, une grande réunion interfédérale de secteur réunit à Montpellier plus de 300 garçons issus des deux Mouvements. Ce rassemblement offre aux éclaireurs, laïques et unionistes, la possibilité de comparer leurs talents. Des concours de patrouilles sont proposés mais le tout se passe dans une atmosphère sympathique sans qu’ils e crée une véritable compétitions entre les adhérents des deux Mouvements.

La collaboration entre les deux associations locales se manifeste également lors du 9ème Congrès National des E.U. qui se tient à Montpellier du 30 octobre au 2 novembre 1926. Les meneurs E.D.F. participent « au service des guides » et deux chefs E.D.F. « suivent les travaux du congrès », qui portent sur les rapports du scoutisme avec l’éducation religieuses de jeunes garçons. Cette relation amicale avec les E.D.F. n’empêche pas les E.U. de progresser dans leur quête spirituelle. Au contraire, « il semble qu’on veuille accentuer le côté religieux de l’œuvre, envisager toujours plus le scoutisme au service de Jésus-Christ ». »

 

 


 

Le groupe de Montpellier n’est pas le seul mais, dans la période de l’immédiat après-guerre, la plupart des autres « sections » de la région ne survivent pas. Apparemment, la mutation qu’il a subie sans dommage pose des problèmes et conduit, après quelques années, à une renaissance qui est, en même temps, un changement de forme. Toujours d’après le mémoire de Nelly Pagès :

 

« Il faut attendre 1925 pour que de nouveaux articles concernant les groupes de la région apparaissent dans les revues. Avant cela, ils ont une existence plus ou moins reconnue. Les comptes rendus à partir de 1925 montrent que leurs activités dépendant souvent de la section de Montpellier qui organise et encadre des camps régionaux. (…)

 

Le groupe de Béziers, qui a pour nom « la tribu des Ceps Dorés », compte à la fin de 1925 une seule patrouille. Il a perdu la moitié de ses éclaireurs puisque le Journal des Éclaireurs de février 1925 en recensait 15. E, 1926, l’effectif de ce groupe reste très réduit mais il est prévu d’entreprendre « dans les écoles une campagne de propagande dont on attend les plus heureux résultats ». Malgré le faible nombre de garçons, le groupe reste confiant en l’avenir. La municipalité lui a offert une subvention de 250 Francs et les sorties ont lieu régulièrement depuis octobre 1926. La réussite et la régularité des activités s’expliquent, en partie, par la formation de « Renard Astucieux », un chef qui a pu heureusement aller à Cappy pendant l’été. L’unité de Nîmes « vit toujours et prévoit un développement prochain ». Une séance réussie dans une école laisse présager l’arrivée de nouveaux éclaireurs. De plus, le groupe possède depuis peu un local.

 

Les sections de Béziers et de Nîmes sont dépendantes du groupe de Montpellier à différents niveaux. Pendant les camps, le groupe de Montpellier leur fournit des chefs expérimentés. (…) En 1926, un camp d’été régional de quinze jours regroupe trois sections qui représentent à elles seules les E.D.F. de la région. L’équipe de direction de ce camp est entièrement issue du groupe de Montpellier puisque le directeur et ses deux assistants ont été des C.T. des Garrigues Embaumées. La même année, le camp de Pentecôte du groupe de Béziers se déroule sous la direction du C.R.A., un ancien de Montpellier. En 1927, le groupe de Montpellier oeuvre dans la préparation d’un camp régional d’une semaine pour la Saint Georges. Ce séjour rassemble quatre sections de la région.

 

En dehors des camps, la section montpelliéraine exerce un véritable monopole sur les autres sections. Un délégué, envoyé de Montpellier, rend régulièrement des visites aux groupes fragiles de la région. Il leur donne des conseils et prend en charge la propagande dans les villes. Le délégué, « Vieux Renard »,  débute son rôle d’agent de liaison, en 1925, par une tournée à Béziers. Sa venue est, pour les éclaireurs bitterois, un « véritable réconfort ». Sa fonction est rendue officielle l’année suivante, lors du 7ème Congrès régional qui a lieu le 26 septembre 1926. On lui demande d’assurer le lien entre les différentes sections pour éviter que la région, déjà affaiblie, ne souffre du départ du C.R.A.. En 1927, il est le seul à gérer les séances de propagande au sein des écoles. Il exerce ses « talents de bavard entraîné » à Béziers et à Nîmes.

 

En décembre 1926, une nouvelle troupe est créée par Vieux Renard. Elle se situe à Bédarieux et ce sont des professeurs qui constituent le comité. Une salle du collège lui sert de local et, en mai 1927, elle compte trente éclaireurs répartis en quatre patrouilles. Tous les garçons sont des éclaireurs de seconde classe et ils ont passé plusieurs brevets. Cette troupe du collège de Bédarieux est, dans la région, la première expérience du scoutisme au sein d’un établissement scolaire. »

 

Il nous a semblé intéressant de reproduire dans sa quasi-totalité le chapitre du mémoire de Nelly Pagès consacré à cette période car il montre très efficacement le mode de fonctionnement qui, dans les années d’après-guerre, a caractérisé le Mouvement,  apparemment en modification profonde par rapport aux années de démarrage : mis en place d’une structure régionale, stages de formation,  parrainage de nouvelles unités par la plus implantée, activités communes à plusieurs unités. La définition de la « fédération » semble avoir permis un mode de vie plus « associatif » et moins « local ». Cette mise en place conduira, après une période de crise, à une implantation quasi normalisée à partir des années 30, en prélude au « premier quart de siècle ».


 

Au début des années 30, la région connaît à nouveau une période de crise que Nelly Pagès attribue en partie au développement des associations confessionnelles, surtout dans les villes : pour les S.D.F. organisés en « districts », le district du Gard réunit onze groupes, dont cinq à Nîmes ; celui de Béziers, sept ; celui de Sète, cinq ; sur Montpellier, treize groupes, et certaines meutes doivent être divisées en deux pour pouvoir répondre aux demandes. Le recrutement est facilité par l’accès privilégié aux établissements scolaires privés. Les E.U. sont surtout implantés dans les Cévennes, traditionnellement protestantes, y compris dans les petites villes et certains villages.

 

« La première unité à réapparaître est celle de Montpellier. L’Éclaireur de France du 20 mai 1931 annonce « après quelques années de suspension, le groupe va revivre ». Le 22 avril, une conférence donnée par le C.R. du Sud-Est, en présence des inspecteurs d’Académie et primaires, permet de présenter au grand public les objectifs des E.D.F. Dès le lendemain, une vingtaine de jeunes enfants participent à la première sortie sous la direction d’une nouvelle cheftaine, Melle Marcault. L’année suivante, Le Chef de février 1932 compte à Montpellier trois nouvelles meutes reconnues et une en formation. La réorganisation des troupes pose plus de problèmes car aucun éclaireur n’est recensé.

 

C’est entre 1932 et 1933 que les adhérents du Mouvement augmentent en grand nombre. L’Éclaireur de France d’avril 1933 en répertorie 250 qui se situent à Montpellier et à Nîmes. Les branches cadettes, moyennes et aînées des E.D.F. se développent à des rythmes différents au sein des deux villes. À Montpellier, il y a cinq meutes, deux troupes et un clan dont la reconnaissance officielle date du 21 décembre 1933. À Nîmes, une meute et une troupe sont en formation mais il n’y a pas encore de clan. Le comité local de Mende dont la composition est reconnue par le Comité Directeur en mai 1931 n’a pas réussi à édifier un groupe. En 1934, une troupe est créée à Saint-Hippolyte du Fort et une meute naît à Béziers.

 

Les routiers et les louveteaux sont les deux branches qui semblent être les plus actives. Des comptes rendus sur leurs sorties apparaissent sur les revues E.D.F.. Le clan de Montpellier « quoique nouveau-né, dirige son activité vers l’étude de la préhistoire grâce au C.C. Bruguière et au professeur Louis. Il choisit de se spécialiser par la suite dans l’archéologie. (…)

 

Une fois la crise passée, la région a du mal à stabiliser ses groupes. L’absence de C.R., en 1934, peut être un des facteurs de cette instabilité. Les responsabilités et les fonctions qui dépendent de ce poste « plus lourds et plus complexes eu fur et à mesure que le Mouvement prend de la maturité et que le scoutisme sort d’une forme rudimentaire » peuvent effrayer les éventuels intéressés. En novembre 1934, pour pallier ce problème, Pierre François, C.N.A. depuis 1931, devient C.R. du Languedoc-Roussillon. C’est le début, pour le Mouvement E.D.F., d’une période relativement faste".

 

Dans la deuxième partie de la décennie, le Mouvement va connaître un certain développement, vraisemblablement sous l’influence de Pierre François qui cumule une fonction de commissaire « de province » (on ne dit pas encore « régional » malgré les abréviations de Nelly) avec sa fonction principale d’adjoint à André Lefèvre. Cette présence presque continue va permettre une « normalisation » qui restait nécessaire après les années de démarrage et la période de redémarrage qui a suivi la première guerre mondiale. Dans la région comme dans le reste du pays, l’entité majeure est le groupe local et l’homogénéisation, de la pédagogie comme du fonctionnement, suppose un effort particulier des responsables nationaux. Le passage par le camp-école de Cappy, qui reste national, ne suffit pas. Le mémoire de Nelly Pagès met en évidence cette nouvelle phase d’une évolution vers ce qu’elle appelle « la valorisation de la méthode scoute ».

 

« À partir de 1935, le Mouvement connaît, dans la région, une période florissante. Les groupes locaux ont une existence plus stable et leurs activités sont plus riches.

Le premier numéro du Garrigou, l’organe mensuel régional, paraît dès octobre-novembre 1934. Les articles de ce bulletin mettent en valeur les activités des groupes qui tendent des plus en plus à se rapprocher du scoutisme édicté par le Comité Directeur de la Fédération. Le chef de rédaction de ce journal est M. Jeanjean qui tient une imprimerie – papeterie 14, rue des Étuves à Montpellier.

 

Les louveteaux et les éclaireurs suivent un programme spécifique à leur tranche d’âge  et les routiers se spécialisent peu à peu dans un domaine particulier. Les meutes, les troupes et les clans se renforcent et se multiplient, notamment grâce à l’appui des enseignants qui accueillent favorablement les E.D.F. dans leurs établissements. (…) Entre 1935 et 1938, le rythme des sorties des meutes et des troupes s’intensifie et leurs activités respectives sont de plus en plus centrées sur la progression personnelle de chaque adhérent ».

 

Cette période voit la création, à côté des troupes, de meutes dont le nom est également souvent poétique : "Collines Embaumées" et "Joie de Mowgli" à Montpellier, Crocs Brillants" à Béziers, "Mont Saint Loup" à Agde à côté de la troupe des "Oliviers des Sept Collines" de Nîmes, de "Maguelonne" à Montpellier  ou des Romarins à Tournissan.

 

"L'expansion de ces meutes et de ces troupes est le résultat du travail des chefs locaux et du C.R.-C.N.A.. L'action de Pierre François, pourtant éloigné du commissariat régional, n'est pas sans effet sur la situation du Mouvement dans la région.(...) En plus de ses tournées, Pierre François assume son rôle de C.R. en transmettant ses directives au commissariat régional sous forme de correspondances. Il rédige également des articles pour Le Garrigou, dont deux messages d'introduction qui se veulent très optimistes sur la position du Mouvement dans la région. (...) la nouvel élan qui caractérise le Mouvement a des conséquences sur son intégration dans les villes. À sète, à Béziers et à Montpellier, les groupes locaux organisent des manifestations pour se faire connaître et participent à la vie civique de la société.(...)

 

Au-delà des frontières du Languedoc-Roussillon, les membres du Mouvement participent à la vie de la Fédération. Le Garrigou d'octobre-novembre 1935 annonce que le 25ème anniversaire des E.D.F. a lieu le 15 novembre à Marseille. Le C.R.-C.N.A. lance un appel aux chefs, aux cheftaines et aux routiers de la région pour qu'ils assistent nombreux à ce rassemblement. Une délégation venue entièrement de Montpellier est reçue à Marseille au foyer scout international et participe activement aux débats qui sont organisés pendant les réunions. Le Garrigou suivant fait part du voyage que Bouscaren, une éclaireur de la troupe de Maguelonne, s'apprête à effectuer. désigné par ses chefs pour représenter sa troupe aux fêtes du 25ème anniversaire à Paris, "il aura la joie de voir Baden-Powelle, il participera à un rallye qui regroupera 25000 scouts, il sentira, quand des milliers de scouts chanteront d'une même voix le même chant, ce que le scoutisme a fait et est en train de faire". En été 1938, des éclaireurs de Montpellier, Nîmes, Béziers et Sète rejoignent le camp de Saint-Jorioz, en Haute-Savoie. Ils y rencontrent d'autres éclaireurs français, des scouts anglais et des éclaireurs belges. (...)

 

En trois ans, le Mouvement s'est affirmé dans la région. le développement des effectifs est une tendance nationale qui est, en partie, dû au soutien que les enseignants apportent aux E.D.F."

 


 

La suite du mémoire donne, après une information sur la plan national, quelques exemples de création d'unités E.D.F. en établissement scolaires, avec l'aide des enseignants. Il nous a paru intéressant de la résumer.

 

"Après la première guerre mondiale, des instituteurs et des enseignants remplacent en partie les instructeurs militaires. Encore minoritaires, ils ne réussissent pas à implanter des sections  au sein de leurs établissements. En 1925, Édouard Herriot encourage les éducateurs à faire bon accueil à la Fédération qui est alors reconnue d'utilité publique. La circulaire ministérielle qu'il a fait rédiger à cet effet reste sans réel résultat jusqu'au début des années 30. En 1932, (seulement) une vingtaine de troupes dans des établissements scolaires est recensée en France. Ce faible constat s'explique par la méfiance des milieux laïques devant une organisation "trop paramilitaire et trop empreinte, du fait de ses origines et de la nature, souvent confessionnelle, de ses expressions étrangères, de spiritualismes" (¨P. Ory, La belle illusion, Culture et politique sous le signe du Front Populaire, 1935-1938). Pour les E.D.F., les responsables de cet échec sont certains chefs de la Fédération. Un article, non signé, du Chef de juillet 1932 concernant les rapports entre les E.D.F. et la Ligue de l'Enseignement se révèles être une véritable plaidoirie. l'auteur incite les chefs récalcitrants devant une éventuelle collaboration, à "réserver bon accueil aux demandes qui leur seraient adressées par les dirigeants des patronages en vue de la constitution de troupes". En Languedoc-Roussillon, une troupe est fondée en 1931 dans le lycée Alphonse Daudet de Nîmes. Elle est créée par un des professeurs de ce lycée, René Bruguière. Jusqu'en 1935, cette troupe est la seule de la région à être installée dans un  établissement scolaire.

 

La nomination en 1936 de Jean Zay comme ministre de l'Éducation favorise les rapports entre le scoutisme et l'enseignement. À partir de cette date, les troiupes E.D.F. dans les lycées et les écoles se multiplient. Dans la région, ces expériences touchent l'Hérault et le Gard, les deux départements où le Mouvement est le plus développé, et l'Aude. Dans ce dernier département, les troupes issues des établissements scolaires constituent les seules troupes E.D.F. (...)

 

Le Garrigou de décembre 1937 - janvier 1938 annonce la fondation du groupe d'Agde. Implanté dans le collège, le groupe accueille, lors de sa première sortie, le 8 janvier, 17 garçons. Le principal du collège, M. Delsol, le professeur Paraire et M. Lenoir sont à l'origine de cette troupe. (...) La rencontre se fait sous la direction de chefs avertis, le C.T. de Sète et le C.R.A. qui font découvrir aux jeunes quelques-unes des activités scoutes. À Béziers, à partir de 1937, une troupe (...) est installée officiellement dans le lycée. Dans le Gard, peu avant décembre 1937, deux routiers du clan de Nîmes ont pour mission de créer une troupe à l'École Pratique. (...) À Carcassonne, un clan à l'École Normale est cité dans le bilan donné lors du Conseil régional en février 1938. Quelques mois plus tard, Le Garrigou de juin-juillet 1938 fait part de la formation d'une troupe à l'École Primaire Supérieure.

 

Le fonctionnement de ces troupes dépend des relations qu'elles entretiennent avec le principal du lycée ou le directeur de l'école. (...) Cette éducation ne doit pas freiner (la)

scolarité, et le C.T. (du lycée de Nîmes) affirme que les jeunes "montreront à l'accomplissement de leur devoir d'écolier la même ardeur qu'à la réussite du grand jeu scout". (...)

Les troupes et les clans affiliés à un lycée ou à une école permettent aux E.D.F. de donner une nouvelle vision du scoutisme au grand public. Dans la région, bien qu'aucun clan universitaire n'existe à cette période, l'Université et le scoutisme sont très liés. À Montpellier, en 1937, le président du Comité local est M. Courtin, professeur à la faculté de Droit.

L'année suivante, M. Schmitt, inspecteur d'Académie de l'Hérault, met en valeur ce lien dans son discours, le 27 février 1938, lors du Conseil régional. Il affirme que "la morale des Éclaireurs est aussi celle de l'Université. Les Éclaireurs ont le culte de la droiture, le sentiment de l'honneur, ils ambitionnenent de devenir maîtres de leur âme, les capitaines de leur destin. (...) Ainsi compris, le scoutisme, en plein accord avec l'Université, devient un très puissant moyen pour essayer de réaliser une éducation complète".

 

Le scoutisme et les milieux enseignants sont tout aussi liés chez les éclaireuses de la F.F.E. : plusieurs groupes sont créés par des enseignantes ou des directrices d'établissements scolaires. En 1939, Melle Suzanne Châtelet, enseignante ) Lille, est mutée à Perpignan dans un collège de jeunes filles. Elle organise alors un groupe d'éclaireuses neutres. (Son père, Albert Châtelet, est le président de la Fédération en 1937). La même année, Melle Elles, directrice de l'école Primaire Supérieure à Mende, et Melle Labro, professeur d'anglais, créent la section d'éclaireuses neutres.

 

NDLR : Suzanne Châtelet a été, en 2009, la principale correctrice de l'ouvrage "cent ans de laïcité..."

 


 

Cette période est également celle du développement de la branche aînée avec une action de développement du Mouvement et des spécialisations "techniques". Le mémoire en donne quelques exemples, dont celui du Clan des Chênes Verts de Montpellier.  On peut y voir la recherche d'une spécificité pour la branche aînée, peut-être un peu trop considérée jusqu'alors comme un simple prolongement de quelques années de la branche éclaireurs. Cette tendance sera amplifiée et quelquefois "exacerbée" après la seconde guerre mondiale.

 

"En 1927, plusieurs articles des revues montrent que grandit chez les E.D.F. la préoccupation d'un scoutisme pour les aînés. La région, en difficulté à ce moment-là, adopte cette tendance bien plus tard. Le premier clan y est reconnu officiellement le 21 décembre 1933 et, jusqu'en 1935, c'est le seul à recruter des routiers.

 

Au siège national, en 1937, Eugène Arnaud propose d'orienter la Route dans deux directions. D'une part, une grande place est donnée à l'information et à la formation sociale des routiers. Les jeunes doivent s'intéresser aux problèmes de la société et participer activement à son développement. L'autre point essentiel dans le programme est la spécialisation des activités des routiers. Le Mouvement doit offrir aux aînés la possibilité d'avoir une qualification dans un domaine particulier.(...)

 

Les équipes créées pour soutenir l'action E.D.F. sont de deux natures et se situent uniquement dans l'Hérault. Elles appartiennent toutes au Clan des Chênes Verts. L'équipe Théâtre, sous la direction du chef Diffre et du C.E. Brunel, doit permettre l'intensification de la propagande. (...) Les routiers se voient régulièrement puisqu'ils se réunissent deux fois par semaine, alternativement chez M. Diffre et M. Jeanjean. Les lieux de représentation de cette équipe sont situés essentiellement dans l'Hérault ou à proximité. Ce sont soit des villes où siège un groupe E.D.F. dont les effectifs sont encore peu nombreux, soit des localités E.D.F. potentielles. En fin d'année 1937, l'équipe projette d'aller jouer à Calvisson, Sommières, Béziers et Sète et souhaite également faire une intervention dans les environs de Montpellier, à Mauguio. (...)

Les autres routiers des Chênes Verts qui se préoccupent du renforcement des E.D.F. sont rassemblés dans l'équipe des unités en formation. C'est une équipe permanente, destinée à fonder et à épauler les unités régionales. Elle est créée peu avant octobre-novembre 1936 et son C.E. s'appelle P. Azéma. (...) En 1938, le travail mené par ces équipes pour développer les E.D.F. est une réussite puissue, en trois ans, le nombre de meutes a doublé et celui des troupes a triplé. Par contre, le nombre de clans reste pratiquement  inchangé : s'ajoute au clan de Montpellier, longtemps isolé, celui de Nîmes et celui de Sète.

 

Malgré le faible nombre de clans, la région se distingue par la diversité des spécialisations. Cependant, les activités de clan restent, pour la plupart d'entre eux, un simple passe-temps qui n'aboutit pas à une réelle qualification.

 

Le clan du Crocodile Enchaîné de Nîmes, dont les activités commencent vers novembre 1936, se spécialise dans l'archéologie. Il réalise plusieurs sorties où il effectue des fouilles, mais son manque de connaissances sur la discipline et son effectif très réduit l'empêchent de développer sa spécialité. (...° Au sein du clan des Chênes Verts, une nouvelle équipe est constituée avant avril-mai 1937. (...) Ces jeunes se déplacent uniquement en vélo et se sont donné comme but l'analyse, par l'exploration méthodique, des caractéristiques de la région. Cette activité d'enquête de terrain est très répandue dans les spécialisations des clans et elle est même vivement conseillée. (...) Le clan de Sète (...) se divise en deux équipes qui choisissent chacune une spécialité différente, (...) l'hébertisme et les feux de camp, le scoutisme marin. Cette dernière équipe développe sa spécialité avec l'aide du Commandant Ribet du "comité marin" qu'il a constitué. Ce comité lui fournit des voiliers pour pouvoir parfaire son entraînement et lui offre la possibilité d'être dirigée par des professionnels. M. Ribert en est le président et c'est lui qui accompagne les routiers le 20 septembre 1938 lorsqu'ils reçoivent le délégué général du scoutisme marin.

 

Le clan marin de Sète n'est pas le plus connu de la région. Celui qui atteint une grande renommée est le Clan archéologique des Chênes Verts. De nombreux articles sur les revues font état de leurs travaux féconds et ce clan sert de modèle pour beaucoup de routiers encore hésitants sur leur spécialisation.

 

Le choix de ce domaine d'activité s'est fait naturellement puisque les éclaireurs ainés, avant de constituer un clan, ont consacré certaines de leurs sorties à des recherches archéologiques. E,n 1933, lorsque le clan est fondé, les jeunes prennent la décision de conserver les pièces découvertes au cours des fouilles au local, 14 rue des Étuves, afin de créer un petit musée. Trois ans plus tard, en octobre-novembre 1936, trois chefs dirigent ce clan. Le C.E. s'appelle R. Jeanjean et il est appuyé par deux conseillers techniques, M. Diffre et M. Beauquier, de la Société Préhistorique Française. (...) Ce clan réunit peu de routiers, peut-être à cause du grand nombre de rencontres qu'il organise. Il se réunit deux fois par mois pour étudier l'archéologie et classer les éléments trouvés lors des fouilles, et les sorties sur le terrain ont lieu deux ou trois fois par mois. À partir d'octobre-novembre 1937, le rythme des rencontres s'accélère puisque les routier n'ont qu'un seul dimanche par mois de libre. En plus des réunions et des sorties, un camp d'été est prévu, d'une quinzaine de jours, et parfois des explorations préparatoires au camp ont lieu pendant quelques jours en juillet.

 

Les fouilles effectuées par ce clan se situent dans l'Hérault, le Gard et, à partir de 1937, en Lozère. Au cours de ces fouilles, le clan découvre de nombreuses pièces qu'il met en valeur dans son musée. Ce musée est régulièrement visité par des chefs E.D.F. et par des personnes éminentes de la Société Archéologique de Montpellier et le conservateur du musée de la ville. Ces personnes s'intéressent également aux nouvelles méthodes de prospection du clan, qui utilise notamment le don de M. Diffre, radiesthésiste. Les découvertes du clan -sont énumérées dans un article de sept pages rédigé par G. Vallon, un routier spécialisé dans la reconstitution des poteries, qui paraît dans Le Routier de mars 1939. Plusieurs outils, bijoux et poteries ont été trouvés et les éléments les plus rares et les mieux conservés sont exposés dans des vitrines ou sur des étagères du musée. Le clan fait paraître également des brochures sur les fouilles entreprises ou des analyses de fouilles qui se sont révélées particulièrement intéressantes.  La brochure intitulée Fontibus paraît vers 1939 et elle commente le travail effectué dans le canton de Sommières. La prospection débutée dans la région le 2 octobre 1938 permet au clan de découvrir un gisement mis à jour par de profonds labours. La clan en étudie les différents composants (un sarcophage en pierre et de très nombreux débris de poterie).

 

 

L'expérience de ce clan en fait un modèle pour les routiers intéressés par l'archéologie. Dès 1937, il aide le jeune clan de Nîmes dans ses recherches et est fréquemment donné en exemple dans les revues et dans les discours des chefs du Mouvement. Lors de l'Assemblée Générale, le 12 mars 1939, André Lefèvre, C.N., fait un rapport moral des clans. Le clan archéologique des Chênes Verts est présenté comme un vieux clan dont "les documents recueillis sont de première valeur".

 

En 1939, les clans de la région sont encore peu nombreux, et la plupart n'ont pas une spécialisation poussée. Lorsque al guerre survient, cette situation connaît un revirement.  Les E.D.F. créent de nouveaux clans et intensifient leurs efforts pour y appliquer les nouvelles ambitions de la Route. Les routiers prennent une place de plus en plus importante, dans le Mouvement, en y remplaçant les cadres mobilisés, et dans la société, en rendant toutes sortes de services."