1948 : la branche aînée : le passage à l'acte - Le clan Claude Sommer

Lun26Avr201007:36

1948 : la branche aînée : le passage à l'acte

Index de l'article

1951 : la saga du clan Claude Sommer :

Du clan spéléo portant le nom d'un aîné mort au combat, à la plongée sous-marine et au métier de scaphandrier, c'est une véritable "saga" qui nous est décrite par quelques-un de ses acteurs...

Vue par Antonio Castro...

« C’est à la suite d’une rencontre dans le métro, que pour moi tout a commencé. Dans le même wagon, un autre jeune portait à la boutonnière le même insigne que moi : l’arc tendu des Eclaireurs de France. Nous nous sommes présentés : Jean LAGRANGE – Antonio CASTRO, et il m’a proposé d’assister à une réunion du clan dont il était un des responsables, le clan Claude SOMMER spécialisé en explorations spéléologiques. C’était en juin 1948. À cette réunion au local Quai de l’Hôtel de Ville (bâtiments qui n’existent plus), il y avait une quinzaine de filles et garçons qui discutaient ferme et dominant de la voix et de la taille, André Galerne (Héron braillard). La discussion portait sur le bilan du camp de Pâques dans les Alpes de Haute-Provence au gouffre du Caladaïre, où ils avaient atteint la côte -556 m, record de profondeur à l’époque. Ils détenaient aussi le record de vie sous terre avec dix jours de camp au fond du premier gouffre de la grotte de Lombrives, à Ussat-les-bains dans l’Ariège.

André Galerne, personnage assez extraordinaire et forte personnalité - 1.86 m, 90 Kg à l’époque - avait fondé le Clan en 1947. Issu du Clan Lapérouse, que dirigeait Guy Urgain. Pendant l’occupation, il faisait partie d’un réseau dont une des spécialités était de faire sauter les batteries de D.C.A. installées en Forêt de Montmorency. La technique consistait, de nuit à préparer un feu, dresser un mât avec un drapeau, allumer le feu et se sauver. Les Allemands se précipitaient pour l’éteindre, croyant à un signal pour les avions, dégarnissant la batterie, les résistants en profitaient pour la mettre hors d’état. Parfois aussi à tendre un câble entre deux arbres du bord de la route, de chaque côté, au passage des motocyclistes allemands, avec le résultat que l’on imagine. Un jour d’août 44, à la suite de l’attaque d’un convoi allemand, il a été arrêté avec quatre de ses camarades, dont Claude Sommer. Après avoir été traités avec la douceur qui caractérisait les Allemands, ils ont été amenés dans un bois près de Beauchamp, le Parc Barrachin pour y être fusillés. On les a alignés sur une petite butte, le peloton en face et on leur a ordonné de se déchausser. André s’est baissé docilement, voyant là la possibilité d’exécuter son projet d’évsion et il a foncé dans les bois, suivi avec un peu moins de promptitude par les autres. Deux sont tombés sur place. André, Claude et un troisième ont réussi à échapper à la fusillade. Claude est revenu à Beauchamp pour prévenir les autres membres du réseau qu’ils avaient été dénoncés. Il a été re-dénoncé et tué sur la place du village. C’était le 24 août 44, André avait 18 ans, Claude pas encore 15. André est revenu dans Paris et a participé aux derniers combats de la libération. Vous savez donc pourquoi le Clan portait le nom de Claude Sommer.(…)

La fabrication de matériel était la principale ressource du Clan. On fabriquait essentiellement des échelles que l'on vendait à d’autres groupes spéléo. Toujours des échelles éprouvées, c’est-à-dire qu’elles avaient servi au moins une fois, ce qui fait que nous en avions toujours des neuves. On faisait aussi des mâts d’escalade, des treuils, des lampes frontales. Tout cela dans des ateliers que l’on nous prêtait la nuit, et aussi boulevard Richard Lenoir où l’on rencontrait les camarades du Clan Surcouf qui fabriquaient leurs canoës, splendides en acajou rivés cuivre. Ces fabrications servaient à financer nos activités, mais également les cotisations pour ceux ne qui pouvaient payer. On vendait aussi des échantillons minéralogiques chez Boubée où on prenait des commandes pour 50 ou 100 échantillons de poudingue de Nemours, ou Loess du plateau de Villejuif, des marbres veinés, etc. Et aussi toutes sortes de bestioles : tritons, salamandres, insectes pour bio plastique, poissons rouges dans une fameuse mare à Fontainebleau, tout était bon à vendre. Quand il y avait des élections, - on votait beaucoup en ce temps là -, on faisait les enveloppes avec les bulletins et les adresses. C’était bien rémunéré et, après les élections, on récupérait les montagnes de papier inutilisé que nous vendions également.

Il y avait aussi la fête du Clan où l’on récupérait pas mal de sous. En décembre 48, “La fête de clan” avait eu lieu sous forme de “bal de nuit”, ce n’était pas tellement dans nos cordes – mais on n’avait pas hésité, on avait loué le cabaret “Sur les toits de Paris” et l’opération avait été très fructueuse. C’est ainsi que pour faciliter nos déplacements nous avons acheté une voiture : à l’automne 48, lors d’une de nos réunions au local, quai de l’Hôtel de Ville, grande nouvelle ! André nous annonce : nous allons avoir une voiture pour le Clan. Jusqu’alors, quand on partait en camp, il fallait louer une charrette à bras, et mettre notre matériel, échelles, cordes… en bagages accompagnés. Prendre le train jusqu’à Toulouse, puis tortillard jusqu’à Ussat-les-Bains et nos chères grottes, Lombrives Niaux, l’Hermite, etc.

La voiture en question était une conduite intérieure, 6 places plus deux strapontins. Sortie d’usine en 1923 – Peugeot 183C, “C” pour coloniale – 16CV, 6 cylindres, ordre d’allumage 153624 – particularités 12 litres d’huile dans le carter et 26 litres d’eau. Embrayage à gauche mais accélérateur au milieu et frein à droite ! Donc inversés par rapport à la norme actuelle. Quatre vitesses (rare pour l’époque). Le carburateur, d’une simplicité schématique, n’avait ni starter, ni volet d’air. Pour démarrer par temps un peu frais il fallait faire une opération rusée. Boucher partiellement avec la main l’arrivée d’air ; trop on noyait le moteur, pas assez pas de démarrage. Cette opération tout en finesse se disait, parmi les initiés : “Y mettre la main au bock”. Le projet était d’en faire une camionnette. Le remarquable résultat de la transformation - que nous avons effectuée en totalité - a été réceptionné aux Mines. André avait le permis “Transport en commun”. Le nom “Angoisse” avait été proposé mais plus familièrement on l’appelait “Cocotte”. Cocotte nous permettait de diversifier les week-end et ne plus se cantonner, en descendant du train à Bois-le-Roi, au seul Cuvier Chatillon, la D.J., le bivouac de la caverne aux brigands… devenaient plus accessibles.

En crapahutant on avait réussi à percer le réservoir, mais le savant dispositif dont “Cocotte” était munie pour l’alimentation en essence ; un “exhausteur” (petit réservoir sous le capot créant une dépression qui amenait l’essence du réservoir) permettait de puiser l’essence directement dans le Jerrican de réserve fixé sur le marchepied droit. Ce dispositif a ainsi continué à alimenter le carburateur jusqu’au bout de sa vie. Ce système d’alimentation nous avait permis, bien plus tard, de faire une bonne blague de plus. Près d’une station service, on a arrêté la voiture, et on est arrivé jusqu’au distributeur en la poussant comme si elle était en panne. – Combien d’essence voulez-vous ? – Oh ! non, M’sieur, il nous faut juste un seau d’eau. Seau versé dans le réservoir dont la fuite avait été sommairement bouchée. Coup de démarreur et voilà “Cocotte” repartie. Il aurait fallu pouvoir filmer la tête du pompiste et des gens présents.

Dans sa toute première version on n’avait pas prévu de toiture pour la benne et c’était vraiment du plein vent, aussi nous l’avons munie d’arceaux, recouverts d’une bâche, vu de derrière ça faisait un peu chariot de la conquête de l’Ouest.

A Pâques 49, nous avons entrepris notre premier grand voyage – Ussat-les-Bains, nationale 20 tout droit, sortie porte d’Orléans, l’Ariège tout au bout. La Loire traversée, tout allait bien jusqu’à Vatan nom prédestiné, dans un cahot la caisse a pris un air penché à droite, on avait tout de même fait 250 km. Diagnostic : l’extrémité de la lame maîtresse du ressort arrière droit, roulée autour de son axe de fixation, s’était déroulée. Nous avons avancé jusqu’à un garage, expliqué nos malheurs mais il était midi et le garagiste nous dit : – Restez là, je monte chez moi et redescends à deux heures. – Est-ce que pour nous avancer un peu, je lui demande – je peux peut-être commencer à démonter ? – Oh ! Si vous voulez. Combinaison, caisse à outils, cric, dépose de la roue, dépose du ressort, que j’amène à l’atelier, le mets dans l’étau, démonte “l’étoquiau” (goujon traversant les lames du ressort et les solidarisant) et libère la lame maîtresse. Tourne un peu en rond, et trouve une griffe de forgeron, j’essaye de re-rouler le bout de ma lame déroulée et ça vient, et par petites touches, je reforme le bout de la lame. A ce stade, hésitation. Si je remonte comme ça, au prochain cahot ça recommence. Dans un coin, je vois un poste à soudure à arc. Sitôt vu, sitôt fait, un petit cordon de soudure, replace la bague en bronze à la presse, petite déformation – l’axe ne passe pas – un coup d’alésoir et tout passe. Je remonte les autres lames, l’étoquiau et remonte sur la voiture. Avant de replacer la roue, j’entends le garagiste derrière moi. – Je croyais que vous deviez démonter, me dit-il rigolard. – C’est ce que j’ai fait Monsieur, et là je remonte, voyez ce que j’ai fait. – Mais vous êtes mécanicien ? – Oui, dentiste ! (à l’époque, j’étais prothésiste dentaire) vous nous direz ce qu’on vous doit pour l’utilisation de l’atelier ! – Rien du tout, sauvez-vous, vous m’avez soufflé !

Le week-end de Pentecôte de cette même année 49 nous avons gagné les “Olympiades de la Route Parisienne” qui cette année là se faisaient sous forme de course de relais. Le tour de Paris par les boulevards des Maréchaux. Départ porte Dauphine, retour même porte, les Clans pouvaient tourner dans le sens qu’ils voulaient. Bien entendu les Clans motorisés étaient avantagés et avec notre « Angoisse »nous pouvions relayer souvent. J’ai fait le dernier relais et n’avons gagné que d’une cinquantaine de mètres par rapport au premier des Clans qui avait tourné dans l’autre sens. Nous nous étions croisés vers la porte de Vincennes. Nous savions que nous étions en tête des Clans qui tournaient dans notre sens, mais on ne savait pas où en étaient les autres.

Dans le cadre de ces rencontres régionales ou nationales “Rallye des vieux Tacots”, Olympiades, etc., le clan aidait en tenant un stand à “la vente Extension” vente au profit de la branche extension de l’association. Y était vendu, tout ce qui avait été collecté pendant l’année dans ce but. Les fonds ainsi réunis servaient à contribuer à l’animation de cette branche, prenant en charge les gamins handicapés, sourds, aveugles, paralysés, pratiquant un scoutisme adapté.

Début août 49, nous sommes partis gaillardement pour le camp d’été au Caladaïre. Le premier soir, nous avons bivouaqué dans une ancienne carrière vers Arcy-sur-Cure, non sans avoir eu en cours de route à resserrer les boulons de fixation d’un nouveau pont bricolé. Il fallait bien qu’il prenne sa place. Le deuxième soir après avoir visité Pérouges, nous avons campé à Meximieux au nord de Lyon. Le troisième soir on arrivait en Avignon, où nous avons couché au local Éclaireurs de France. Le lendemain, nous étions à pied d’œuvre au Caladaïre. André avait eu une idée lumineuse, pourquoi ne pas utiliser “Cocotte” en remplacement du treuil à main de surface pour le premier gouffre de 60 mètres en enroulant le câble sur une roue arrière de la voiture (la montée sur la 1ère, la descente sur la marche arrière). Nous avons amené la voiture au plus près du gouffre, une trentaine de mètres, mise sur cales et remplacé la roue arrière gauche par une jante modifiée pour enrouler le câble. Au-dessus du trou, j’ai monté une chèvre avec trois troncs d’arbre, une poulie sur roulement à billes, réglée avec un fil à plomb bien au-dessus de l’entrée du gouffre, mis en place le câble, la bricole de parachute, téléphone entre l’entrée du gouffre et la cabine de “Cocotte”.

Téléphone du fond réclamant un tronc d’arbre pour caler le treuil des 90 mètres. Discussion, bon je descends voir. Je pendule au-dessus du trou et je me réveille 19 heures après le lendemain à l’hôpital d’Avignon pour 140 jours dans le plâtre (du 4 août au 23 décembre). Il avait fallu remettre “Cocotte” sur ses roues, réinstaller le treuil à main, me sortir du trou et m’amener à l’hôpital à cent kilomètres. L’accident a eu lieu vers les quatre heures de l’après-midi et on n’est arrivé qu’à onze heures du soir à l’hôpital d’Avignon. Malgré la longueur de ce séjour, je n’en ai pas gardé un trop mauvais souvenir. Les jeunes du “Clan France” d’Avignon que je ne connaissais pas avant, ont organisé un roulement, et je n’ai pas eu un seul jour sans visite. Dans l’hôpital, il y avait une école d’infirmières, plusieurs étaient ou avaient été Guides ou Éclaireuses, et parfois, le soir, venaient s’installer autour de mon lit et, tout en roulant des bandes ou faisant des boules de coton, nous chantions des « classiques » du scoutisme.

En août 50, retour à Ussat-les-Bains, voyage cette fois là sans problème. C’est à cette occasion que nous avons tourné « Explorateur des ténèbres ». On voit “Cocotte” tout au début du film. Début 51 Cocotte, toujours en forme et maintenant carrossée, nous emmenait fidèlement pour les week-ends. On l’avait peinte couleur sable, ce qui faisait un peu Africa Korps, aussi pour l’égayer et la personnaliser, je lui ai peint des symboles évoquant nos activités.

À Pentecôte 51, nous avons participé à Tours au « Rallye des Vieux Tacots », rassemblement national de tous les Clans motorisés, dans le cadre de la Foire commerciale de Tours. Le défilé de toutes les voitures avenue de Grammont fut sensationnel – une bonne vingtaine au milieu desquelles Cocotte faisait presque voiture moderne. Certaines étaient de vraies pièces de collection, dignes d’un musée. Je me souviens en particulier de la berline du Clan de Béziers, phares à acétylène et intérieur capitonné en velours beige rosé avec des petits vases sur les montants pour mettre des fleurs ! Nous avons fait une démonstration de montée aux échelles spéléo et descentes en rappel sur la façade de l’Hôtel de Ville et projeté le soir sur grand écran notre “Explorateur des Ténèbres”.

A cette époque 51-52, le Clan s’orientait davantage vers la plongée et nous étions implantés à Banyuls au laboratoire Arago de biologie marine où le directeur, le professeur Petit, nous réservait un excellent accueil. Quelques autres chantiers de ce qui allait devenir S.G.T.M.F – SOGETRAM, ont été faits avec Cocotte : une fameuse montée à l'étang du Lanoux, où l'on devait donner à boire au radiateur en permanence. Mais un jour, du côté de Clermont-Ferrand, une des six bielles, lasse de tourner toujours dans le même sens, a voulu choisir la liberté et a tenté une évasion passant à travers le carter. Ce fut la fin. Elle a été laissée dans une casse cimetière de voitures. Elle fut remplacée par un vieux car qui avait fait la ligne Privas-Aubenas et fut appelé « Totor” » Il transporta encore le clan pendant quelque temps, mais il n'y eut jamais l'attachement affectif que l'on avait pu avoir pour notre « Cocotte »…

Pour nos réunions et rencontres, nous avons eu plusieurs locaux, dans des immeubles en sursis. Tous ces locaux avaient l’avantage d’être à loyer très faible ou nul, mais c’était dans tous les cas provisoire. Et enfin ce fut la « Péniche ». C’était un ancien ponton grue en béton. Il avait fallu le dégager de là où il se trouvait – Port de Bonneuil/Marne – vider une partie du sable qui le lestait, et flottant le faire remorquer jusqu’au quai de la Rapée – opération onéreuse… Le ponton devenu « la Péniche » a été amarré au pied du pont de Bercy, face au 2, quai de la Rapée. La transformation a commencé – finir de la vider de son sable et y il en avait du sable ! Mais enfin, on était chez nous. L’ensemble se présentait comme un grand rectangle, terminé par deux triangles aplatis sur les deux plus petits côtés, l’avant et l’arrière. Une descente par un escalier assez raide, en bas un grand volume avec quelques cloisons et un fond alvéolé – parqueter l’ensemble – ouvrir quelques petites fenêtres – installation électrique – chauffage, toilettes, quelques lits à étages dans la partie arrière, cuisine à l’avant – téléphone Dorian 20 40, tout çà représentant bien des heures de travail !

Par la suite, mais là j’anticipe, sera montée une construction en bois tropical qui agrandira sérieusement le volume habitable où seront installés les futurs bureaux de SOGETRAM. Avec les chutes de bois de la construction, j’ai fait la niche vaste et confortable et dans le style, pour nos deux chiens boxer : Cappy et Diana. Paul MILON leur y avait installé un petit radiateur. Cappy et Diana étaient souvent dans la journée sur le quai, où Cappy fort comme un Turc, jouait avec les gros pavés de grès qu’il arrivait à faire rouler et sur lesquels il s’usait les dents. Au cours de nos réunions, rencontres, soirées ou veillées de camp, on évoquait souvent l’avenir. La plupart d’entre nous, étudiants, apprentis ou déjà travailleurs , avions notre propre projet professionnel. L’éventail était vaste : médecin, dentiste, agronome, électriciens, plombiers, carrossier, menuisier, ingénieur chimiste, ingénieur topographe, prothésiste, technicien radio, secrétaires, commerçant, taxidermiste. Certains étaient satisfaits de leur activité professionnelle, d’autres moins. La question était : que pourrions-nous faire ensemble pour gagner notre vie, de préférence dans quelque chose qui sorte de l’ordinaire ? Le plus acharné était André Galerne. Il travaillait avec sa mère dans le commerce « Au Goût Nouveau, abat-jours et luminaires ». Comment voulez-vous qu’un homme avec l’énergie, l’esprit d’initiative et d’entreprise et ayant vécu ce qu’il avait vécu quelques années avant pendant la guerre et s’en étant sorti, se sente à l’aise et dans son élément, au milieu de la soie des abat-jours !

Dans les domaines qui nous étaient chers, il y avait eu quelques projets. Propositions par Henri Lothe pour faire des relevés de peintures rupestres dans le Tassili. Par Paul -Émile Victor pour les expéditions polaires… Mais c’était pour un petit effectif et limité dans le temps. On a pensé à un moment, se lancer dans la pêche aux requins : aventureux et rémunérateur, le requin étant une source de produits rares.

De nos activités, nous publiions des comptes-rendus dans des revues spécialisées ou publications locales, c’est ainsi que nous avions eu quelques commandes payées. Pour la direction des Grottes de Betharam nous avions fait quelques travaux en vue de prolonger le circuit de visite. Pour E.D.F. des recherches de pertes de rivières souterraines et puis, toujours pour E.D.F., en 51, une intervention importante au Lac d’Issarlès. Il s’agissait de déterminer sur la paroi du lac de cratère, le point de sortie de la galerie souterraine. E.D.F. n’avait trouvé que notre groupe sachant plonger et ayant des compétences pour déterminer la nature et la qualité des roches de la paroi du lac.

Ces travaux faisaient partie de l’ensemble hydroélectrique qui amène les eaux de la Loire, captées au barrage de La Palice, et celles du Gage au lac d’Issartes qui sert de régulateur et par une galerie souterraine (celle dont on devait déterminer l’entrée) traversant la ligne de partage des eaux descendre dans la vallée de l’Ardèche par une conduite forcée de 600 m de hauteur et turbiner à l’usine de Montpezat.

Ce premier vrai chantier, réussi à la satisfaction du client, fût suivi d’un autre à l’étang du Lanoux dans les Pyrénées, puis de bien d’autres. Enfin, le projet se concrétisait et donnait naissance à la Société Générale de Travaux Maritimes et Fluviaux S.G.T.M.F. sous forme de Scop (Société Coopérative Ouvrière de Production) avec sept membres fondateurs : André Galerne, Paul et Lucien Milon, Claude Labeye, Jean Lagrance, Jean Herson, Antonio CASTRO – seuls les quatre premiers impliqués directement, les trois derniers, pris par leur profession, cautionnant l’affaire, mais sans être engagés dans une participation active. Dans ces débuts, on citait la société par « S.G.T.M.F. » mais cette énumération de lettres n’était pas particulièrement harmonieuse. Je me souviens du jour où André est arrivé tout content ; cà y est, j’ai trouvé un nom qui sonne bien, qui claque ! SOGETRAM ! Enfin, le pas était franchi – Sogetram était née.

Sogetram réalisera par la plongée autonome, des interventions exceptionnelles pour « Électricité de France », les Ponts et Chaussées, le laboratoire central d'Hydraulique de France, « Énergie des Mers »… en France et à l'étranger. Elle sera la première entreprise mondiale dans le domaine de la plongée autonome professionnelle. Mais ceci est une toute autre histoire. »

André Galerne notre « Père Fondateur » vu par Georges Koskas

Il est né le 1er octobre 1926 à Paris. Il fait « Mat Sup » (Maternelle Supérieure) comme les copains mais poursuit ses études (sans les rattraper pour cause de 2ème Guerre Mondiale) à  l’École Technique d’Aéronautique et de construction Automobile. C’est un gaillard d’un peu moins de 1,90 mètre à qui les  tickets de rationnement ont permis d’avoir une « taille de guêpe » qu’il a perdu depuis fort longtemps…

L’année 1943 sera le tournant de sa vie.

Il découvre la plongée sous-marine grâce à un essai du scaphandre Le Prieur dans la piscine des Tourelles. Il rejoint la Croix Rouge comme Chef de Secteur (République-Voltaire) et porte secours notamment aux 27 victimes de l’explosion d’une batterie de DCA allemande. Sous cette « couverture » il rejoint la Résistance pour  faire du renseignement (surveillance du QG des Miliciens, repérer les régiments allemands de passage à Paris, etc) Un jour, en regagnant l’appartement sa mère, il est abordé dans l’escalier  par un inspecteur de police, Monsieur Voisin, qui lui dit : « tu joues au con, ta photo est affichée au 36 quai des Orfèvres alors va-te « mettre au vert » et vite fait … »

Il ne se le fait pas dire deux fois et quitte Paris pour aller chez sa grand-mère à Beauchamp dans l’Oise (aujourd’hui Val d’Oise) Là il retrouve ses copains d’enfance qui font de la Résistance. Appel du Destin ? Ils se sont connus à l’école Paul Bert, nom du premier savant au 19è siècle qui mis en lumière les effets de la pression sur le corps humain permettant la réalisation des tables de décompression pour les scaphandriers !

Une de leurs spécialités était de faire sauter les batteries de DCA installées en forêt de Montmorency  à proximité de Beauchamp.

Un jour d’août 1944 il est arrêté avec quatre de ses camarades dont Claude Sommer.

Après avoir été traités avec la « douceur » qui caractérisait les Allemands, ils ont été amenés dans un bois pour y être fusillés. André avait dit à ses camarades, pendant le trajet, qu’il allait tenter de se « tirer. Tout en n’y croyant pas tellement comme il me l’a raconté, mais plutôt pour s’occuper l’esprit. On les a alignés sur une petite butte, les Allemands face à eux, et on leur a ordonné de se déchausser. André s’est baissé docilement et, voyant là la possibilité d’exécuter son projet, a foncé dans les bois suivis avec un peu moins de promptitude par les autres. Deux sont tombés sur place. André, Claude Sommer et un autre dont je ne souviens plus du nom ont réussi à échapper à la fusillade. André a réussi à se cacher dans le grenier de l’école où il est resté une journée. Il avait tout de même eu des ongles arrachés, la crâne fêlé et une balle dans la fesse.

Claude Sommer est revenu à Beauchamp pour prévenir les autres membres du Réseau qu’ils avaient été dénoncés. Il a été re-dénoncé (on n’a jamais pu savoir par qui) et abattu sur la place du village. C’était le 24 août 1944, ils avaient 18 ans.

André est revenu à Paris, a participé aux derniers combats de la Libération et en particulier à la chasse aux Miliciens embusqués au Père Lachaise. Il retrouve alors Monsieur Voisin qui l’embauche dans la Police et il poursuit pendant quelques temps les gangsters qui s’en prennent aux détenteurs de « lessiveuses » endroit où était « stocké »  l’argent du Marché Noir.

Il s’engage ensuite dans l’armée « pour la durée de la guerre » et du fait de ses études, se retrouve dans l’aviation. Mais comme il n’a pas la possibilité de devenir pilote, il redevient civil en 1945.

Il découvre alors le scoutisme avec les Eclaireurs de France (laïque) au Clan (qui regroupe les jeunes à parti de 16 ans) Lapérouse dont la spécialité était le kayak. Il avoue que cette rencontre a modifié le cours de sa vie car il était sur le point de « faire de grosses bêtises »

En 1946 il crée son propre Clan à qui il donne le nom de Claude Sommer son copain assassiné par les Allemands. Il choisit comme spécialité la spéléologie qui l’amènera après bien des aventures avec sa bande de chenapans (voir ci-après) à prendre sa retraite en Arizona !

J’ai croisé sa route (sans le savoir à l’époque) à la fin des années 40 dans la salle des Pas Perdus de la Gare Saint Lazare à Paris. Avec ma Troupe d’Eclaireurs de France, j’avais 13 ans, nous avions été « conviés » par les instances dirigeantes du Mouvement à manifester pour l’obtention de la SNCF  d’une réduction  de 50 % sur  les tarifs de transports. Ce fut ma première « manif » ! J’en garde un souvenir ému car elle a vite dégénérée… Devant l’affluence record, la Police est intervenue pour mettre de « l’ordre» Et là ils sont tombés, notamment, sur la bande à Galerne qui avait les moyens de se faire « entendre». Ce ne fut pas le « Marché de Brive la Gaillarde » cher à Georges Brassens, mais Galerne et ses copains avaient réussi quand même à enfermer un pandore dans une cabine téléphonique qui a sonné « occupé » pendant longtemps …

Dès 1951 il prend contact avec le commandant Cousteau, alors totalement inconnu des non initiés. Il se présente en tant que « journaliste » du Routier (journal des Eclaireurs de France) Il a besoin de photos sous marines pour illustrer un article du Clan Claude Sommer sur la plongée. Très vite des liens d’amitiés se nouent et début 1952, il embarque à bord de la Calypso pour l’exploration de l’épave du Grand Congloué au large de Marseille. Il reste ainsi plusieurs semaines à bord. En 1956, Cousteau lui propose de participer à l’expédition en Mer Rouge d’où il ramènera le film « Le Monde Du silence » Palme d’Or à Cannes. Très absorbé par le développement de la SOGETRAM, Galerne décline l’offre.

Son amitié avec Cousteau se p