1930 - 2020 : Le parcours de Pierre Estève, militant provençal laïque et républicain

Mar02Jui202008:32

1930 - 2020 : Le parcours de Pierre Estève, militant provençal laïque et républicain

Index de l'article

Pierre « a été pendant de nombreuses années une 
figure importante de notre mouvement » 
nous dit René-Claude Blanchet, responsable du groupe d’Orange, actuel Coordinateur régional PAM, interrogé par Nelly GIBAJA, correspondante régionale A.H.S.L.

 P. Estève

Photo Evelyne RIVIER à Couteron,
 lors du Centenaire de l’Association

Ce serait trahir Pierre que de parler de lui, sans faire place à ceux qu’il a respectés et aimé(e)s : sa mère, Hélène MORENAS, institutrice, engagée à mi-temps comme infirmière en 14-18 ; son père, Armel ESTEVE, ami de Jean JAURES, avec qui il militait : « Mon père et ma mère se sont mariés juste après la guerre, en 1918. »

Son frère Jean ESTEVE (Hibou) naît en mai 1920 (éclaireur engagé, décédé en 1999 – voir AHSL https://www.histoire-du-scoutisme-laique.fr/).

Pierre est né le 22 juin 1921 à Orange, dans la maison familiale où il a vécu toute sa vie, et où il est décédé ce 8 avril 2020.

Son père a créé le « Sou des Écoles Laïques » d’Orange en 1929, afin d’aider les enfants à s’équiper pour suivre correctement la classe en ayant cartable, chaussures, etc.


André TAIX, Maître d’Internat arrive à Orange vers 1930. Il avait créé un groupe EDF à Manosque, puis à Apt. Il veut faire de même à Orange en s’appuyant sur quelques adultes engagés. Le Commissaire Régional des EDF, Pierre DESCHAMPS, rend visite au père de Pierre. 
Ils s’entendent bien sur les objectifs éducatifs pour la jeunesse locale notamment la laïcité : « C’est là qu’à commencé mon épopée aux Éclaireuses Éclaireurs de France ».

Un local a été retapé dans les écuries du parc d’artillerie d’Orange et mis à disposition. Chaque patrouille avait un coin qu’elle aménageait. Dans le parc, ils jouaient au hockey sur gazon. 
« On faisait des excursions dans les bois à côté d’Orange, à 4 ou 5 km, on faisait des jeux de piste… Mon premier camp a été à La Forclaz (Haute Savoie). »

En 1936, Pierre participe au grand jeu national du 25e Anniversaire du Scoutisme et en 1937, il est au Jamboree de Vogelenzand aux Pays Bas où William LEMIT leur fait chanter le « chant des Jeunes » de sa composition : Une fleur au chapeau « trop chanté ensuite du côté de Pétain (…) alors qu’en réalité ce n’était pas du tout ça. »

« J’ai vécu vraiment la transformation du camp », des tentes autour d’un mât on est passé à des camps dans la nature avec astuces. « Les feux de camp et le froissartage ont commencé à cette époque. »

Pierre a fait sa formation de Chef au Cappy* Coudon montagne derrière Toulon en 1939 sous la direction de Pierre FRANÇOIS et de René ALAUZEN. Il a conservé ses cahiers de stage.

Dans l’entretien filmé en 2014-15, d’où sont tirées ces informations et citations, Pierre, son chat étant venu se blottir dans ses bras, conclut cette partie de film : 
« Parce que tu sais, n’oublions pas que, entre 36, le front populaire et 45 la fin de la guerre et 43-44 la résistance, ça faisait jamais que 7-8 ans, mais qui étaient d’une densité extraordinaire. »

D’autant que :

En août 39, il rencontre Paulette, sa future femme, dans un train où son ami la recrute aux EDF. Il la retrouve au camp de Charance (Gap), elle est Louve, cheftaine Louveteaux et lui Chef éclaireurs. « Il y a eu le tilt » et ils se sont mariés le 28 janvier 1942. Son père étant malade, Pierre prend la suite de l’atelier de fabrication de balais de paille. En 42 il est envoyé aux Chantiers de jeunesse. Grâce au mariage, Paulette a pu le remplacer dans l’entreprise familiale.

Leur fils aîné, Armel, naît en décembre 42.

En Août 43 Pierre est réquisitionné pour le Service du Travail Obligatoire. Son père venait de mourir, il parvient à se faire « réformer » plutôt que de passer dans la clandestinité comme des policiers bienveillants le lui suggéraient, car il se sent responsable, là sur place, de sa famille et de l’atelier. Il obtient, non sans peine, grâce au médecin compréhensif, au prétexte de conjonctivite, l’autorisation de rester travailler sur place.

Paulette, en tant qu’assistante sociale, pouvait circuler en voiture. Ils ont été résistants, il dit « On était fou ! » car une fois, transportant des armes, ils sont arrêtés à un contrôle, son fils encore bébé était avec eux. Ils ont pu passer…

Jean, résistant, est déporté en avril 44.

Après le débarquement de Provence, en août 44, les résistants se regroupent en une Compagnie militaire dans le Ventoux. Il y était chef de groupe. « (…) avec moi, il y avait trois jeunes responsables. (…) Ces éclaireurs, ils avaient un autre sens du positionnement et de la pratique de la vie en commun que les autres personnes, (…) qui n’avaient pas le même sens de la responsabilité au sein d’un groupe. »

Ses autres enfants naissent : Marie-France en 44, Line en 45, Jean-Paul naîtra en 49.

L’après-guerre :

En 1946, en tant que Ligue des droits de l’homme (dont il sera membre toute sa vie), il est nommé à une Cour départementale de justice pour juger les petits collaborateurs. La grande question était : « Qu’est- ce que la justice ? … pas la vengeance. ».

En 46, ils reprennent leurs activités aux Éclaireurs comme Responsables de groupe. Mais, Max GILLES âgé de 16 ans, meurt de l’explosion d’une mine abandonnée dans des ruines près du camp de Charance (Gap). Ce fut un coup dur pour les éclaireurs d’Orange.

En 1952, Paulette reprend du service aux Éclés, dont ses enfants sont membres, au camp de Sainte Catherine de Vars tenu par Yvonne PUAUX épouse de Paul PUAUX, alors Responsable régional EDF et collaborateur de Jean VILAR au festival d’Avignon.

Pierre continue son engagement aux échelons départemental, régional, puis national. Organisation de rassemblements régionaux : Il se souvient d’une Promesse lors de la Saint-Georges de Cavaillon : elle fut prononcée face à la vallée de la Durance, dans un cadre magnifique. « On n’a pas suffisamment montré aux gens que la philosophie des Éclaireurs était quelque chose qui devait vous prendre dans l’esprit et dans le corps d’une façon puissante, sans bondieuserie, ce à quoi correspond l’esprit humain. »

Toute la famille ESTEVE s’implique à Blieux, où ils réhabilitent des bâtiments et où se déroulent de nombreux camps.

René-Claude BLANCHET dit : 
« Il est à l’origine de l’achat en 1965 puis du développement du centre de St Léger du Ventoux. »

Pierre a eu la douleur de perdre sa fille Marie-France, en 1974.

« J’ai été au Comité Directeur (…) quand Jean était Commissaire général. » Années 68. Il participe à l’organisation des Assises 73-74. Il quittera le CD sur désaccords d’orientations.

Il participe à la recherche d’un lieu national de rencontres, en trouve un à Puget sur Durance, avec Claire MOLLET (Cascade) mais le Parc du Luberon s’y oppose. Ce sera finalement Bécours.

Pendant une dizaine d’année de 78 à 88 environ, il a été Responsable régional Provence avec l’aide très active et pacificatrice de Josette et Georges DESCHAMPS, en une période de conflits locaux.

Pierre parle de ses autres engagements : 
« Le scoutisme amène à prendre des responsabilités pratiques, pas seulement théoriques. »

 


Et son fils Jean-Paul dit : « une cohérence globale de participation à la vie locale,  savoir d’où on vient et essayer de savoir où l’on va. »

À la libération, il relance le Sou des Écoles laïques, et crée un Centre aéré d’été. Les aînés EDF 
en étaient animateurs. Repris par la municipalité, il regrette la modification des objectifs sociaux et éducatifs qui en ont découlé.

En 1954, Pierre adapte son entreprise à la vente de détergent pour collectivités. Nombre d’éclaireurs, et jeunes suivis par Paulette en tant qu’assistante sociale, y ont travaillé, à toutes époques, certains, soutenus jusqu’à être hébergés chez eux. « On ne cherchait pas à être paternel et protecteur, on leur permettait de vivre et d’être libre. »

Cet engagement social se trouvait déjà dans la responsabilité que Paulette a pris avec 
« L’Œuvre des Enfants à la montagne et à la mer » dont l’un et l’autre ont été présidents de 1974 à 1999, date à laquelle leur fils Jean-Paul a pris la suite.

En tant que représentant des EDF, il a été au Conseil d’Administration des Œuvres Laïques (Ligue Française de l’Enseignement et de l’Éducation Permanente), puis en a été Président départemental. Le Centre Le Dahut au Mont Serein / Beaumont du Ventoux a bénéficié à sa création de l’aide concrète des EEDF d’Orange.

Dans les années 80, Pierre est président de « Orange Prévention Accueil Réinsertion » pour des personnes sortant de prison ou qui étaient « sur la route ». L’OPAR disposait de tout une cage d’escalier d’HLM pour les loger et les aidait selon besoin. Un changement de municipalité… Jean-Paul a pris le relais sous RHESO une autre forme d’aide aux plus démunis.

En 1979, le Sou des Écoles Laïques crée l’association de quartier de l’Aygues, qui devient en y associant les habitants, Centre social agréé CAF en 1983 et affilié à la Fédération des Centres Sociaux. 
Il porte le nom de Pierre ESTEVE depuis 2013 lors des 30 ans du Centre social. Line en a été Présidente avec l’objectif d’y appliquer les principes de développement personnel et collectif du scoutisme.

En 1989, Il est devenu adjoint au maire d’Orange, dans une liste de gauche, mais on lui a confié une délégation qui ne correspondait pas forcément à son désir : le développement économique. Toutefois il avait un projet de développement par le tourisme qui n’a pas été suivi.

Chevalier de l’Ordre National du mérite, Médaillé Jeunesse et Sports, et de l’Académie, il est Chevalier de la Légion d’Honneur. Sa fille Line dit : « Il ne s’en faisait pas forcément une gloire. »

Il conclut notre entretien ainsi : « Je suis d’une famille républicaine, laïque, athée aussi, qui était à l’initiative dans la région de l’anti Napoléon III. Ma grand-mère était partie en 70 (…) comme infirmière au secours des troupes de la République renaissante au moment de La Commune. Mon père était nourri de cette infaillibilité de la République qu’il fallait à tout prix défendre. Fils d’agriculteur, il nous apprenait ce qu’était la nature (…) vivre avec la nature et pas contre elle. Quand nous sommes entrés aux Éclaireurs, cet apprentissage qui y était dispensé, il trouvait ça très bien. Il a été totémisé Sage Bison (il avait une barbiche comme moi) et il était fier de porter sur sa boutonnière, l’arc tendu, insigne des EDF.

(…) Les discussions qu’on pouvait, enfant et adolescent, avoir avec lui, étaient toujours très positives et toujours pleines d’humanité et d’amour de l’humanité. Malgré les combats qu’il a eu à mener, d’abord à la SFIO, et avec la Ligue des droits de l’homme dont il était parmi les initiateurs après l’affaire Dreyfus à Paris. 
Il nous a laissé cette envie (…) cet idéal correspond bien aux Éclaireurs. »

René-Claude BLANCHET témoigne : « (…) ces dernières années il se tenait régulièrement au courant des choses de l’association par mon intermédiaire mais aussi par son fils Armel membre de l’équipe régionale sur Grenoble. Ses quatre enfants ont tous fait partie des éclés et ont été responsables au sein du groupe d’Orange. Pour la petite histoire en 1969 c’est lui qui m’a accueilli au groupe et surtout a assuré ma formation de jeune responsable, en 74 il m’a embauché dans son entreprise où je suis resté pendant 35 ans. C’est un ami qui s’en va mais je dirais presque un second père. »

Propos recueillis et mis en forme par Nelly GIBAJA au nom des EEDF, des AAEE et de l’AHSL. Ils ont été relus et corrigés par les enfants de Pierre qui donnent l’autorisation de publication et par René Claude Blanchet pour son témoignage.

*CAPPY : nom de la propriété près de Verberie dans l’Oise où se sont déroulées pendant des années les formations des cadres. Le nom est devenu générique pour les formations où qu’elles se situent ensuite.

 


 Centre

À l’occasion de l’inauguration du centre social « l’Oustau de l’Aygues » par l’APROVA,

Actualités : le discours du président de l’APROVA :

Le 8 juin dernier nous étions nombreux pour célébrer le trentième anniversaire de la création du Centre Social « L’Oustau de l’Aygues » d’Orange.

De nombreuses personnalités étaient présentes mais aussi beaucoup d’habitants du Quartier et Line Seguret, Présidente, avait bien raison de souligner que « Le Centre Social et Socio Culturel est un lieu qui appartient aux habitants. »

Elle devait ajouter « Il a fallu, pour se développer, vivre, survivre même, lorsque les vents sont défavorables, la volonté et la ténacité des différents Présidents. » Elle passait alors la parole à l’un d'entre eux, le premier, le créateur du Centre Social : Pierre Estève.

Pierre devait commencer son propos par ces mots « Il paraît que je suis vieux, très vieux » la suite montrera qu’il y a le corps et l’esprit et que de ce côté-là on pouvait être tranquille. Pierre ESTEVE devait rendre hommage à « l’École Publique, l’Éducation Populaire, à la solidarité et à la laïcité » bien sûr dont il a été un défenseur sans concession. Il devait d’ailleurs terminer son propos en souhaitant « que le Centre Social prospère dans la laïcité… »

Centre Social l’Oustau de l’Aygues désormais : « Centre Social Pierre ESTEVE ».

L’APROVA joint son hommage à celui des nombreuses personnalités qui se sont exprimées à cette occasion. Elle est assurée que Pierre, même s’il ne peut plus courir, continuera à lui apporter sa grande compétence et cette ténacité qui le caractérise tant.

Ruben Urrutia, Président de l’Aprova 84

 

Le discours de Pierre Estève

 

Il paraît que je suis vieux, très vieux même, que je dois vous dire quelques mots en ce trentième anniversaire du centre social de l’Aygues.

Et je suis obligé de remonter dans le temps, encore plus en arrière. Qu’est-ce que trente ans quand plus de trois fois plus ont chargé mes épaules ? Oui, parce que j’étais le secrétaire général d’une association qui s’appelait le « Sou des Écoles Laïques », il y a bien des années, avec quelques amis, nous avions voulu transformer ce que l’on nommait la « garderie » pour les enfants, pendant les vacances, en « centre aéré ». Ce changement de vocable en dit déjà long : nous ne voulions plus seulement « garder » les enfants, nous voulions, en les enlevant de la rue des quartiers, par des activités collectives appropriées, leur donner le sens de la conquête de la liberté qui exige des règles et le respect fraternel de l’autre. C’était toute la différence entre la règle de l’interdit et celle de la proposition.

Donc, le « centre aéré » avait grandi en même temps que la ville éclatait dans les quartiers périphériques. Songez qu’alors, il fallait quatre cars, à chacun son circuit, matin et soir pour rentrer chez eux et que près de 300 enfants ont bénéficié l’été de ces activités.

Les bâtiments de la cité HLM de l’Aygues sortaient de terre au milieu des champs, avec les tranchées pour les égouts, l’eau, le gaz, au milieu des futures rues, mais déjà les appartements vastes pouvant accueillir des familles nombreuses étaient occupés.

Si je ne me trompe pas, c’était au début des années 1970 et la loi avait sagement édicté que dans les constructions de bâtiments collectifs, devaient être prévus des « locaux sociaux ».

Mais il fallait des structures pour animer les enfants, les jeunes aussi bien que les adultes qui allaient les fréquenter. Une expérience fut tentée mais se heurta à des difficultés et fut abandonnée.

Ce fut alors, en 1978, que Max FERRI, adjoint au Maire Louis Giorgi puis de Gilbert Ricci m’a demandé si le « Sou des Ecoles Laïques » pourrait assurer la gestion de cet espace puisque nous avions une structure et une habitude de fonctionnement correspondant.

Vous devez vous demander, ce qu’allait faire là cette association et pourquoi ce titre « Sou des Écoles Laïques ».

C’est une vieille histoire, de déjà une centaine d’années.

D’abord « Sou » qui s’écrit sans « s » à la fin. Vous me direz, en parodiant Raymond DEVOS, « un sou est un sou » mais qu’est-ce qu’un « sou » ? « Sou » comme beaucoup de mots, provient des Romains, ceux qui ont construit l’Arc de Triomphe et le Théâtre Antique, qui donnèrent le nom de Solidus à une petite pièce en or qui devait permettre de faciliter les échanges, ayant dans tout l’Empire Romain le même poids et la même valeur.

Au fur et à mesure des siècles, la petite pièce en or fut en argent, puis en cuivre et en bronze et le « sou » de quand j’avais 20 ans était léger, en aluminium.

Enfin, le sou, dirons-nous, est une petite pièce de monnaie mais rentre dans de nombreuses expressions : économiser sou à sou, par exemple et, plus tristement, « être sans le sou ».

Or donc, le sou, le sou des écoles laïques représentait la plus modeste pièce de monnaie qui devenait ce que chacun pouvait verser pour participer à la défense de l’école que les lois républicaines de Jules Ferry dans les années 1882-83-84, cela fait 130 ans, avaient rendu au peuple gratuite, obligatoire et laïque : ainsi la République française renaissante appliquait enfin les principes que presque un siècle avant, les 21-23-24 et 25 août 1789, l’Assemblée Nationale proclamait à la face du monde ébahi dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Mais, il fallait alors créer un enseignement élémentaire accessible à toute la population pour former les esprits sans le déformer et que l’essentiel était de rappeler les règles qui redevenaient celles de la République Française : Liberté, Égalité et Fraternité.

C’est à cela que voulait servir la modeste participation volontaire d’un sou que les citoyens apportaient à l’association pour, à l’opposé de la charité dégradante qui assujettit le bénéficiaire au donateur, permettre même aux enfants des familles les plus démunies d’aller à l’école et ainsi ouvrir leur esprit aux connaissances que, en dehors de tout dogme, l’intelligence de l’homme était en train de conquérir.

N’oubliez pas que les croyances ancestrales ont changé depuis que l’homme s’est formé à partir de la cellule initiale et par une lente évolution, est devenu l’être pensant, puis doué de réflexion, que nous sommes.

N’oubliez pas que durant des siècles et des siècles on a cru que la Terre était plate et était le centre de l’univers. Et lorsqu’il regardait la nuit, le ciel d’été, le poète pouvait écrire

« Les astres émaillaient le ciel profond et sombre, le croissant fin et clair parmi les fleurs de l’ombre, brillaient à l’occident, et Ruth se demandait quel dieu, quel moissonneur de l’éternel été, avait s’en allant, négligemment jeté cette faucille d’or dans le champ des étoiles. »

« Le champ des étoiles » les astronomes ont découvert que c’était une galaxie dans laquelle le soleil et la terre ne sont qu’une très très infime partie. Et qu’il y avait dans l’univers infini d’autres galaxies.

Maintenant grâce à la réflexion, par ses calculs, par son intelligence et par l’habilité de ses mains, l’homme vient de découvrir qu’au fin fond des cieux, dans un trou noir, à l’infini des années-lumière venait, dans un big-bang extraordinaire d’une explosion-implosion, de se créer une nouvelle galaxie.

Cela laissait dans l’imagination et le rêve, la très belle histoire fantastique que les milliers d’étoiles de notre galaxie, la Voie Lactée, et de là vient son nom, étaient les gouttes de lait jaillies du sein nourricier d’une céleste mère, transformées en cailloux étincelants dans leur brillance.

Aussi, en avançant dans la connaissance de l’immensité d’un côté, et de l’autre, dans l’infiniment petit, vous vous rendez compte que l’école laïque, parce qu’elle n’est inféodée à aucune des multiples et quelquefois antagonistes croyances, veut que la liberté et l’égalité se conjuguent à la fraternité. Et c’est ce que veut dire le magnifique terme de Laïcité.

Mais il fallait, pour réunir ceux qui vivent ensemble quelque chose de plus, c’est la solidarité, c’est cette solidarité que veut nous apporter le centre social.

Le centre social que Patricia BOUTIN, puis Brigitte LAOURIGA ont successivement animé, que j’ai présidé, puis bien d’autres après moi Jacques BARTELO, Suzanne FAYE, Lachen BOUDOUANI, Kamel MAJRI, Monique BRUEY, Nadia ADDALA et maintenant Line SEGURET ne peut qu’être fidèle à ses origines et permettre à ceux qui le souhaitent de vivre ensemble dans l’esprit laïque de la pratique dans la liberté, de l’égalité de la fraternité et de la solidarité.

Et si j’ai pu y être pour quelque chose c’est parce que j’avais dans l’amour à côté de moi pendant 70 ans, ma tendre épouse qui il y a 3 ans nous a quittés et qui aurait dit avec moi

Vive la Liberté

Vive l’Égalité

Vive la Fraternité

Vive la Solidarité

Et que prospère dans la laïcité le trentenaire magnifique Centre Social Oustau de l’Aygues auquel vous avez fait le grand honneur de donner mon nom.

Pierre Estève

 

Le discours de Line Séguret

 

Cher Pierre,

Monsieur le Président de la C.A.F.,

Mesdames, Messieurs les élus,

Mesdames, Messieurs les administrateurs,

Mesdames, Messieurs représentant les associations partenaires,

Mesdames, Messieurs les bénévoles et les salariés

Vous les habitants du territoire,

Mesdames, Messieurs

Je suis particulièrement fière et heureuse de vous accueillir aujourd’hui pour fêter ensemble les 30 ans du centre social et ce en présence de son Président fondateur Pierre ESTEVE

Mais qu’est ce qu’un centre social ?

Les circulaires ministérielles le définissent comme un équipement de quartier, collectif et polyvalent, ayant pour objectif de soutenir et faire participer les habitants à la recherche d’un mieux vivre.

Si nous nous reconnaissons dans cet objectif, il est bon de rappeler que nos valeurs de référence pour y parvenir sont la dignité humaine, la solidarité, la démocratie, la laïcité.

C’est autour de ces valeurs que nous construisons notre projet social, un projet solidaire, un projet participatif, un projet citoyen qui favorise le « vivre ensemble ». Nous tenons à cette notion de vivre ensemble, au respect de chacun et à l’acceptation de nos différences pour transformer ces différences en richesses.

Le centre social, devenu centre social et socio culturel, c’est un lieu d’échanges, un lieu d’entraide, un lieu de paix et de plaisirs partagés ; c’est aussi un lieu d’enrichissement personnel et nous nous inscrivons en cela dans le mouvement de l’éducation populaire.

Trente ans, ce n’est pas une mince affaire et il a fallu, pour se développer, vivre, survivre même lorsque les vents sont défavorables, la volonté et la ténacité des différents présidents qui se sont succédés, et surtout celle de la directrice, Brigitte Laouriga qui, elle aussi, est là depuis 30 ans, véritable cheville ouvrière de tout ce qu’a été le centre social.

Aussi je tiens particulièrement à remercier nos différents partenaires, la Caisse d’Allocations Familiales, les services de l’État, le conseil général, le conseil régional, la MSA pour avoir fait le choix de nous soutenir alors que depuis 17 ans la ville s’est désengagée, les logeurs, Vaucluse Logement et Mistral Habitat, mais aussi tous les services administratifs (et dans notre pays ils sont nombreux) pour leur aide bienveillante dans la recherche de solutions à chacune de nos demandes. Je tiens également à remercier les associations ou fondations qui ont compris nos difficultés et répondu à nos besoins, je citerai la fondation Abbé Pierre en particulier, et toutes les associations d’Orange avec qui nous travaillons en bonne intelligence en mutualisant nos efforts et nos moyens.

Le centre social et socioculturel, c’est un lieu qui appartient aux habitants et qui n’a pu et ne peut continuer à exister sans leur forte implication ; aussi je tiens vraiment à vous remercier, vous les anciens qui avez vécu d’innombrables aventures, vous les nouveaux qui nous font confiance, comme nous vous faisons confiance pour construire de nouveaux projets correspondant aux besoins de tous et continuer à vivre ensemble dignement.

Merci à tous et en route pour les 40 ans

Line SEGURET

Présidente


Le 14 juillet 2018 – on peut penser que la date n’était pas choisie au hasard –, Pierre nous adressait une invitation où l’on peut retrouver tout son humour pour une belle rencontre à son image :

2018 Invit P. Estève

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