2022.08 : Notre participation à l'Université d'été à Bécours : 06 : Des relations avec la Pologne

Sam17Sep202209:51

2022.08 : Notre participation à l'Université d'été à Bécours : 06 : Des relations avec la Pologne

 

Les relations entre les EEDF de la région CENTRE (Orléans) et les ZHP de la région de CRACOVIE (François Daubin)

 

Les préludes à une relation qui fut intense puisque concernant quelques milliers de jeunes et qui s’élargit à de nombreuses institutions.

Pour commencer il faut mettre en avant le rôle des deux instances nationales, à la fois, des ZHP et des EEDF. Ils ont été à l’origine de cette grande aventure. Je dois ajouter que, proche de Cascade et surtout d’Emile Gagnon, j’ai été associé à ce qui fut une reprise de relations entre nos deux mouvements.

Cette volonté commune a été soutenue du coté des ZHP par Mariana Clowinska, responsable internationale des ZHP. Elle avait été, dans la période de Jean Estève, commissaire Général des EEDF, particulièrement active. Jeune responsable en Eure et Loir j’ai le souvenir de notre commissaire départementale (formatrice danses dans les stages expression), Alice Guignard qui évoquait Mariana. Elle avait conquis de nombreux responsables EEDF de cette époque par sa gentillesse, son ouverture sur le monde et sa parfaite maîtrise de notre langue.

C’est donc par une politique de petits pas que cette reprise des relations a pu se mettre en place.

Peut-être en premier lieu faut-il évoquer la visite en France d’une vice-présidente des ZHP accompagnée par Mariana qui fut notre interprète. Emile Gagnon avait organisé un repas chez lui à Donnery pour être le moins formel possible et donner à cette rencontre un coté amical. Je pense qu’Henri Pierre Debord, responsable du clan de Bourges, était présent. Nous avions abordé un enjeu commun : la place des adolescents dans nos mouvements. À la suite de cette première rencontre, le clan de Bourges avec Henri-Pierre et un groupe du service 15/24, ont effectué un premier séjour en Pologne.

La politique de petits pas se poursuivant, le siège National accueille le Président des ZHP en route pour le festival International de la jeunesse à Cuba en 1976. Je suis chargé de leur faire découvrir Paris.

D’autres petits pas ont lieu dans cette période, mais leurs souvenirs se sont estompés pour moi.

 

Un environnement politique favorable à cette reprise des relations.

 

Si l’histoire entre nos deux pays est ancienne et riche, le monde depuis la dernière guerre mondiale est divisé en Blocs en particulier le Bloc dit de l’Est et le Bloc dit de l’Ouest. Nos deux nations sont chacune dans un bloc marqué par le fameux mur dit de Berlin mais qui s’étend dans toute l’Europe.

Le président Français Valérie Giscard d’Estaing organise un voyage officiel en Pologne (1975) avec un objectif de rapprochement entre nos deux nations.

N’oublions pas la présence de millions de Français nés en Pologne ou de descendance polonaise, en particulier dans le Nord mais pas seulement. Dans le village où j’habite il y a cinq personnes dans ce cas et nous ne sommes que 765 habitants.

Dans l’affrontement entre Blocs la France et la Pologne jouent un rôle de lien.

 

Un autre facteur important se situe dans les points communs entre EEDF et ZHP.

 

La date de leur création, 1910 et 1911, avec chez les fondateurs un idéal commun, une vision éducative commune.,

Les pionniers ont mis en place la fameuse promesse dite alternative. En Pologne ultra catholique c’est un choix courageux.

Un autre point important réside dans la mixité pratiquée par nos deux mouvements, c’est assez rare alors dans le scoutisme. C’est un point abordé dans notre rencontre avec la vice-présidente des ZHP chez Émile Gagnon. Nos histoires sont assez proches. Il faut souligner le rôle des ZHP dans le combat contre le nazisme. Des milliers de jeunes ZHP ont constitué des bataillons de combattants dans l’insurrection de Varsovie et ont perdu la vie. Cette conduite héroïque a fait que seul les ZHP n’ont pas été dissous par le pouvoir communiste contrairement à tous les autres mouvements de scoutisme des pays du Bloc de l’est. Ils ont été «massifiés» pour diluer cet aspect scout. Mais ils ont su garder le lien avec leur passé et leur histoire. J’ai même dans les années 1980 rencontré des groupes ZHP enseignant «l’histoire vraie de la Pologne»…

 

Nous avons bien sûr des différences.

 

Les EEDF rassemblent au mieux 40.000 adhérents. Les ZHP dans la même période rassemblent plus de 2.500.000 membres, résultat de la massification voulue par le pouvoir. Toutes les écoles ont un groupe ZHP. Il devient presque obligatoire d’y adhérer.

Les EEDF s’interrogent sur leurs valeurs, leurs conceptions éducatives, sur leur rôle après mai 1968 et pour certains sur leur appartenance au scoutisme.

Pour les ZHP, tenus par un appareil important, il ne semble pas avoir de remise en cause du mouvement, même si certains s’interrogent. Mais le débat dans la société polonaise est plus large et politique. Nous aurons bientôt l’apparition de Solidarnosc. Des cadres ZHP y participent je peux en témoigner.

L’évolution de nos sociétés ne s’est pas faite au même rythme dans des systèmes politiques différents.

Un autre point important se situe au niveau de la très grande envie des jeunes Polonais de découvrir la France et aussi les autres pays de l’ouest. Peut-être que la difficulté pour eux de voyager dans ces territoires renforce leur motivation. Les jeunes Français sont plus réservés, il y a tellement de destinations possibles. Mais une fois revenus ils ne regrettent pas tant dans les premières années ils découvrent une réalité assez différente de leur quotidien.

Mais la France est pour eux, à cette époque, une destination de rêve.

 

La première grande opération commune.

 

En 1976, sous l’impulsion d’Émile Gagnon, un séjour des permanents régionaux EEDF est organisé en Pologne à la rencontre d’homologues.

L’idée sous-jacente est de créer des liens et de favoriser une régionalisation des échanges entre nos deux mouvements. Mais je n’ai pas le souvenir de réalisations.

 

La rencontre entre Les EEDF d’Orléans et les ZHP de Cracovie     

N’ayant pu participer au séjour des permanents régionaux de 1976, un contact a été pris pour moi avec les ZHP de Cracovie. J’organise alors un séjour en Pologne au mois d’avril, accompagné de Bernadette Hyvert, Roland Daval et Danielle Millaud du groupe de Bourgoin Jallieu intéressée par un échange. Ce fut une belle aventure qui nous permit en quelques jours de découvrir une certaine réalité de la vie polonaise avec des magasins vides, des échoppes pour acheter les produits avec des devises, le change au noir. On trouve même dans la presse, le cours au «noir» du Zloty, monnaie du pays, officiel. Mon premier mot de Polonais compris fut «Niema», il n’y a plus.

Nous rencontrons, sur la place du Ryneck, Antoine Wessenhoff. Nous sommes hébergés chez lui. Le courant passe entre lui et nous. Il est responsable d’un groupe du centre-ville, le groupe Huragan. C’est un groupe important, avec une histoire, la volonté de découvrir les autres. Ils ont mené des expéditions en divers pays. Nous les devinons débrouillards, organisés, volontaires.

L’histoire personnelle d’Antoine est liée à la France. Sa mère que nous rencontrons parle français nous raconte leur rencontre avec les Joliot-Curie en France et un déplacement sur la côte Normande. Son époux disparu était académicien et spécialiste de l’atome.

Je décide d’accueillir le groupe Huragan une cinquantaine de personnes en juillet 1977 avec l’aide de Bernadette. Le groupe est composé de grandes éclaireuses et grands éclaireurs ainsi que de routiers. Ils se déplacent en car. S’agissant d’échanges sans devises, ce qui fut le cas de tous nos échanges jusque à la chute du régime nous devons prendre en charge hébergements repas, visites et même l’argent de poche avec réciprocité l’année suivante. Ils veulent tout voir des Alpes à Paris et Orléans.

Nous avons fait face grâce au soutien du service 15/24 dont je suis le responsable et à ses équipes et Bernadette. Il faut dire que le challenge était un peu fou mais pour cette première partie réussie.

 

Mais ce premier accueil fut aussi un choc de culture scoute.

Nous avons accueilli une troupe en uniforme presque militaire, bien organisée. Lever des couleurs, une organisation hiérarchique avec des chefs. En apparence une troupe des Eclaireurs avant la guerre si ce n’est la mixité. Mais nous découvrons derrière les apparences une grande connivence et une conception de l’éducation et de la formation citoyenne des jeunes assez commune. Et nous mesurons le grand désir de ces jeunes Polonais de découvrir notre pays et d’apprendre notre langue.

 

Le début d’une grande aventure.

 

Le courant passe plutôt bien entre les responsables du service 15/24 et «éclés» mobilisés pour ce premier accueil et les responsables ZHP. Très vite nous organisons des échanges de responsables. La Pologne devient un axe important dans notre politique de formation de cadres et d’engagement dans le Mouvement. Une occasion de mettre en pratique un des mots d’ordre du service, «Face à face avec l’actualité et le monde». Les responsables de groupes EEDF sont aussi impliqués dans cette dynamique. Des amitiés se nouent et deviennent le ferment des réalisations futures. Des responsables prendront la relève et deviendrons des acteurs efficaces de l’élargissement de nos projets. Je pense à Pedro Nieto, à Monique Gillet et bien d’autres. Du coté ZHP, une responsable devient aussi une partenaire importante, Anna Zurawal. Elle deviendra chez les ZHP de Cracovie une grande amie des EEDF et une organisatrice des accueils et sera une des grandes figures de nos échanges.

 

Une grande difficulté.

La demande d’échanges de nos amis Polonais est immense. Pour y répondre nous avons en région Centre une quinzaine de groupes et environ 1200 adhérents avec un service vacances spécialisé dans l’international.

En face les ZHP de la région de Cracovie sont 40.000. Dans les années 1980/1990 la demande pour venir en France est immense. De plus Antoine Wessenhoff devient directeur du Centre de la jeunesse de Cracovie centre et souhaite aussi développer les relations internationales comme support éducatif. Il devient aussi en même temps proviseur d’un lycée où l’apprentissage du Français est favorisé.

La motivation différente renforce les difficultés…

Pour continuer notre aventure il faudra élargir les projets.

 

Les réalisations.

Tous les ans des échanges de groupes se mettent en place. Orléans, Tours, Loches, Bouzy la Forêt, Pithiviers, Malesherbes organisent des séjours et reçoivent des groupes. Mais cela ne suffit pas. Des groupes d’autres régions viennent aussi dans le cercle. Je pense à Orange, Dijon, Marseille, Lille, Chalon sur Saône, Otterswiller, Strasbourg, Bordeaux. Le service 15/24 organise des séjours de jeunes et de jeunes handicapés ;

Tous les ans des rencontres de cadres sont organisées avec les ZHP et le Centre de la jeunesse de Cracovie. Le service 15/24 organise des stages bafa sur l’international avec l’aise de nos partenaires.

Mais il faut élargir à d’autres cette porte ouverte par les EEDF. Pedro Nieto en sera le principal acteur.

Nous accueillons dans nos centres de vacances des responsables Polonais, une occasion pour eux de gagner en un séjour des devises si importantes dans la période difficile que traverse la Pologne dans les années 1978/1990.

Nous organisons des convois humanitaires. Nous accueillons sur Orléans après la prise de pouvoir du général JARUZELSKI des responsables qui hésitent à rentrer dans leur pays allant même jusqu’à emmener et ramener de Pologne les passeports avec prolongation de visas.

Avec le syndicat national des instituteurs, les ZHP nous organisons un voyage d’étude sur le système éducatif français. Ce groupe animé par la responsable régionale des ZHP sera bloqué en France à la fermeture de la frontière le 13 décembre 1981.

Si nous accueillons des enseignants Polonais, Pedro organisent des voyages d’étude avec des élus d’Orléans, Saint jean de Braye, l’inspecteur d’académie adjoint, le directeur départemental jeunesse et sport, un responsable des CEMEA et des FRANCA. Nous avons même un député. Ces séjours seront organisés entre 1987 et 1995.

Ces voyages d’étude perdureront plusieurs années avec différentes ouvertures. C’est ainsi qu’il y aura la signature d’un pacte d’amitié, devenu jumelage, entre Orléans et Cracovie. Plusieurs villes suivront cet exemple, puis des Lycées. Un accord entre les universités d’Orléans et Cracovie est mis en œuvre, mais plus porté par les responsables d’une association Loire Vistule.

Une rue de Cracovie porte le nom d’Orléans. Des autobus d’Orléans partent rejoindre le réseau de transport de Cracovie.

Après la chute du régime et la victoire de Solidarnosc, la commune de Bouzy la Forêt, avec l’aide du groupe EEDF, reçoit les nouveaux élus de la commune de Bukowina dans les Tatras.  Les élus Bulzacien se rendront aussi plusieurs fois en Pologne. Ce sera aussi le début d’une collaboration importante. De nombreux jeunes et d’adultes de la commune, même après la disparition du groupe dans les années 98, prendront la direction de Cracovie, Bukowina.

Après le départ de Pedro la volonté de poursuivre l’animation des échanges faiblit. La salle Polska « symbole de nos relations » réalisée au siège du service vacances et de la région est démantelée.  Les meubles venus de Pologne sont dispersés. Les EEDF de la région Centre ne participent plus à cette aventure sauf les groupes de Loches et Bouzy la Forêt

Elle avait accueilli de nombreuses personnes, le président du Conseil Municipal de Cracovie, un des leaders locaux de Solidarnosc et de maint autres élus Polonais, le Maire d’Orléans, de nombreux élus, la rectrice de la voïvodie.

Les EEDF de la région Centre ne participent plus à cette aventure sauf les groupes de Loches et Bouzy la Forêt

Les EEDF étaient au fait de leur reconnaissance. Le Conseil Régional s’appuyant sur nos échanges se rapprochera de la Voïvodie de Cracovie.

Mais les échanges continueront repris par une association Bulzacienne, la Fraternelle qui organise de nombreux échanges avec le centre de la jeunesse. Plusieurs centaines de jeunes découvrirons Cracovie, Bukowina et aussi le terrible camp d’Auschwitz.

En commun nous développons les échanges européens. France, Pologne, Roumanie puis Pologne, France, Italie, Chypres.  Un jeune Bulzacien passera même une année à Cracovie comme volontaire.

C’est aussi le moment où nous reprenons l’accueil de groupes folkloriques du Centre de la jeunesse, en mettant en place des tournées dans le département du Loiret. Vice-président d’une communauté de commune j’ai quelques ouvertures.

Pedro devenu cadre de l’institut Orléanais de jeunes sourds permet au Centre de jeunesse d’utiliser le centre comme lieu d’accueil de leurs groupes. Des centaines de jeunes découvrent Orléans, Paris, les châteaux de la Loire. A cette occasion quelques jeunes de Bouzy viennent participés aux veillées.

C’est les anciens de nos échanges qui ont gardé de nombreux contacts et de l’amitié pour eux qui tentent de garder un lien.

Ma dernière réalisation sera le SADA des anciens EEDF accueillis à Cracovie par Anna Zurawel.

Je sais aussi par bizarrement l’intermédiaire des ZHP de Cracovie qu’ils ont participés à quelques opérations nationales.

Le décès prématuré d’Antoine Weyssenhof a aussi marqué la fin des échanges avec le centre de la jeunesse.

Si je cherche le moteur de notre action commune, il y a eu la volonté de faire de nos rencontres un outil pédagogique dans la formation des jeunes.

Je ne peux citer toutes les actions menées, les rencontres avec les différents Consuls, Présidents de la ville de Cracovie, les échanges avec les institutions pour handicapés.

J’ai une pensée amicale pour tous les acteurs Polonais, Français qui ont participé à cette belle aventure.

Je retiens de cette aventure l’importance de l’amitié qui s’est nouée entre les cadres de nos mouvements et sur la confiance entre des partenaires aux nombreux objectifs communs. Nous avons aussi soutenu nos partenaires dans des objectifs plus liés à leur histoire Nationale. Je pense aux relations avec l’Ukraine, avec des communautés polonaises ayant subi les affres de déportations massives de populations suite à la deuxième guerre mondiale et l’annexion des territoires de l’’Est par l’Union Soviétique de Staline. Il existe ainsi une forte communauté Polonaise au Kazakhstan.

Enfin nous avons utilisé ces échanges comme un outil dans la formation des cadres du service 15/24 avec comme objectif un plus fort engagement dans l’association.

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